L’ACCOMPAGNEMENT DE L’ALCOOLIQUE PAR SON ENTOURAGE
Le chemin vers une autre vie http://perso.wanadoo.fr/amitie_lp_ft/info/info01_12.htm
(Amitié La Poste France Télécom)
Ce n'est pas par hasard que le Dr. RAINAUT adopte le terme
« d'accompagnant » pour qualifier celui ou celle qui va
intervenir avec succès auprès du buveur pour réussir
à l'apprivoiser.
L’accompagnant n'est pas celui
qui menace, ni celui qui s'impose, ni celui qui moralise, ni même celui
qui donne des conseils : c'est celui qui informe, se propose, marche à
côté de celui auprès duquel il intervient, qui
réussit à vivre avec lui pendant un certain temps, et sait s'effacer
lorsqu'il s'aperçoit que sa compagnie n'est plus souhaitée.
L'accompagnant ne pourra réussir que dans la mesure ou il aura su
inspirer confiance à son interlocuteur.
• Il lui faut tout d'abord
accepter le fait que quelqu'un soit alcoolique comme on accepte le fait que
quelqu'un d'autre soit atteint de telle ou telle affection.
• Il lui faut ensuite
rétablir la communication qui manquait, en parlant à l'alcoolique
de ce qu'il ressent, et non pas de ce qu'il doit faire ou ne pas faire.
• La confiance acquise, il lui
faut laisser I'alcoolique parler de lui, en ayant la patience de
l'écouter sans porter de jugement de valeur, et surtout en
l'écoutant d'une oreille alcoologique,
c'est-à-dire d'une oreille qui ne soit ni médicale, ni
psychiatrique, ni de bonnes œuvres, ni moraliste.
• Il lui faudra, dans un second
temps, amener l'alcoolique à concevoir l'abstinence totale et
définitive non comme une fin en soi, mais comme le seul moyen de se
couper de l'alcool.
• Parallèlement, il lui
faudra agir sur l'entourage pour l'amener, par l'apport de l'information,
à réviser son jugement et à modifier son attitude, afin de
faciliter la réinsertion de l'alcoolique soigné dans son milieu.
• Enfin, il lui faudra,
après soins, continuer à accompagner l'alcoolique en lui laissant
toute sa liberté, y compris celle de retourner vers l'alcool.
Or, l'expérience prouve qu'il
n'est pas nécessaire d'être psychiatre, thérapeute ou
psychologue pour tenir ce râle d'accompagnant. Elle prouve même que
les meilleurs accompagnants peuvent se trouver parmi les anciens buveurs.
Qui, mieux qu'un ancien buveur, peut
accepter le fait que l'on puisse être alcoolique ? Qui, mieux qu'un
ancien buveur, peut pour l'avoir vécu, parler à un buveur de ce
qu'il ressent ?
Qui, mieux qu'un ancien buveur, peut,
d'une oreille alcoologique, écouter un buveur
parler de lui-même lorsqu'il se décide à communiquer ?
Qui, mieux qu'un ancien buveur, peut
apporter au buveur la preuve vivante de la possibilité de se sortir du
piège de l'alcool ?
Qui, mieux qu'un ancien buveur, peut
convaincre l'entourage d'abandonner ses préventions contre le buveur, et
l'aider à se réinsérer, au lieu de continuer à le
marginaliser ?
Qui, mieux qu'un ancien buveur,
pourra connaître les étapes qui mènent au
relèvement, et guider celui qu'il accompagne ?
Il est difficile de savoir comment
l'ancien buveur procède pour mener à bien sa mission, car cela
tient au caractère et à la tournure d'esprit de chacun des
protagonistes, et il n'est pas deux buveurs semblables.
Il est tout de même possible d'établir
un schéma des étapes de cette longue route qui mène le
buveur à sa libération. Grosso modo, ces étapes peuvent
être définies de la façon suivante :
1°) FAIRE ADMETTRE AU BUVEUR QUE L'ALCOOL LUI POSE UN PROBLÈME
Il s'agit là de parvenir
à l'extériorisation d'un fait que l'alcoolique a perçu
depuis longtemps mais qu'il a gardé précieusement pour lui. Cette
acceptation n'a rien de commun avec la reconnaissance d'une situation
d'alcoolique, qui viendra plus tard, mais qui présente d'entrée
le caractère d'un aveu auquel l'alcoolique ne voudra jamais consentir
d'emblée.
Même sous cette forme
très atténuée, l'alcoolique n'en viendra à cette
acceptation qu'en face d'un intervenant vu comme un semblable, identifié
comme un des siens, dont il aura perçu l'authenticité des propos,
lesquels auront percuté beaucoup plus sa sensibilité que son
intelligence. Car l'alcoolique est un écorché vif, qui souffre,
et qui répondra lorsqu'on lui renverra son image en lui parlant de sa
souffrance. C'est alors que la confiance s'établit. Conduire un
alcoolique à admettre que l'alcool lui pose des problèmes est un
grand pas, celui qui coûte le plus, mais qui le met sur le chemin d'un
mode de vie différent.
2°) LE DÉCULPABILISER
L alcoolique a, certes sa part de responsabilité
dans la voie dangereuse qui, jusqu'ici, a été la sienne. Il a pu
faire preuve d'imprudence, d'inconséquence, de faiblesse de
caractère, d'un goût trop prononcé pour les avantages que
lui apporte l'alcool. Mais il n'en est certainement pas le seul responsable.
Beaucoup de facteurs ont concouru à le placer dans sa situation
présente. Nul ne songerait à lui faire porter la
responsabilité de sa constitution physique, de l'équipement
enzymatique de son foie, des maladies qui peuvent l'affecter, de son âge,
etc.
Peut-il être tenu pour
responsable des conditions dans lesquelles il a vécu sa prime enfance,
des difficultés familiales ou professionnelles qu'il a pu rencontrer
avant de se mettre à boire, des chagrins qu'il a pu éprouver, des
abandons dont il a pu être victime, des disparitions qui l'ont
déséquilibré ? N'a-t-il pas été conduit vers
l'alcool du fait de ses conditions d'existence au travail (contacts avec le
public, travaux pénibles ou assoiffants,
habitudes de groupe néfastes, etc.) ?
L'ensemble de notre
société porte sa part de responsabilité, puisqu'elle
tolère et protège même la production, la diffusion et la
consommation excessive de boissons alcooliques, et se montre incapable
d'apporter l'information sur les dangers que cette situation comporte. Une
société qui concourt à fabriquer des alcooliques n'a pas
le droit de les rejeter. Un tel discours permet de déculpabiliser
l'alcoolique. C'est à cette seule condition qu'il pourra se mettre
à parler et, lorsqu'il parlera, il racontera délibérément
toute sa pénible histoire, et fera de lui-même, devant
témoin, ce que l'on pourrait appeler sa “toilette
intérieure ”.
Pour mieux faire comprendre le
mécanisme qui interdit à l'alcoolique de parler, puis les raisons
pour lesquelles il se confiera ensuite sans appréhensions à
l'accompagnant qui a pu le déculpabiliser, le regretté Dr. BOUDREAU, Médecin du Québec, utilisait une
parabole particulièrement démonstrative qu'il a appelée
« La Marmite ». Elle peut se résumer ainsi :
Nos conditions de vie nous
amènent en permanence des stress qui, par accumulation, créent un
état de tension nerveuse dont l'importance est fonction de la
fréquence, de l'intensité et du nombre de ces stress. Ce seront
des facteurs internes, tels que l'anxiété, l'isolement, l'ennui,
les échecs, l'ambition, ou externes tels que les conditions de la vie
familiale, les soucis d'argent, les difficultés de la profession, le
manque de perspectives, etc.
Comparons l'organisme humain à
une marmite contenant de l'eau en train de bouillir, grâce à un
système de chauffage. Si nous allumons le chauffage, l'eau va entrer en
ébullition et provoquer une tension à l'intérieur de la
marmite. Cette tension ne pourra être réduite que par
l'arrêt du chauffage ou la mise en jeu de soupapes.
Le chauffage : ce sont tous les
facteurs de tension qui nous assaillent, dont nous ne sommes pas maîtres.
Force nous est donc, pour réduire cette tension à une pression
compatible avec le maintien de notre équilibre, d'actionner les soupapes
naturelles que seront les plaisirs de la vie familiale, les loisirs, les
rapports sociaux, l'espoir, l'aspiration à un idéal, la richesse,
l'intérêt du travail, etc.
Or, l'alcoolique, qui n'a plus de vie
familiale ni de rapports sociaux, à qui les loisirs sont interdits, qui
perd l'espoir, n'aspire à aucun idéal, ruine son budget et ne
prend plus le moindre goût à son travail, bloque successivement
toutes ces soupapes et vit dans un état de tension interne
insupportable, qu'il ne peut réduire pour un temps que par le recours
à la soupape artificielle qu'est l'alcool. L'alcool est son seul ami,
son seul remède, qui le soulage et ne lui demande jamais de comptes.
L'accompagnant va lui apporter une
soupape salvatrice au travers de laquelle toute la tension en excès va
enfin pouvoir s'échapper.
Voilà pourquoi l'alcoolique va
longuement parler. Son discours n'aura rien d'une confession, mais prendra le
tour d'un récital de ses souffrances, qu'il va confier à
quelqu'un qui, enfin, l'écoute et le comprend, et ce récit lui apportera
un immense soulagement.
3°) LUI FAIRE DÉCOUVRIR UNE ISSUE
Instruit par l'expérience des
échecs successifs essuyés pendant la période (inter-phase) où il croyait encore pouvoir s'en
sortir, l'alcoolique considère sa situation comme sans issue. Pour
reprendre encore une image, il se sent enfermé dans une cage où
ne manque aucun barreau, et dans laquelle il rôde sans cesse, sans jamais
pouvoir en sortir. Or, l'ancien buveur qui intervient prouve, par sa seule
présence, l'existence d'une issue. Puisque l'autre s'en est sorti,
pourquoi, lui, ne s'en sortirait- il pas ?
Mais il faudra qu'il comprenne que
son évasion ne pourra réussir que s'il accepte d'être
aidé dans sa tentative par quelqu'un qui, pour l'avoir
déjà parcouru, connaît le chemin à suivre. C'est
cette aide que l'accompagnant vient lui proposer, en le laissant
entièrement libre de l'accepter, d'y réfléchir, ou de la
refuser.
En fait, c'est toute une
équipe, et non pas seulement l'accompagnant, qui l'aidera à s'en
sortir. Nous examinerons plus loin comment pourra se constituer cette
équipe.
4°) L'AMENER À DÉSIRER
SE SOIGNER
On doit toujours éviter de
soigner un alcoolique contre son gré au à son insu.
L'alcoolique mené manu
militari, ou sous une pression, vers une cure de désintoxication,
rechute rapidement dans la quasi-généralité des cas,
à moins qu'il soit conduit vers un Centre de soins
spécialisés, lesquels sont encore malheureusement trop rares.
Pour qu'une cure soit efficace, il
faut que l'alcoolique ait été préparé aux soins, qu 'il participe activement à ces soins, et qu'il
soit ensuite correctement suivi.
Il ne sera véritablement
préparé aux soins que s'il ne considère pas ceux-ci comme
une épreuve redoutable qu'il lui faut subir.
L'alcoolique apprendra que les soins qu'il
va recevoir n'auront pour but que de l'aider à accomplir lui-même
sa remontée. Il doit être, en la vivant activement, le personnage
central de sa libération. Aucune volonté ne peut se substituer
à la sienne. La cure n'est pas une panacée qui va résoudre
définitivement son problème : elle n'est qu'un traitement
d'attaque, et son avenir après cure dépendra pour une grande part
de son propre comportement.
L'accompagnant ne doit pas
considérer qu'il a accompli correctement sa tâche s'il a seulement
amené l'alcoolique à accepter de " se faire " soigner :
il reste, dans cette acceptation passive, beaucoup trop d'appréhensions,
de réticences à faire disparaître pour amener l'alcoolique
à désirer se soigner.
5°) INTERVENIR AUPRÈS DE L'ENTOURAGE
Nous avons vu que le comportement
passé ou présent de l'entourage a pu, pour une grande part,
être déterminant dans le sort de l'alcoolique. L'attitude de
l'entourage, au moment de la réinsertion après soins, va
revêtir une importance exceptionnelle.
Il n'est pas possible de dissocier un
alcoolique du milieu familial ou professionnel dans lequel il va se
réinsérer. Il faut donc apporter l'information dans ces milieux,
afin de les amener à régler au mieux leur attitude.
Il faut savoir, en effet, que,
même après les soins, l'alcoolique est encore pendant longtemps un
personnage très susceptible.
Ayant réalisé l'ampleur
des dommages qu'il a causés autour de lui, il en garde un pénible
souvenir dont, peut-être, il parlera, mais il n'aime pas qu'on lui en
parle. Tel ou tel geste, telle ou telle parole, venant sans intention mauvaise
de son entourage, seront interprétés comme remplis de
sous-entendus, comme des moyens détournés de rappel du
passé. Ainsi que le définit le Dr CHAMPEAU,
l'alcoolique continue, pendant un certain temps à faire de
« l'urticaire du caractère ».
Mais il faut savoir surtout qu'un
alcoolique devenu dépendant de l'alcool et soigné, ne peut plus,
de sa vie, entrer en contact avec l'alcool, sous quelque forme que ce soit.
Toute absorption d'alcool, toute
pénétration de ce produit dans l'organisme, même survenant
très longtemps après les soins, même en très faible
quantité, entraîne inévitablement la rechute. L'alcoolique
doit se méfier des médicaments qui peuvent lui être
prescrits pour d'autres soins; il doit éviter de respirer des vapeurs
d'alcool (visites de caves vinicoles, maniement d'appareils fonctionnant
à l'alcool), se méfier de la pénétration d'alcool
par les voies cutanées (usage d'alcool médicinal sur des plaies,
frictions d'eau de Cologne trop fréquentes ou trop importantes, etc.),
refuser la présence d'alcool dans son alimentation solide.
On conçoit dès lors
combien il peut être délicat de vivre sans alcool dans un milieu
qui l'utilise en de nombreuses circonstances, pour ne pas dire continuellement,
et combien l'attitude de l'entourage est déterminante dans le devenir de
l'alcoolique soigné.
On comprend facilement qu'un
conjoint, ou de grands enfants, ayant parfois terriblement souffert, ne soient
pas spontanément enclins à oublier le passé.
L'épouse, qui a supporté les scènes, les coups, les
humiliations, les privations, et qui aura dû prendre en main la direction
du foyer, l'éducation des enfants, qui, parfois, aura dû aller se
réfugier dans sa famille, n'est évidemment pas d'elle-même
portée à la mansuétude. Les grands enfants, témoins
du spectacle navrant de la dégradation de leur père ou de leur
mère, et parfois des deux, ne peuvent souvent se défendre de
manifestations de mépris à leur encontre.
Si, après des soins efficaces,
l'alcoolique est réintroduit dans un milieu familial hostile, ne voulant
lui restituer ni sa dignité ni ses responsabilités, lui
reprochant constamment son passé, il est
à craindre qu'il rechute rapidement. A quoi bon s'être
soigné, amendé, s'il faut continuer à vivre sous un statut
infériorisant, dans une atmosphère empuantie par le rappel
constant du passé ? Autant reboire pour oublier, voilà ce que se
dira un alcoolique réinséré dans ces conditions.
Or, l'expérience prouve que,
dans presque tous les cas, l'entourage familial, très sensible aux
arguments des accompagnants intervenant auprès de lui, accepte de tenter
l'essai proposé. Il reste toujours un peu d'amour enfoui au fond du
cœur d'une femme, et celui qui, par l'apport d'une information, fait naître
l'espoir d'une reconstitution d'un foyer heureux, même si la femme a
dû se résoudre à quitter le foyer ou à en exclure
l'alcoolique, est à même de pouvoir raviver cet amour. Il faut
reconnaître objectivement que, lorsque c'est la femme qui boit, le mari
comprend beaucoup plus difficilement la nécessité de consentir
aux efforts suggérés pour pouvoir sauver le foyer.
Le tableau est le même en ce
qui concerne le milieu professionnel. Les débordements de tous ordres de
l'alcoolique ont conduit les collègues et les chefs à l'exclure
de la collectivité de travail. Absences, malfaçons,
manifestations intempestives, accidents, perte des qualités
professionnelles, indignité, ont conduit à son isolement et à
la volonté ouvertement exprimée de s'en débarrasser.
Il importe donc, pour l'accompagnant,
d'aller également porter l'information dans l'entourage professionnel
immédiat. Il faut amener cet entourage à une appréciation
objective des choses, lui suggérer des règles de conduite
vis-à-vis de l'alcoolique réinséré, dans le but,
non seulement d'éviter la rechute, mais aussi d'aider l'alcoolique
à récupérer ses aptitudes professionnelles, à
retrouver l'estime de ses chefs, de ses collègues, des agents qu'il
pouvait avoir sous ses ordres, en un mot, à reprendre sa
véritable place dans la collectivité de travail.
6°) LE SUIVRE DANS SA REMONTÉE
Libérer un alcoolique de sa drogue n'est pas tout : Encore faut-il qu'il
puisse rester indéfiniment abstinent à l'égard de
l'alcool. Les médecins alcoologues considèrent que la rechute est
une caractéristique de l'alcoolisme. Cet incident doit toujours
être prévu.
Lorsqu'elle est reprise à
temps, la rechute n'est pas une catastrophe. Encore faut-il s'en apercevoir.
Certains pensent même que la rechute peut être un enseignement
utile pour l'intéressé. Si, doutant du fait qu'il ne peut plus
supporter la moindre goutte d'alcool, il commet l'imprudence d'en consommer
occasionnellement, il ne tardera pas à s'apercevoir qu'il ne peut pas
s'en tenir à une consommation modérée, et que, pour lui,
c'est du tout ou rien, sans la moindre nuance.
Il peut encore faire machine
arrière s'il a le courage de s'en ouvrir à son médecin ou
à l'ami qui l'avait sorti d'affaire. A défaut de ce recours, il
rechutera rapidement et totalement, accréditant ainsi le fameux proverbe
"qui a bu boira ”, dont s'accommode si facilement la conscience de
ceux qui ne veulent pas entendre parler des alcooliques. C'est pourquoi la
présence discrète de l'accompagnant, toujours disponible, est si
utile à l'alcoolique soigné qui, pendant des mois, marche
à la façon d'un funambule sur sa corde, où le moindre
écart peut provoquer sa chute.
De là découle
l'utilité des Associations d'aide aux buveurs, dont les membres
conservent entre eux un contact suivi, pratiquant ainsi une sorte de
psychothérapie de groupe, chacun assistant l'autre dans ses
périodes possibles de découragement et de doute.
Aucune médication ne peut
remplacer cette entraide mutuelle, dans laquelle chacun peut se trouver
alternativement en position d'aidant ou d'aidé, mais où
l'ensemble marche vers une libération totale, non seulement de l'alcool,
mais aussi de tout ce qui pouvait inférioriser le buveur aux yeux de son
entourage.
L'accompagnant interviendra plus
spécialement auprès de ceux qui n'ont pas cru devoir
s'intégrer à un tel groupe d'anciens buveurs, mais il le fera
avec doigté, sans jamais s'imposer ni imposer quoi que ce soit. Un
ancien buveur qui s'isole en déclarant qu'il ne veut pas entendre parler
de son passe est un sujet mal déculpabilisé, par
conséquent en danger de rechute.
Peut-être ne rechutera-t-il
pas, mais les visites d'amitié que lui fera l'accompagnant l'aideront,
à condition qu'il les accepte, à poursuivre sa route sans
accrocs, sur le chemin qu'il s'est choisi. A l'inverse, un buveur soigné
qui, non content de s'être libéré, acceptera d'aller
à son tour au secours des autres buveurs en s'affirmant aux yeux de tous
comme un alcoolique et en utilisant son passé comme témoignage,
est conforté contre les risques de rechute.