ABUS SPIRITUELS >> Le pouvoir subtil de l'abus spirituel (D.Johnson/J.VanVonderen)

  LE

LE POUVOIR SUBTIL DE L’ABUS SPIRITUEL

 

 

 

Nous remercions Claude Tremblay, Directeur des Editions Jaspe, de nous avoir autorisés à titre gracieux à reproduire sur notre site www.relation-aide.com les chapitres 1, 3, 5 et 6 du livre. Nous vous encourageons à vous procurer cet excellent livre et à le lire en entier, soit dans votre librairie habituelle, ou sur le site internet de la librairie chrétienne 7ici à Paris :

http : //www.librairie-7ici.com.

 

 

Éditions Jaspe, Magog (Québec) Canada

 

L’édition originale de cet ouvrage a paru en anglais sous le titre : «The Subtle Power of Spiritual Abuse» par :

David Johnson et Jeff VanVonderen

Copyright ã 1991

Publié par Bethany House Publishers

Un ministère de Bethany Fellowship Inc.

6820 Auto Club Road, Minneapolis Minnesota 55438

Copyright ã de l’édition française 1998 par :

Les Éditions Jaspe C.P. 801 Magog, Québec J1X 5C6

Traduction et révision : Claude Tremblay, Dominique Fournier, Solange Tremblay, André Raby

Graphisme : Colin Robert

Dépôt légal : Bibliothèque Nationale du Québec 1998

Dépôt légal : Bibliothèque Nationale du Canada 1998

ISBN 2-9805638-3-8

Imprimé au Canada

 

 

LES AUTEURS :

 

 

DAVID JOHNSON est depuis plus de dix ans le pasteur principal de l’église «Church of the Open Door» (église de la Porte Ouverte) dans la ville de Crystal au Minnesota. Sous sa direction, cette église est passée d’un groupe de 180 personnes à une congrégation de 5 000 personnes. Orateur très en demande, diplômé du Bethel College il reçut sa formation théologique au Bethel Seminary et au Trinity Evangelical School.

 

JEFF VAN VONDEREN est un orateur de renommée internationale, il touche particulièrement les sujets de l’église et de la famille. Il est pasteur en relation d’aide à l’église «Church of the Open Door» à Cristal au Minnesota. Il est aussi directeur de Damascus Inc., un ministère d’aide à la famille, en plus d’enseigner au Bethel College. Il a écrit :

 

* Families Where Grace Is in Place

* Good News for the Chemically Dependent

* The Subtle Power of Spiritual Abuse (avec David Johnson) en français : Le pouvoir subtil de l’abus spirituel, éditions Jaspe, Magog (Québec) Canada

* Tired of Trying to Measure Up (traduit en français sous le titre : « L'estime de soi retrouvée, vivre sans honte » Empreinte Temps Présent, 205 p). Ce livre propose des étapes précises et concrètes pour être libéré du cycle de la honte, retrouver l'estime de soi et expérimenter l'amour et l'acceptation de la part de Dieu, des autres et de soi-même. Disponible à http : //www.librairie-7ici.com.

* When God’s People Let You Down

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

 

PREMIÈRE PARTIE : LES VICTIMES DE L’ABUS SPIRITUEL

 

Du fond du cœur

 

Aidez-moi !

L’abus spirituel : rien de nouveau

Des chrétiens victimes d’abus

Ce qui précède l’abus

Identifier le système abusif

Lorsqu il est impossible de partir

L’abus et les Écritures

Accuser les victimes

 

DEUXIÈME PARTIE : POURQUOI LES DIRIGEANTS ABUSIFS SONT-ILS PRIS AU PIÈGE ?

 

Jésus et les dirigeants

 

Parce que je suis le pasteur, voilà pourquoi !

Faites-moi confiance

L’important, c’est l’image

Filtrer le moucheron et avaler le chameau

Le fardeau de la religion

« Entrée interdite »

Répandre l’Évangile

Les gens sont « dévorés »

 

TROISIÈME PARTIE : LA GUÉRISON DES VICTIMES D'ABUS SPIRITUEL

 

La guérison

 

Comment s’échapper d’un piège spirituel

Le renouvellement de l’intelligence

Retrouver la bonne orientation

Comment réagir : fuir

Un autre choix : se battre

 

A ceux qui commettent des abus spirituels

 

Dédié à tous ceux et celles qui sont fatigués et chargés et profondément aimés de Dieu, mais qui, à cause de l’abus spirituel, ont réalisé que la «Bonne Nouvelle» est devenue pour eux une mauvaise nouvelle.

 

 

CHAPITRE 1 - « AIDEZ-MOI ! »

 

 

Julie avait pris rendez-vous avec un conseiller chrétien pour lui expliquer comment elle était désespérée au point de croire qu’elle était devenue folle.

 

-       Soit que je suis folle, avait-elle lancé sèchement, soit que je suis sur le point d’expérimenter un changement majeur qui me conduira à un nouveau palier de croissance spirituelle.

-       Ces deux possibilités sont très opposées, avait répliqué le conseiller, comment en êtes-vous arrivée à cette conclusion ?

-       Bien, j’ai discuté avec mon pasteur il y a quelques mois de cela, parce que je me sentais déprimée et il a découvert immédiatement la racine du problème. Seulement, il me semble que je ne peux pas m’en sortir.

-       La racine du problème, questionna le conseiller, qu’est-ce que voulez dire ? Julie baissa les yeux. Je crois que je devrais vous avouer que le problème, c’est moi ! Mon pasteur m’a dit que j’étais rebelle à Dieu.

 

La suite du récit était malheureusement une histoire très commune : Julie était membre d’une église qui enseignait que les Écritures sont la Parole de Dieu et le modèle pour notre vie, mais, on y utilisait la Bible comme moyen de mériter l’acceptation divine, au lieu de la percevoir comme un guide pour nous aider à mieux vivre. C’est pourquoi lorsque Julie rencontra son pasteur pour lui faire part de ses difficultés avec la dépression, celui-ci lui prescrivit de réciter, de mémoriser les Écritures et de les répéter sans cesse. On lui avait dit que cette méthode l’aiderait à être moins centrée sur elle-même et davantage centrée sur Dieu. La dépression la quitterait lorsqu’elle arriverait à vaincre cette attitude pécheresse d’apitoiement sur soi. Julie avait fait tous ses efforts pour mettre en pratique les recommandations de son pasteur, mais elle était toujours dépressive. Cela suscita en elle de nombreuses questions. Elle était consciente que certains membres féminins de sa famille avaient aussi été sujets à la dépression. De plus, elle commençait à ressentir certains autres problèmes de santé. Elle avait aussi confié au pasteur les problèmes qu’elle vivait dans sa relation avec son mari, qui ne prenait pas suffisamment ses responsabilités face à leurs deux adolescents qui commençaient eux aussi à vivre des difficultés.

 

-       Comment votre pasteur a-t-il réagi lorsque vous lui avez partagé que sa recommandation ne vous avait pas réellement aidée ?

-       C’est à ce moment là qu’il a lâché une bombe sur moi, répliqua Julie. Le conseiller ne manqua pas de prendre note de son choix de métaphore : cela l’avait bel et bien dévastée.

Il continua :

-       Quelle sorte de bombe ? »

 

Le pasteur lui avait dit : «Le fait que vous ne puissiez accepter mon conseil sans soulever toutes ces objections et toutes ces autres possibilités me démontre clairement, Julie, que la racine de votre problème est spirituelle et non pas physique ou émotionnelle. Cette attitude de votre part est d’ailleurs bien apparente lorsque vous me dites que vous argumentez avec votre mari, au lieu de vous soumettre à lui et de faire confiance à Dieu.» Il conclut en disant que tous ses problèmes émotionnels de dépression, de troubles physiques, de difficultés conjugales, de même que les problèmes de ses adolescents, étaient dus au fait qu’elle ne se soumettait pas pleinement à Dieu et à sa Parole.

 

Julie s’était objectée et avait essayé de lui expliquer qu’elle se sentait condamnée et que ce n’est pas de cette manière qu’il arriverait à l’aider.

 

-       Que s’est-il produit alors ?, demanda le conseiller.

 

-       Cela empira la situation. Il a simplement souri en disant que mes objections ne faisaient que confirmer qu’il avait raison. Puis il ajouta : Julie, vous devez vous repentir de votre rébellion contre Dieu, et il pourra alors résoudre tous vos problèmes secondaires.»

 

-       C’était un jugement très sévère à votre égard, lui dit le conseiller. Qu’en pensez-vous ?

 

Les yeux de Julie se remplirent de larmes, qu’elle essuya aussitôt. Puis elle demeura silencieuse, roulant le mouchoir en papier entre ses doigts.

 

-       Je me sens comme un insecte qu’on a transpercé d’une aiguille et cloué sur un tableau. J’essaie de louer Dieu et j’arrive à le louer, mais les problèmes avec mon mari et mes enfants continuent de toute façon. Et lorsque je suis honnête avec moi-même, je me mets en colère, car le fait de répéter sans cesse les Écritures pendant que notre famille et notre santé sont en train de se détruire me paraît absurde. Je m’éveille au milieu de la nuit et il me semble que j’entends les paroles de mon pasteur. Alors je réfléchis sur le fait que je suis une chrétienne médiocre et rebelle et qu’il avait certainement raison à mon sujet, sinon ma vie ne serait pas un tel désastre. Il a raison, n’est-ce pas ? La rébellion est un péché qui nous habite tous !

 

Les tourments durent depuis quatre mois et il m’arrive parfois de penser que je devrais peut-être en finir avec ma vie. En d’autres moments, il m’arrive de penser que je suis sur le point de gagner la bataille, si je pouvais seulement louer Dieu davantage et me soumettre davantage. Mais je ne crois pas que je pourrai tenir le coup pendant encore bien longtemps. Je me sens si épuisée et je crois que je vais perdre la raison. Je ne suis plus capable de porter ce fardeau. Je vous en supplie, aidez-moi...

 

Le dilemme auquel Julie devait faire face est semblable à ceux dont nous avons été témoins dans la vie d’une multitude de gens. Cela révèle l’étendue énorme de ces sérieux problèmes parmi les chrétiens. Ce que nous avons découvert, c’est qu’il est bien question d’abus spirituels. Nous savons, sans l’ombre d’un doute, que ce terme causera certains remous et que plusieurs en seront choqués, mais ce n’est pas là notre intention. Notre désir n’est pas non plus de devenir alarmistes, même si nous sonnons le clairon pour signaler que le problème existe. C’est pourquoi nous insistons pour donner une définition adéquate de ce que nous voulons dire par «abus spirituel» et pour mettre au clair dès le départ que chacun pourrait en être victime, et même le propager sans pour autant réaliser qu’il en est prisonnier.

 

Commençons par examiner quel genre de dynamique était à l’œuvre dans le cas de Julie.

 

 

L’ANATOMIE DE L’ABUS SPIRITUEL

 

 

Nous pourrions énumérer plusieurs facteurs troublants d’après ce récit : le pasteur de Julie avait ignoré la dimension physique, émotionnelle et relationnelle reliée à son problème en choisissant une approche «spirituelle» très étroite. Puis, n’ayant effectué que très peu d’investigation, il affirma qu’il connaissait la «racine du problème», assumant qu’il y avait une racine à ses problèmes. Mais il y a aussi d’autres facteurs présents dans cette situation et leur subtilité est précisément ce qui leur accorde une telle puissance de destruction. Examinons premièrement comment cette dynamique de pouvoir et d’autorité accomplit son œuvre.

 

Julie avait choisi de devenir vulnérable en partageant ses problèmes avec le pasteur. Bien sûr, elle croyait que l’état émotionnel de son pasteur était meilleur que le sien ou tout au moins, qu’il était familier avec ce genre de situation et qu’il avait suffisamment de connaissance pour lui venir en aide. Parce qu’elle se sentait faible, elle recherchait l’aide de quelqu’un qui était plus fort. Si nous ajoutons à cela la position d’autorité occupée par le pasteur, nous pouvons facilement discerner à quel point les conseils qu’il avait donnés à Julie étaient pour elle doublement importants. Malheureusement, Julie n’a pas reçu l’aide à laquelle elle s’attendait.

 

C’est ici que nous apercevons l’action d’un deuxième facteur : l’aspect le plus important de la situation a été subtilement dévié. Julie avait pris rendez-vous afin de pouvoir parler de ses problèmes de dépression, mais le pasteur aborda la situation comme si c’était Julie le problème. Selon lui, elle était «rebelle», donc, elle était le problème. Il a confondu les émotions avec la personne et ce qu’elle ressentait avec qui elle était. La dépression n’était plus le problème auquel ils devaient ensemble trouver un remède : Julie incarnait le problème, une rebelle qui devrait se soumettre à certaines règles. Elle ne s’est jamais rendu compte qu’elle ne recevait pas l’aide qu’elle était venue chercher. À la place, sa position devant Dieu avait été remise en question et, apparemment, jugée.

 

Comme toile de fond à cet entretien triste et douloureux, se dressait la dynamique la plus subtile : Julie avait remis en question une autorité se croyant au-dessus de tout questionnement et peut-être même de toute erreur.

 

Si nous avions vous et moi un dialogue normal, vous pourriez très bien être en désaccord avec moi. Si vous désirez remettre en question ma façon de penser, et si votre correction est juste, alors votre intervention me sera bénéfique. Le simple fait que vous me remettiez en question n’implique pas que vous soyez dans l’erreur. Mais il en a été autrement dans le cas de Julie. Le pasteur interprétait sa propre autorité comme une position de suprématie de sa pensée et de ses opinions. Si le pasteur affirmait ceci ou cela, Julie ne pouvait qu’être d’accord avec lui, tout au moins ne pas le contredire ni le questionner.

 

En second lieu, on assumait que l’intervention de Julie était le fruit d’une mauvaise attitude de sa part, plutôt que d’y percevoir un désir honnête d’échange et de dialogue. En d’autres mots, on soupçonnait le mal en elle et non pas le bien. En réalité, c’est encore pire que cela. Julie avait été purement et simplement manipulée. Sans aucun doute, ce pasteur croyait être honnête et franc dans son désir de l’aider à prendre conscience de «son problème». La manipulation entra en scène après que Julie eut posé une question honnête. C’est alors qu’il sortit des rangs. Son langage non verbal peut être interprété comme suit : «C’est moi qui suis l’autorité et parce que je suis l’autorité, tu ne peux remettre en question ce que je te dis. Et puisque tu as décidé de me remettre en question, cela prouve que tu as tort.»

 

Qu’est-ce que cette attitude révèle ? Peut-être de l’insécurité, des frustrations, de la colère ? Cela révèle aussi, au moins dans ce cas-ci, que le pasteur n’agissait pas avec compassion et pour le mieux-être de Julie qui avait besoin de lui. Au contraire, il semble qu’il s’attendait à ce qu’elle acquiesce à ses affirmations, peu importe comment elle se sentait et peu importe si ce qu’il disait était juste concernant son état. Il lui fallait préserver sa position d’autorité, voilà ce qui était important.

 

 

QU’EST-CE QUE L’ABUS SPIRITUEL ?

 

 

Après avoir écouté une multitude d’histoires comme celles-ci et constaté toute l’angoisse spirituelle qu’elles avaient causée, nous en sommes arrivés à utiliser ce terme : «l’abus spirituel». Nous avons regardé ensemble comment le récit de Julie illustrait ce concept ; essayons maintenant de donner une définition adéquate à ce terme :

 

« L’abus spirituel, c’est le mauvais traitement infligé à une personne ayant besoin d’aide, d’encouragement et de soutien, traitement qui au contraire contribuera à affaiblir ou détruire sa vie spirituelle. »

 

C’est une définition assez large. Essayons de la raffiner en y ajoutant quelques autres définitions fonctionnelles.

 

L’abus spirituel se manifeste lorsqu’une ou un dirigeant utilise sa position d’autorité pour contrôler ou dominer une autre personne. Cela implique souvent une violation des sentiments et des opinions de l’autre, sans se préoccuper de ce qui en résultera de sa qualité de vie, ses émotions ou son bien-être spirituel. À l’intérieur de cette application, la force est utilisée pour rehausser la position dominatrice ou répondre aux besoins d’un dirigeant religieux au détriment des besoins de la personne qui nécessite son aide.

 

C’est ce qui s’est produit dans le cas de Julie.

 

L’abus spirituel peut se manifester lorsque la spiritualité est utilisée comme moyen pour forcer les gens à obéir à une certaine «norme spirituelle». Cela encourage la promotion d’actes religieux qui ne tiennent pas compte du bien-être des autres mais qui sont destinés à prouver le niveau de spiritualité d’un individu. À quel genre d’actes religieux faisons-nous référence ? À quel moment une personne en position d’autorité outrepasse-t-elle les limites de sa tâche, prenant la place d’un juge au lieu d’apporter de l’aide ? Écoutez l’histoire de tous ces chrétiens blessés et épuisés par les exigences de leurs dirigeants et de leur «spiritualité», cela vous aidera à mieux comprendre à quoi nous faisons allusion.

 

«Le responsable du groupe d’étude biblique dont je fais partie m’a dit que je ne prenais pas ma place en tant que chef spirituel de mon foyer. Je devrais prier davantage et prendre autorité dans l’Esprit, de sorte que les forces spirituelles qui attaquent ma famille soient entièrement neutralisées. Ainsi, mon épouse n’aurait pas à souffrir ces problèmes de douleurs menstruelles et mon fils aîné ne serait pas atteint de l’asthme. Je crois bien que c’est moi qui suis responsable de leurs maladies ! »

 

«Plusieurs d’entre nous désirions avoir plus de détails sur la façon dont les finances de notre église étaient utilisées. Nous désirions savoir s’il était possible que l’argent soit utilisé davantage pour les ministères d’aide aux pauvres et d’autres services envers les gens. Lorsque j’ai posé quelques questions lors d’une réunion du comité des responsables, l’atmosphère est devenue subitement très froide. On m’a averti par la suite de ne pas essayer de créer des dissensions dans l’église.»

 

«Nous avons vendu notre maison et nous sommes déménagés à l’autre bout du pays afin de travailler pour un important ministère. Après quelques mois, l’église commença à mettre un accent exagéré sur les problèmes de poids. Et, puisque j’ai moi-même un problème de surplus de poids, on m’a demandé de faire en sorte de maigrir, car mon état affectait le «témoignage chrétien». Mes conditions salariales et même mon emploi en étaient l’enjeu.»

 

«La congrégation manifesta son désappointement à mon égard parce que j’avais demandé qu’on m’accorde un congé sabbatique de deux mois, suite à mes douze années de service comme pasteur, après avoir été disponible jour et nuit et n’ayant jamais pris plus d’une semaine de vacances à la fois. J’étais si découragé ! »

 

«Notre église a récemment décidé de mettre fortement l’accent sur l’éducation chrétienne à la maison ainsi que l’importance d’une famille nombreuse. On commença à enseigner que les femmes ne devraient plus utiliser de maquillage et qu’elles devraient se couvrir la tête en guise de soumission. Par la suite, nos meilleurs amis nous ont dit que nous n’étions pas très spirituels, car nos enfants fréquentent une école publique et que j’étais attirée vers «le monde» puisque je continuais à me maquiller.»

 

«Pouvez-vous croire que cette controverse a débuté suite à une question que j’avais posée pendant l’enseignement du dimanche ? Il était question de la doctrine de la prédestination, un sujet qui a toujours fait l’objet de différentes interprétations et j’avais simplement exprimé mon désaccord avec l’enseignant, cela d’une façon amicale. Deux jours plus tard, le coordinateur des ministères de l’église m’annonça que je m’étais querellée avec l’enseignant en présence de tout le groupe et qu’il apprécierait que je n’assiste plus aux sessions jusqu’à nouvel ordre.»

 

«Mon mari est persuadé que je devrais prier au moins une heure par jour en utilisant une méthode de prière particulière qui lui a été enseignée dernièrement. Après avoir essayé à quelques reprises, je ne me sentais pas confortable avec cette méthode. Il a répliqué que c’était bien là mon problème et que je n’étais jamais capable d’accepter quelque chose par la foi. Je sens que je n’arriverai jamais à satisfaire ses exigences.»

 

Chacun de ces incidents nous révèle la même dynamique. La personne qui a un besoin, qu’il s’agisse d’un besoin d’information, de dialogue, d’encouragement, d’acceptation ou de conseil, a reçu le message qu’elle était inférieure spirituellement ou que sa spiritualité était défaillante. À plusieurs reprises, l’intimidation a été utilisée dans le but d’amener la personne à accepter une conviction ou encore pour couper court à une demande d’information légitime. Comme vous l’avez sûrement remarqué dans le cas du pasteur épuisé, l’abus spirituel peut être manifesté autant envers un dirigeant qu’envers un membre de la congrégation. Nous ne désirons attaquer d’aucune façon les responsables ou les autorités spirituelles : ce que nous voulons, c’est exposer un phénomène à la source de bien des blessures. Qu’il s’agisse d’un cas ou d’un autre, les conséquences de l’abus spirituel sont généralement similaires : l’individu est livré à lui-même, accablé par la culpabilité, la condamnation et la confusion en ce qui a trait à son estime de soi ou sa position en tant que chrétien. C’est pourquoi nous disons qu’à ce point, la spiritualité est devenue abusive.

 

 

LE MOT «ABUS» N’EST-IL PAS UN PEU TROP FORT ?

 

 

Si vous prenez le temps de considérer le phénomène que nous traitons actuellement sous un angle différent, vous comprendrez pourquoi nous avons choisi d’utiliser les termes «abus spirituel». Nous sommes pleinement conscients que ce terme peut susciter quelque controverse, mais nous sommes convaincus, à la lumière d’exemples similaires appartenant à d’autres aspects de la relation d’aide, que l’utilisation du mot abus est pleinement justifiée.

 

Plusieurs d’entre vous connaissez sans doute cette approche en relation d’aide que nous appelons «approche systémique» ou «approche du système familial». Puisque l’église est une famille spirituelle composée de plusieurs familles, et puisqu’elle est la famille de Dieu, nous croyons que nous pouvons apprendre des leçons valables en considérant les bases d’un cadre familial en bonne santé de même que les conséquences de son mauvais fonctionnement.

 

Dans un cadre familial fonctionnel et en bonne santé, les parents remplissent un rôle d’autorité de manière à pourvoir aux besoins d’apprentissage et de communication de leurs enfants. Les parents affermissent ainsi la personnalité de leurs enfants, tout en faisant l’acquisition d’une meilleure habileté pour attribuer les conséquences appropriées aux comportements répréhensibles et pour enseigner et encourager les comportements souhaités.

 

Il est vrai que même un bon parent commet des erreurs, mais cela ne fait pas de lui pour autant un parent abusif ! Il doit, bien sûr, remplir son rôle de parent et combler les besoins de ses enfants, mais il est aussi un être humain en train d’apprendre et de grandir. D’un autre côté, lorsqu’un parent utilise sa position pour forcer un enfant à se surpasser, lorsqu'il se sert d’un idéal trop élevé pour juger ses actions, qu’il profite de cette position d’autorité pour la gratification de ses propres besoins d’importance ou de pouvoir, ou pour répondre à ses besoins émotionnels et même sexuels, alors il a franchi les limites et commis des abus. La famille, qui devait pourvoir à la sécurité des enfants, devient alors un milieu dangereux. Les relations familiales, destinées à fournir support et encouragement, sont exploitées de manière abusive et destructrice. Si un adulte tire parti de la confiance d’un enfant dans un objectif égocentrique de gratification émotionnelle, verbale, physique ou sexuelle, il commet un abus.

 

De la même manière, ceux qui occupent des postes d’autorité spirituelle peuvent exploiter la confiance des gens. Certains sont si déterminés à défendre des positions, des doctrines ou des façons de faire les choses, qu’ils maltraitent quiconque remet en question leurs idées, exprime un désaccord ou manifeste un comportement spirituel différent de celui qu’ils auraient souhaité. Toute parole ou action qui cherche à diminuer, attaquer ou affaiblir une autre personne, pour se gratifier, élever sa position ou ses croyances, tout en détruisant les autres, constitue de l’abus spirituel.

 

Il existe certains systèmes religieux à l’intérieur desquels les opinions des gens, ce qu’ils ressentent, ainsi que leurs désirs et leurs besoins n’ont aucune importance. Les besoins des gens n’y sont pas comblés. Dans ces systèmes, les gens sont là pour combler les besoins du dirigeant : besoin de pouvoir, d’importance, d’intimité, d’estime, bref, tous les besoins reliés à la personne. Les responsables recherchent leur propre satisfaction à travers les accomplissements religieux des gens qu’ils devraient normalement servir et aider. C’est une inversion des rôles et de l’abus spirituel.

 

 

CE N’EST PAS UNE «CHASSE AUX SORCIÈRES»

 

 

Nous avons pris le temps de définir ce qu’est l’abus spirituel. Il s’agit d’un phénomène très actuel que l’on retrouve non seulement dans les sectes mais (triste à dire) aussi dans le corps de Christ. Nous tenons à ce que nos lecteurs sachent aussi discerner ce que l’abus spirituel n’est pas. Il est aussi primordial de comprendre ceci : chacun d’entre nous est sujet involontairement à oublier la grâce fortifiante de Dieu par laquelle nous devons vivre la vie chrétienne ; par conséquent, chacun est susceptible d’agir ou de parler de façon à commettre des abus spirituels à l’égard des autres. Bien qu’il soit possible que la lecture de ce livre vous amène à identifier des situations d’abus spirituel présentes dans votre groupe ou votre église, nous vous suggérons de ne pas amorcer une «chasse aux sorcières» pour identifier et condamner ceux qui ont commis des abus.

 

Voici quelques points importants que vous devriez garder à l’esprit.

 

-       Il n’est pas abusif de la part d’un dirigeant spirituel, qui a la responsabilité de prendre la décision finale, de procéder selon le meilleur de son jugement et choisir d’agir contrairement à votre opinion. Il est toutefois abusif d’utiliser une divergence d’opinion pour dévaloriser la spiritualité d’une autre personne.

 

-       Il n’est pas abusif de la part d’un chrétien (qu’il soit ou non en autorité) de confronter un autre chrétien à cause d’un péché, d’un mauvais comportement ou même d’une erreur qui doit être corrigée. Il est clair cependant que le but de cette intervention n’est pas d’humilier ou amener le discrédit sur une personne, mais de contribuer à sa guérison et à sa restauration.

 

-       Il n’est pas non plus abusif de demander à un dirigeant ou un responsable de ministère de quitter son poste à cause de problèmes émotionnels, physiques, mentaux ou spirituels. Encore là, l’objectif serait d’aider cette personne à recevoir les soins nécessaires de manière à ce qu’elle puisse reprendre son poste ou sa position si cela s’avère l’action la plus adéquate.

 

-       Il n’est pas spirituellement abusif ni inapproprié d’être en désaccord sur des questions doctrinales ou sur tout autre sujet, même en public. Il faut se souvenir qu’il est crucial de conserver une attitude respectueuse, sans jamais déprécier ni attaquer notre opposant.

 

-       Il n’est pas abusif d’observer un certain décorum (par exemple en rapport avec la tenue vestimentaire). Cela devient abusif lorsque ceux qui ne partagent pas la même conviction sont dévalorisés spirituellement ou humiliés.

 

Ce que nous tentons de démontrer, c’est que l’abus spirituel est un piège. Ceux qui propagent l’abus spirituel sont aussi prisonniers de leurs croyances malsaines et de leurs actions que ceux qui en sont consciemment ou inconsciemment les victimes. D’autres avertissements s’imposent.

 

Un dirigeant fort de caractère qui fait montre de beaucoup de détermination n’est pas nécessairement abusif.

 

Il est possible d’être en même temps propagateur et victime de l’abus spirituel. Par exemple, vous pouvez ressentir de la part de votre dirigeant une obligation ou une pression de «performer» tandis que vous-mêmes êtes exigeants envers vos enfants adolescents. Vous les jugez sévèrement comme «rebelles» lorsqu’en réalité ils ne vous demandaient que de réviser certaines décisions que vous aviez prises et qui leur semblaient injustes. Il est tout naturel pour eux de vérifier le système de valeurs que vous leur avez présenté depuis leur enfance, afin d’en saisir l’implication pour leur propre vie. Ou encore, une femme pourrait se sentir victime ou négligée par son mari à cause de son approche trop sévère au sujet de l’autorité spirituelle au foyer, en même temps qu’elle utilise sa propre autorité spirituelle pour punir ses enfants et les forcer à agir comme s’ils étaient de petits anges.

 

L’un des objectifs de ce livre est de vous aider à examiner premièrement votre propre conception du christianisme. Votre vie est-elle imprégnée de grâce ?

 

Laissez-vous l’occasion à l’Esprit de Christ d’agir à travers vous de manière à permettre aux gens de se débarrasser des lourds fardeaux qui les écrasent, et de les voir fortifiés et remplis de vigueur spirituelle ? Ou essayez-vous plutôt de forcer les gens à vivre selon un régime de lois, de règles et de formules spirituelles ayant pour effet de les étouffer, produisant le sentiment qu’ils ne pourront jamais atteindre vos normes ?

 

Il y a aussi une autre raison importante pour laquelle nous avons écrit ce livre : pour permettre aux gens et aux dirigeants spirituels de pouvoir identifier un système religieux devenu abusif. En raison du nombre de nos contacts avec les victimes et les gens qui commettent des abus, nous en sommes venus à la conclusion que ce problème est sérieusement répandu dans tout l’ensemble de la chrétienté. Pour ceux qui découvriront qu’ils ont participé à l’implantation d’un environnement abusif, enchaînant les gens à un système, un dirigeant, ou à des exigences religieuses, nous avons donné des conseils vous permettant de changer et de revenir à la grâce. Et pour ceux qui ont découvert qu’ils étaient liés et esclaves d’un environnement abusif, nous offrons aussi des conseils pour opérer les changements qui vous ramèneront à la liberté se trouvant en Jésus-Christ.

 

L’apôtre Paul a écrit :

 

«C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude» (Galates 5 : 1).

 

«Vous avez été rachetés à un grand prix ; ne devenez pas esclaves des hommes» (1Corinthiens 7 : 23).

 

La racine de tout cela, c’est que trop de gens de notre époque ont oublié l’importance du prix payé, le sang de Christ, afin que nous devenions libres. Car nous avons été appelés à une vie spirituelle fondée sur le don gratuit de la grâce de Dieu (Éphésiens 2 : 8-9). Les œuvres que nous devons accomplir sont seulement celles que Dieu notre Père a préparées pour nous (verset 10). Seulement à Dieu devrons-nous rendre compte de ce que nous aurons fait en son nom ou de ce que nous n’aurons pas fait (Matthieu 25).

 

 

VERS LA LIBERTÉ

 

 

Comment l’abus spirituel se produit-il ? Comment un environnement destiné à rendre les gens libres peut-il devenir un lieu d’esclavage et d’oppression ? Existe-t-il des exemples dans les Écritures qui nous permettent de comprendre comment fonctionne cette dynamique ? Y a-t-il des signes qui peuvent nous aider à identifier l’abus spirituel qui se cache derrière la colère, le manque de confiance, la peur, le doute, les problèmes relationnels, et qui pourraient aider le conseiller à reconnaître quand l’abus spirituel est la cause profonde et la source de tous ces maux ?

 

Nous désirons explorer toutes ces questions fondamentales dans les prochains chapitres. Nous désirons aussi aller au-delà de cette étude et regarder comment il est possible de transformer un milieu religieux abusif en un «lieu sécurisant» pour les gens qui souffrent et assurer une croissance saine aux chrétiens. Le vrai christianisme nous conduit à une vie libérée des œuvres mortes, des systèmes religieux et de tous les efforts humains qui ont pour but de mériter la faveur de Dieu. Il est temps pour plusieurs d’entre nous de se débarrasser du joug des systèmes religieux et des attentes que nous avons nous-mêmes créées, pour enfin retrouver cette joyeuse liberté qui est en Christ. Voilà notre but ultime et notre espérance.

 

L’Ancien et le Nouveau Testament nous mettent en garde contre les faux prophètes et les systèmes religieux qui enseignent que pour mériter l’approbation de Dieu, l’œuvre de Jésus sur la croix ne suffit pas et qu’il faut y ajouter toute une liste de comportements religieux. Nous sommes tous exhortés à être vigilants à cet égard.

 

Est-ce que votre spiritualité vous procure le repos que Jésus vous a promis ou seulement davantage de labeur et d’épuisement ?

 

 

CHAPITRE 3  -  DES CHRÉTIENS VICTIMES D’ABUS

 

 

Comment feriez-vous la description d’un chrétien qui grandit dans sa relation avec Dieu ? Pourriez-vous dire qu’il vit dans un repos confortable fondé sur la paix de Dieu ? Qu’il communique un sentiment de plénitude, conscient que toutes ses œuvres spirituelles sont accomplies en Dieu, plutôt que de courir sans cesse vers la perfection ? Est-ce que ses conseils vous aideraient à vous confier d’abord en Jésus ou en vous-mêmes ? Et le plus important, est-ce que ce chrétien «inspire la joie de vivre», selon ce que Paul décrit comme «la bonne odeur de Christ» ? (2Corinthiens 2 : 15).

 

Nous avons énuméré dans ce chapitre les dix difficultés les plus communes chez les victimes d’abus spirituel. Certains n’expérimentent pas tous ces symptômes et d’autres en expérimentent que nous n’avons pas mentionnés ici. Mais la majorité des victimes ont tendance à expérimenter plusieurs symptômes similaires. Lorsque nous constatons qu’une personne lutte avec l’un ou plusieurs de ces éléments, nous considérons qu’elle a sans doute été victime d’abus spirituel. Peut-être vous-mêmes luttez-vous ainsi ?

 

 

LES DIFFICULTÉS QUI AFFECTENT LES VICTIMES D’ABUS SPIRITUEL

 

 

UNE FAUSSE IMAGE DE DIEU

 

 

Richard a grandi dans une famille et une église rigides et très autoritaires. La préoccupation principale de chaque chrétien, homme, femme ou enfant, était d’une certaine façon de déchiffrer la volonté de Dieu pour chaque domaine de leur vie, cherchant même à savoir si c’était la volonté de Dieu qu’ils consomment certaines marques de boissons gazeuses. Dieu allait se mettre en colère si jamais ils choisissaient la mauvaise option ou commettaient une erreur.

 

Souvent, Richard plaçait des «toisons» devant Dieu, agonisant dans la prière jusqu’à ce qu’il soit persuadé d’avoir découvert ses plans pour sa vie. «C’est étrange, dit-il un jour, chaque fois que je croyais avoir découvert la volonté de Dieu, je pensais qu’il allait immédiatement changer d’idée pour quelque chose de différent, qu’il me demanderait de découvrir, simplement pour me garder occupé ou afin de ne pas me laisser devenir paresseux. De plus, le fait de connaître la pensée de Dieu me plaçait en quelque sorte sur le même niveau que lui et puisqu’il ne désirait certainement pas cela, il s’arrangeait toujours pour être au moins un pas en avant.»

 

Nous pouvons facilement constater comment une mauvaise compréhension de ce qu’est la croissance spirituelle peut affecter notre vision de Dieu, de manière à ce qu’il devienne, à nos yeux, une autorité exigeante et imprévisible. Richard et les membres de cette église devaient faire tous leurs efforts simplement pour se garder «à jour» avec Dieu. Il n’est pas étonnant, qu’après peu de temps, Richard ait perçu Dieu comme un juge injuste engagé dans un horrible marathon et qui repoussait sans cesse la ligne d’arrivée.

 

Une image déformée de la personne de Dieu est un indice d’abus spirituel. Voici quelques autres exemples de ce type de distorsions :

 

-       Comme dans le cas de Richard, Dieu n’est jamais satisfait et il continue sans cesse à fixer des objectifs de plus en plus hauts afin de pouvoir vous démontrer à quel point vous êtes limités.

 

-       Dieu est sévère et vindicatif et il se plaît à constater vos erreurs. Il peut pointer vos faiblesses, vous punir et vous humilier.

 

-       Dieu est apathique. Il voit les gens blessés et maltraités, mais il ne fait rien pour les aider car cela l’obligerait à contester une autorité ou une structure.

 

-       Dieu dort. Il n’est même pas conscient qu’il y a des gens blessés et maltraités.

 

-       Dieu est éveillé et près de vous. Il est conscient de ce qui vous arrive et il s’intéresse à vous mais il est sans force et incapable d’aider les gens blessés et maltraités.

 

-       Dieu est inconstant comme un enfant ; ses humeurs varient en fonction de vos moindres manquements.

 

-       Dieu est «extrêmement saint». Il est comme une alarme spirituelle, prête à se déclencher chaque fois que vous avez une mauvaise pensée. J’ai entendu le récit d’un homme à qui des enseignants de la Bible avaient inculqué que le Saint-Esprit, le cœur brisé, fuyait jusqu’au confins de l’univers chaque fois que cet homme commettait le plus petit péché.

 

Plusieurs s’objecteraient à ce que nous remettions en question des choses aussi banales que des chants de l’école du dimanche. Toutefois, il y a certains chants qui communiquent la fausse idée que lorsque nous sommes tentés ou si nous péchons, nous avons «désappointé» Dieu. La réalité, c’est qu’il est la source de notre force, de notre restauration et de l’amour. C’est toujours vers lui que nous pouvons courir quand nous sommes tentés ou lorsque nous sommes tombés. Sous cet angle, regardons ensemble les paroles de ce chant de l’école du dimanche :

 

Attention à ce que regardent vos petits yeux

Car le Père est en haut et il vous guette avec amour

Alors, attention à ce que regardent vos petits yeux.

 

Nous ne voulons pas insinuer que quiconque enseignerait un tel chant aux enfants commettrait un abus, mais il faut néanmoins se poser certaines questions. Est-ce que ce chant reflète Dieu de manière à ce que les jeunes seront attirés à lui ou fuiront-ils dans la direction opposée, honteux de leurs faiblesses ? Si Dieu est un père plein d’amour, pourquoi les enfants devraient-ils demeurer sur leurs gardes et faire constamment attention ? Qu’arrivera-t-il si l’enfant ne fait pas attention ? Qu’arrivera-t-il si en dépit de ses efforts sincères, l’enfant entend ou voit quelque chose qu’il ne devrait pas voir ou entendre ? Est-ce que ce chant communique l’idée de ne pas s’approcher trop près de Dieu ? Désirez-vous que vos enfants aient peur de Dieu ou bien qu’ils courent se jeter dans ses bras forts afin d’être aidés dans leurs difficultés ?

 

Et que penser de cette image déformée du Dieu «Père Noël». Constatez-le en considérant les paroles de ce chant de Noël :

 

Il faut être sage, Et ne pas pleurer

Si tu veux le voir, Il ne faut pas bouder

Le Père Noël va venir ce soir

Dans son petit livre, Il regarde bien

Si tu es aimable, Ou si tu es malin

(Jésus-Christ) peut revenir ce soir

Il te voit quand tu dors

Il te voit à ton éveil

Il sait si tu es mauvais ou bon

Alors fais bien attention

 

Ne vous offensez pas ; nous ne voulons pas manquer de respect. Mais combien d’églises enseignent que votre place au ciel sera déterminée par le nombre de bonnes actions que vous aurez accomplies ici sur terre ? Combien enseignent que même si votre salut ne dépend pas de vos œuvres, votre place au ciel (éloignée ou proche de Dieu) dépend de vos actions sur terre ? Combien enseignent que Jésus a promis des récompenses (Matthieu 25 : 31-46) autres que d’entrer au ciel ou d’éviter l’enfer, une position meilleure dans la hiérarchie éternelle ? Les cadeaux du Père Noël dépendent peut-être de notre bon comportement, mais Dieu accorde ses dons simplement parce qu’il nous aime (Luc 11 : 13) et non à cause de nos accomplissements.

 

 

L’OBSESSION DES ACCOMPLISSEMENTS RELIGIEUX

 

 

Les enseignements donnés lors d’une récente conférence chrétienne proposaient aux auditeurs d’adhérer à une «méthode» plutôt que de grandir dans une relation avec Dieu. Le conférencier plaçait tous les domaines possibles de la vie dans de beaux petits emballages chrétiens : si vous faites ceci ou cela (lire la Bible, mémoriser des versets, prier d’une certaine manière ou pendant un certain temps, etc.), Dieu sera toujours content. Vous aurez alors une vie chrétienne bien ordonnée.

 

Les gens ont quitté la salle, résolus à essayer de mettre en pratique ces méthodes. Ceux qui réussiraient, habituellement ceux qui ont déjà une volonté forte et pour qui la discipline est naturelle, auraient la chance d’assister à un séminaire plus avancé. Mais qu’adviendra-t-il de ceux qui ont de la difficulté ? Ils devront tous retourner à la conférence de base encore et encore. (Certains ont dû y revenir sept fois.) L’orateur avait dit à l’auditoire : «Si vous mettez ces principes en pratique et qu’ils ne fonctionnent pas, appelez-moi pour que nous en discutions. Sachez cependant que vous seriez les premiers à subir cet échec.» Sans l’ombre d’un doute, cette affirmation motiva les gens à essayer de toutes leurs forces et à faire en sorte que ces méthodes fonctionnent. D’ailleurs, il est fort peu probable que ceux pour qui elles auraient échoué aient l’intention d’en faire part au conférencier.

 

Cette préoccupation acharnée pour les accomplissements religieux résulte souvent d’une des deux tendances suivantes : le pharisaïsme, ou la honte.

 

Le pharisaïsme ou l’autojustification (un sentiment de supériorité spirituelle fondé sur ses propres efforts) dénote un style de vie orienté vers les accomplissements religieux. Un autre indicateur de cette attitude est le perfectionnisme, où toute situation et toute relation doit être parfaite. Cela est souvent accompagné d’un haut niveau d’anxiété relié aux circonstances extérieures et aussi d’un besoin urgent de contrôler ce que les gens font et comment les choses se déroulent.

 

La honte, l’opposé du pharisaïsme, tire aussi sa source dans cette recherche d’accomplissements religieux. La honte est un sentiment d’infériorité, une évaluation négative de soi, une inculpation de sa propre personne. C’est le résultat de relations où l’acceptation et l’amour sont conditionnelles au comportement. On communique sans cesse à l’individu qu’il n’est pas à la hauteur. Dans les environnements spirituels où les accomplissements religieux sont plus importants que l’honnêteté ou que les besoins humains, ces deux extrêmes pourront aisément se manifester.

 

 

UNE IDENTITÉ CHRÉTIENNE DÉFORMÉE

 

 

Les gens victimes d’abus spirituel ont tendance à avoir une image négative d’eux-mêmes, ou à être accablés par la honte. Nous pouvons percevoir cet état d’être de plusieurs façons :

 

-       Un manque de compréhension ou l’ignorance des textes du Nouveau Testament qui décrivent notre nouvelle identité en tant que nouvelle créature en Jésus.

 

-       La confusion entre la culpabilité et la honte. La culpabilité est un signal utile pour indiquer que nous avons un mauvais comportement. La honte est une inculpation de notre propre personne. Vous expérimentez la culpabilité lorsque vous commettez de mauvaises actions ; cette culpabilité est bonne et fait partie de votre «système nerveux spirituel», ce qui vous aide à discerner ce qui est bien ou mal. À l’opposé, vous ressentirez de la honte même si vous n’avez rien fait de mal, vous percevant comme un être humain avec beaucoup de défauts ou comme un chrétien de troisième classe qui ne mérite pas la bénédiction et l’acceptation de Dieu.

 

-       La honte devient la motivation de base de votre comportement. Cette image négative de vous-mêmes ne peut-être effacée que par un bon comportement de votre part.

 

-       La nécessité de demeurer attachés à cette image de soi négative de manière à justifier vos mauvais comportements. Nous pouvons constater cela à l’intérieur des systèmes religieux qui enseignent ou sous-entendent que même si nous sommes sauvés, nous sommes toutefois sans «valeur» devant Dieu, seulement des «pécheurs sauvés par grâce», «des vers et non des personnes».

 

Considérez le message subtil communiqué dans ce chant, en ce qui a trait à votre identité :

 

Je suis si heureux car Jésus m’aime.

Jésus m’aime.

Jésus m’aime. Même moi !

 

Ce chant sous-entend que Jésus aime beaucoup de gens, mais vous aimer, vous, c’était tout un défi ! Romains 5 : 6 indique toutefois que tous et chacun ont un besoin identique de son amour. Écoutez cette prière de Paul pour tous ceux qui sont aimés de Jésus :

 

«À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom. Afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur, en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi ; étant enracinés et fondés dans l’amour, que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu» (Éphésiens 3 : 14-19).

 

Dieu n’a pas seulement aimé «même vous», il vous a «tant aimé».

 

 

LES DIFFICULTÉS DANS LES RELATIONS AVEC LES AUTORITÉS SPIRITUELLES

 

 

L’abus spirituel peut conduire à une «foi toxique». La foi toxique se développe au sein d’une relation destructrice et dangereuse à l’intérieur d’un système religieux qui prend la place de Dieu en contrôlant la vie des gens au nom de Dieu. Cela affectera plusieurs domaines de la vie d’un individu et en particulier le domaine de ses relations avec les autorités.

 

Ceux qui ont expérimenté ces abus de pouvoir vont développer des mécanismes d’autodéfense afin de se protéger contre tout autre abus. Devant l’autorité, ils adopteront une attitude extrême de conformité ou de défiance. Les conformistes auront tendance à se soumettre aux autorités, se pliant à leurs exigences peu importe s’ils sont en accord ou non, ou peu importe si l’autorité en question a raison ou non. Ils s’y conformeront (car l’autorité exige le conformisme, et cela afin d’éviter d’être blessés de nouveau). Mais ces attitudes ne peuvent apporter de solutions réelles.

 

Ceux qui réagissent en défiant l’autorité s’opposeront aux puissants, même s’ils sont en accord avec eux sur certains points. La résistance devient pratiquement un réflexe contre tous les dirigeants. Ce mécanisme destiné à les protéger contre d’éventuelles blessures échouera également.

 

 

LES RÉTICENCES ENVERS LA GRACE

 

 

L’idée que l’on vous traite avec bonté (dans la plénitude de la grâce) est difficile à accepter. Vous avez développé une identité fondée sur la honte qui vous amène à croire que vous ne méritez pas que l’on vous traite de cette façon. Vous êtes habitués à re-pousser la grâce de Dieu ou ce que les autres veulent vous offrir, de sorte que vous n’en avez plus besoin. Ou encore, vous les recevez avec un tel sentiment d’endettement que vous chercherez les moyens de rembourser Dieu et les autres.

 

Les chrétiens qui ont reçu de mauvais enseignements sur la sainteté et comment devenir «saint», rejetteront immédiatement l’idée de vivre sous la grâce. Pour eux, dépendre de la grâce de Dieu à tous les jours n’est rien d’autre que de profiter de «la grâce à bon marché». Cela n’est bon que pour les paresseux qui désirent excuser leurs habitudes pécheresses. Puisqu’ils sont habitués à travailler fort à leur salut, les autres devraient en faire autant.

 

 

LA DIFFICULTÉ D’ÉVALUATION DES LIMITES PERSONNELLES ET LA MAUVAISE COMPRÉHENSION DES ENSEIGNEMENTS SUR LA «MORT À SOI-MÊME» ET SUR LES DROITS HUMAINS

 

 

Vous est-il déjà arrivé de demeurer au téléphone plus longtemps que vous ne l’auriez désiré, écoutant un vendeur qui essayait de vous convaincre d’acheter un article, quand vous saviez à l’avance que vous ne l’achèteriez pas ? Pourquoi n’avez-vous pas raccroché ? Parce que vous vous sentiez vaguement responsables de vous assurer qu’il ne se sentirait pas brimé ou rejeté ? Qui avait donné la permission à cet étranger de faire raisonner sa voix dans vos oreilles sans votre invitation ? Si vous aviez raccroché aussitôt après avoir constaté que vous n’étiez pas intéressés, auriez-vous ressenti de la culpabilité, le sentiment d’être égoïstes (ou pour les chrétiens, des sentiments de honte) ? Tout cela indique que vous avez de la difficulté à évaluer quelles sont vos limites personnelles. Après tout, puisque vous devez apprendre à «mourir à vous-mêmes», il est normal de laisser les gens monopoliser votre vie car «vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes», vous devez «renoncer à vos droits», n’est-ce pas ?

 

Les limites personnelles sont comme des barrières invisibles indiquant aux autres jusqu’où ils peuvent avancer et où vont débuter vos droits. La serrure sur la porte de votre maison communique aux gens que c’est vous qui décidez qui va franchir le seuil de votre demeure. Sentez-vous que vous êtes moins spirituels parce que vous fermez votre porte à clé lors de votre départ ? (C'est peut-être le cas pour certains !) Alors vous ne devriez pas non plus vous sentir moins spirituels si vous devez dire : «Non, merci !» à un chrétien qui vous demande s’il peut vous donner une parole venant du Seigneur.

 

Ceux qui ont mal utilisé leur autorité spirituelle ont manqué de respect en franchissant vos limites personnelles. Ils n’ont pas tenu compte de votre «non», humiliant votre volonté pour envahir votre vie avec leur propre programme religieux. Ils ont violé votre spiritualité en jouant le rôle du Saint-Esprit. De ce fait, vos opinions personnelles sont devenues preuve de votre insoumission et vos droits de ne pas être maltraités sont perçus comme de l’égoïsme.

 

 

LA DIFFICULTÉ FACE AUX RESPONSABILITÉS PERSONNELLES

 

 

Les personnes qui ont été victimes d’abus spirituel auront tendance à développer une attitude irresponsable dans leur relation avec Dieu et avec les autres. Cela veut simplement dire que ces gens ont découvert que le don promis de l’amour, de l’acceptation et du repos n’exige aucun effort humain. Ils ont donc décidé de tout abandonner ou d’utiliser le peu d’énergie qui leur reste pour continuer à «survivre». Intérieurement, leur attitude se résume ainsi : «Laissons le pasteur visiter les malades et l’évangéliste témoigner aux perdus. J’en ai assez !»

 

D’autres ont appris à devenir «trop» responsables de porter les fardeaux. Ils doivent régler les problèmes de tous et alléger toutes leurs souffrances. Il leur est impossible de refuser d’aider les gens ou de répondre à leurs besoins. Après tout, qui le fera s’ils ne le font pas ? Dieu a davantage besoin d’eux qu’ils n’ont besoin de lui. Au fait, ils ne sont pas seulement responsables pour le bonheur des autres, mais aussi pour le bonheur de Dieu. C’est leur responsabilité de bien se comporter pour que Dieu soit heureux à la fin de la journée.

 

Cela peut aller jusqu’au martyre. Ils croient que le fait d’avoir droit à leurs propres opinions ou d’avoir eux-mêmes des besoins est un acte d’égoïsme ; que d’être affectés par les insultes ou les mauvais traitements est preuve d’immaturité et que de ressentir des émotions est de l’hypersensibilité. Le dénuement de tout devient la vertu par excellence et mourir à la vie, le résultat final.

 

Le passage de Matthieu 9 : 36 décrit la foule comme étant «languissante et abattue». C’était là le résultat des fardeaux des exigences que les dirigeants leur avait imposées. Plutôt que de prendre soin des brebis, ils les épuisaient. Jour après jour, ils leur dictaient toutes sortes de règles et d’obligations religieuses, pointant sans cesse leurs moindres fautes. Ceux qui doivent subir ces excès finissent par s’épuiser physiquement, émotionnellement et spirituellement. Ils se rendront compte de certains symptômes : leur énergie et leur motivation s’éteignent peu à peu, ils deviennent impatients envers les besoins des autres, ils se sentent déprimés, ils ont le sentiment d’être pris au piège ou ils essaient de trouver des moyens d’en sortir.

 

 

UNE FORMATION INADÉQUATE POUR FAIRE FACE À LA VIE

 

 

Au fil des ans, (c’est Jeff qui parle) j’ai conseillé plusieurs gens qui étaient sans emploi, qui occupaient des emplois inférieurs à leur niveau de compétences ou qui éprouvaient des difficultés au travail. Plusieurs étaient diplômés, mais j’ai remarqué qu’un bon nombre d’entre eux étaient diplômés d’écoles chrétiennes. Ils étaient là, errants, mal préparés et sans emploi, de nombreuses années après la fin de leurs études. La plupart étaient le produit d’un milieu éducationnel spirituellement abusif. Comme vous allez le constater dans le prochain chapitre, les systèmes abusifs développent une «mentalité de bunker». Cette mentalité se caractérise par un esprit étroit et paranoïaque envers le monde extérieur et une attitude très sélective concernant ce qui se passe à l’intérieur de ce système.

 

Non seulement ces gens se referment sur eux-mêmes, mais ils jugent les autres constamment. Plusieurs de ces chrétiens croient qu’il n’existe qu’une ou deux universités «séparées» du monde pour que les étudiants y soient en sécurité. Ou encore, ils considèrent tout simplement que les études universitaires sont une perte de temps. Cette philosophie, dans la vie des étudiants, a pour conséquence de les former émotionnellement, spirituellement et mentalement à ne fonctionner et à ne travailler que dans cet encadrement, sinon dans un autre qui lui est similaire.

 

Bien que plusieurs de ces diplômés soient sur le seuil du désastre financier, ils hésitent toujours à faire le pas, car ils sont incapables de fonctionner dans un autre cadre. Lorsqu’ils se décident à avancer à cause des besoins de leur famille ou parce qu’ils sont fatigués de subir ces mauvais traitements, ils sont dans l’obligation d’accepter un emploi séculier à faible salaire. Ils seront alors perçus aux yeux des leurs comme ayant manqué «l’appel de Dieu». Un environnement abusif comme celui-ci condamnera plusieurs diplômés d’université à occuper des emplois très ordinaires et très mal rémunérés.

 

Permettez-moi de clarifier certains points. Premièrement, il n’y a aucune honte à occuper un emploi de journalier. Un journalier qui dépend de Jésus causera autant de tort aux hordes de l’enfer qu’un prédicateur qui dépend de Jésus. Ce qui est honteux, c’est de promettre aux gens les avantages d’une éducation de niveau universitaire de qualité et de leur en charger les frais pour qu’ils réalisent par la suite qu’ils n’ont obtenu qu’une formation de deuxième classe.

 

En second lieu, d’autres gens ont reçu une très bonne éducation dans d’autres milieux religieux. Il n’y a rien de mal à choisir d’éduquer ses enfants à domicile ou de les inscrire au niveau élémentaire, secondaire ou collégial dans une bonne école chrétienne. En effet, le concept d’une éducation de bonne qualité ayant aussi comme objectif de bâtir la foi des étudiants est excellent en soi. Ce qui est dangereux, c’est de vouloir éduquer les jeunes dans un environnement chrétien à cause d’une «mentalité de bunker». Ceux qui pensent de cette manière croient que la source des problèmes des gens se trouve dans le fait qu’ils sont en contact avec les «choses du monde». Ainsi, la solution est de trouver des moyens pour isoler les gens des contacts avec le monde. Cette pensée est, à son mieux, très naïve, et, plus probablement, très dangereuse. Ceux qui ont des problèmes dans leur vie et dans leurs relations doivent comprendre que la cause ne se trouve pas dans le mal qui les entoure. Ils ont besoin de développer de la maturité et de la force, l’habileté de prendre de bonnes décisions et de grandir dans la dépendance envers Dieu comme source de leur vie intérieure.

 

 

LA DIFFICULTÉ À ADMETTRE LES ABUS

 

 

Ce phénomène est commun chez les victimes d’abus spirituel et pour plusieurs raisons. Dans un système abusif, on vous accuse «d’être le problème» simplement parce que vous avez constaté qu’il y avait des problèmes. Il devient dès lors difficile de dévoiler ces abus, même après avoir quitté ce milieu.

 

Deuxièmement, admettre ouvertement les abus, ou même soupçonner que ce que vous avez expérimenté était de l’abus, peut vous amener à vous sentir déloyaux envers votre famille, votre église et même envers Dieu.

 

Troisièmement, ceux pour qui l’abus spirituel est devenu une habitude ont perdu le sens de ce qui est vraiment normal. C’est pourquoi parler d’abus spirituel est pour eux de la folie ou de l’exagération.

 

Il existe aussi un autre facteur que nous pourrions appeler la «négation naturelle» chez l’humain : cela permet de se distancer de très fortes souffrances émotives, psychologiques ou spirituelles. Nous ne faisons pas référence à certaines formes de négation conscientes telles que mentir, blâmer les autres, minimiser les souffrances ou les rationaliser. Il s’agit plutôt d’un état de neutralité dans lequel une personne se trouve lorsqu’elle expérimente une situation où le niveau de douleur est beaucoup trop intense pour être supporté d’un seul coup. Il est fréquent de constater que les gens qui ont vécu des abus spirituels ont de la difficulté à croire que cela leur est arrivé. Cette forme d’abus est tellement contraire à leurs attentes quant à leur famille et leur église que la douleur ainsi causée a été court-circuitée.

 

Une forme plus avancée et plus grave de cette réaction aux abus serait la répression. Nous avons pratiqué la relation d’aide envers des gens qui avaient subi des abus spirituels ou d’autres formes d’abus et nous avons constaté chez certains une impossibilité à se souvenir de ces événements passés. Ce qu’ils avaient expérimenté allait au-delà de toute leur capacité d’analyse consciente. Tout avait été enfoui au plus profond de leur pensée et il leur était littéralement impossible de se souvenir de quoi que ce soit. Puis, certains événements font une brèche à cette négation et voilà que les souvenirs reviennent peu à peu, puis abondent.

 

Nous avons aussi constaté chez d’autres victimes qu’elles devenaient très agitées ou craintives lorsque la conversation s’orientait vers leur passé dans leur famille ou leur église, même si elles n’avaient aucun souvenir précis d’avoir été victimes d’abus. Dans de tels cas, leur réaction est en quelque sorte une programmation émotionnelle négative.

 

Finalement, il y a la honte. Après avoir quitté un contexte abusif, tout devient beaucoup plus clair. Les victimes ne comprennent pas pourquoi elles n’ont pas pu prendre conscience d’une telle atmosphère plus tôt. Très souvent, elles seront accablées par la honte et par un sentiment d’inaptitude, du fait qu’elles se soient retrouvées dans un piège si évident, sans rien discerner.

 

 

LA DIFFICULTÉ À FAIRE CONFIANCE AUX AUTRES

 

 

Mark Twain a dit un jour : «Un chat qui s’est déjà assis sur le dessus d’une fournaise chaude ne s’assiéra plus jamais sur le dessus d’une fournaise chaude. Mais il ne s’assiéra jamais non plus sur le dessus d’une fournaise froide.»

 

Ceux qui ont déjà été victimes d’abus spirituel auront de grandes difficultés à faire confiance de nouveau à tout autre milieu spirituel. Cet aspect de la vie est très important car l’essence de la vie chrétienne est de vivre une relation de confiance avec Dieu, au sein de la famille de Dieu.

 

Il est difficile de croire que des chrétiens qui ont répondu à l’appel de Jésus pour vivre dans la liberté puissent aussi rapidement retourner à une forme de spiritualité qui produit la mort dans l’âme et l’épuisement. Les raisons à cela sont toutefois claires et faciles à comprendre. Il s’agit en partie de ce que nous pourrions appeler «l’arrière-plan pré-abusif» et que nous allons maintenant examiner ensemble.

 

Peu importe la forme que prennent les abus, la personne qui les commet sera toujours responsable. Il faut toutefois se poser deux questions : pourquoi certains individus supportent-ils les abus ? Et comment en sont-ils arrivés là ?

 

La réponse se trouve dans le fait que les gens développent un mode de vie malsain à l’intérieur de relations malsaines, ce qui les prédispose à de futurs abus.

 

Jetons un regard sur la situation qui précède l’abus.

 

 

CHAPITRE 5 - IDENTIFIER LE SYSTÈME ABUSIF

 

 

Il existe certaines caractéristiques que nous pouvons observer dans tous les milieux religieux abusifs. Dans nos deux prochains chapitres, nous ferons la description de sept d’entre elles, les plus communes. Dans ce chapitre, nous allons nous concentrer sur la dynamique malsaine qui dicte comment les gens doivent fonctionner à l’intérieur d’un système spirituel abusif. Dans le chapitre suivant, nous parlerons de la dynamique qui crée des murs autour du milieu abusif afin d’empêcher les gens d’en sortir.

 

Il est important de comprendre ces dynamiques car, comme pour les autres types d’encadrements abusifs, il est fréquent de constater que les gens passent d’un milieu abusif à un autre. Plusieurs trouvent le courage de quitter une église abusive, mais ils auront vite fait de se joindre à une autre église du même genre ou encore ils s’épuiseront à dénoncer cette même dynamique qui dominait le milieu auquel ils venaient à peine d’échapper.

 

Les relations entre les gens qui font partie d’un environnement religieux abusif sont soumises aux dynamiques suivantes :

 

 

1. LA REVENDICATION DU POUVOIR

 

 

La première caractéristique d’un système religieux abusif, c’est l’accent qui est placé sur le pouvoir. Cela veut simplement dire que les dirigeants sont très centrés sur leur propre autorité et qu’ils passent beaucoup de temps à se rappeler à eux-mêmes et aux autres l’importance de leur position. Il leur est nécessaire d’agir ainsi car leur autorité spirituelle n’est pas authentique, ni fondée sur un vrai caractère chrétien ; ce n’est qu’un titre.

 

J’ai rencontré dernièrement un couple de jeunes mariés qui ont pris la décision de quitter leur église parce que le pasteur demandait à tous les membres de considérer ses paroles comme si elles venaient du Christ. «Dans ce troupeau, disait-il, c’est moi qui suis le berger responsable.» Si l’autorité spirituelle de ce pasteur avait été réelle, il n’aurait jamais eu besoin d’en faire un tel étalage. Il ne désirerait pas non plus devenir cette «idole» convoitant la position réservée uniquement au Roi des rois. Le passage de Matthieu 7 nous dit : «Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité et non pas comme leurs scribes» (Matthieu 7 : 28-29). Pendant que les scribes et les pharisiens s’évertuaient à imposer leur autorité, Jésus manifestait son autorité et les gens pouvaient voir la différence. Dans son livre « Gagner nos villes pour Dieu », John Dawson écrit : «Celui qui offre aux gens le plus d’espoir, c’est celui qui a le plus d’autorité.» De tous les temps, c’est Jésus qui nous a offert le plus d’espoir.

 

Ceux qui occupent une vraie position d’autorité manifestent cette autorité par une démonstration de puissance spirituelle, par leur crédibilité et par leur vie et leur message. Sinon ils ne sont pas de vrais dirigeants. Ceux à qui Dieu accorde de l’autorité spirituelle sont ceux qu’il a conduis à une communion réelle avec lui, à travers laquelle il se révèle et confirme sa Parole. L’autorité spirituelle se perçoit à travers les gens dont la vie communique : «Dieu est vrai ainsi que sa Parole, et cette réalité a été éprouvée jusque dans les fibres de mon être. Je sais qu’il y a de l’espoir en Dieu.»

 

Comme l’exprime bien Romains 13 : 1 : «Il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu.» Dans Matthieu 28 : 18, Jésus affirme : «Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre.» Et Matthieu 10 : 1 ajoute : «Puis ayant appelé ses douze disciples, il leur donna le pouvoir…» Le fait d’avoir été engagé ou élu à une position religieuse, d’être celui qui fait le plus de bruit ou qui donne le plus, ne signifie pas qu’un individu ait reçu de l’autorité. C’est Dieu qui donne l’autorité et il l’accorde dans le but de servir les membres du corps de Christ, de les édifier, les outiller et les rendre libres afin qu’ils puissent participer au plan de Dieu, plan qui n’est pas nécessairement similaire au plan des dirigeants.

 

Il est évident qu’il y a plusieurs dirigeants dans le corps de Christ à qui Dieu a donné l’autorité de prendre soin du troupeau et c’est pour cette raison que les gens vont les suivre. Ils conduisent les gens à la liberté. Malheureusement, certains autres sont élus au poste de dirigeant sans démontrer aucune autorité réelle pour libérer les gens. Ils dépensent beaucoup d’énergie à élever leur position d’autorité et à insister pour que les gens s’y soumettent. Le fait qu’ils attachent une telle importance à la soumission, à leurs paroles et à leur «autorité» est un indice qu’ils agissent de leur propre chef.

 

 

2. OBSÉDÉS PAR LES ACCOMPLISSEMENTS RELIGIEUX

 

 

Dans les milieux spirituels abusifs, le pouvoir est placé sur un piédestal et l’autorité a force de loi. C’est la raison pour laquelle ces systèmes sont tellement axés sur les actes religieux de leurs membres. L’obéissance et la soumission y sont des mots importants que l’on y utilise très souvent.

 

Voici un extrait du bulletin hebdomadaire d’une église. Cet article est celui du pasteur :

 

«Déchus de la grâce»

 

Dimanche dernier, nos assistances ont descendu au-dessous de la ligne des 200 pour la première fois en 13 semaines. Notre croissance de 200 et plus s’est arrêtée à la 13e semaine : nous sommes déchus de la grâce ! … J’aimerais réellement vous voir tous présents pour venir adorer pendant les quatre prochains dimanches afin que nous puissions terminer l’année avec un gros «bang». Faisons en sorte que cette année soit vraiment une bannière pour notre église. Nous avons eu de bonnes assistances, de belles offrandes, une grande participation dans tous nos programmes. Alors préparons-nous pour une nouvelle décennie en retournant de nouveau à «la grâce».

 

Comment ces gens avaient-ils reçu la grâce de Dieu à l’origine ? Par une assistance de plus de 200 personnes à l’église. Comment ont-ils perdu cette grâce ? En voyant l’assistance diminuer. Quelle compréhension déformée de la grâce ! Ce dirigeant désire-t-il vraiment que les gens soient renouvelés dans la grâce ou désire-t-il simplement les voir performer davantage ? Allons-nous à l’église pour être encouragés à faire confiance à Jésus ou pour se sentir poussés à faire plus d’efforts ?

 

C’est comme si ce pasteur évangélique faisait le lien entre l’assistance aux réunions de l’église et l’obéissance à Christ. Mais Dieu nous enseigne qu’il regarde premièrement au cœur. Il ne désire pas que nous faisions les bonnes choses pour les mauvaises raisons ! Nous savons bien que l’obéissance à Dieu n’est pas négociable. Cependant pour discerner si «quelqu’un fait la bonne chose pour la mauvaise raison», remarquez si cette personne fait le compte rendu de ses œuvres. Disons-le d’une autre façon. Si le service et l’obéissance jaillissent de votre cœur comme un fruit de votre dépendance de Dieu seul, vous ne prendrez aucune note de vos œuvres comme pour garder un œil sur la récompense : vous obéissez et c’est tout. Mais si vous vous demandez si cela est suffisant pour plaire à Dieu, alors vous ne comptez plus sur lui, mais sur vos propres œuvres. Et vous êtes soucieux du fait que d’autres pourraient aussi vous regarder et vous évaluer… Pourquoi vous serait-il nécessaire de garder le compte de vos bonnes actions, sinon pour essayer de gagner des «points spirituels» ?

 

Voici le triste exemple d’une église qui à ses débuts exerçait un ministère en faveur des gens de la communauté. On demanda un jour à ceux qui travaillaient pour l’église de prendre en note les détails de l’utilisation de leur temps et d’en faire un compte rendu quotidien aux dirigeants. On évaluait ainsi les gens pour voir s’ils utilisaient leur temps avec sagesse, c’est-à-dire de la manière dont «Dieu le voulait». La plupart d’entre eux se firent reprocher de ne pas lire suffisamment la Bible et ce sont les dirigeants qui établissaient la norme à ce sujet. On reprocha aux gens de passer 15 minutes dans leur bain au lieu de 10. Après tout, ils devraient lire la Bible pendant ces 5 minutes de temps racheté, ce qui implique que dans ce milieu, ce sont les dirigeants qui décident de la durée acceptable d’un bain. Ce milieu n’encourage nullement la sainteté ou l’obéissance à Dieu, il ne sert qu’à accommoder l’interprétation spirituelle maladive des dirigeants et leur désir de contrôler les gens.

 

L’obéissance et la soumission sont-elles importantes ? Bien sûr. C’est ce que nous voyons dans Romains 13 : 1 : «Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures.» Dans 1 Pierre 5:5 : «Soyez soumis aux anciens.» Dans Hébreux 13 : 17 : «Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la déférence.» Mais toutefois, pour apporter un équilibre à ces passages, il faut considérer les paroles de Pierre et des autres apôtres : «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes» (Actes 5 : 29). Prenez note que Pierre s’adresse à des dirigeants religieux auxquels il désobéissait. En théorie, l’obéissance aux dirigeants semble faire partie d’une bonne théologie. Dans la pratique, il est approprié d’obéir et de se soumettre seulement lorsque leur autorité vient de Dieu et que ce qu’ils disent est en accord avec ce que Dieu dit.

 

Pour plusieurs raisons, les gens vont parfois exécuter des ordres dans le seul but d’éviter l’humiliation, de gagner l’approbation de quelqu’un ou de garder intact leur statut personnel ou celui de l’église. Ceci n’est pas la vraie obéissance, ni la vraie soumission. C’est plutôt une recherche de conformité. Lorsqu’une action est imposée de l’extérieur plutôt que de jaillir d’un cœur rempli d’amour pour Dieu, il ne peut être question d’obéissance. Ce n’est que de la faiblesse conformiste qui plie devant une pression extérieure.

 

L’apôtre Paul dit dans Romains 12 : 2 : «Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence.» Ne soyez pas conformistes, soyez transformés. Le mot conformité signifie : «une pression exercée de l’extérieur vers l’intérieur.» Paul est en train de dire : «N’agissez pas sous pression.» À l’intérieur d’une famille ou d’une église qui préconise les efforts humains, ce verset serait appliqué comme suit : «Notre église ou nos responsables ont raison, nous avons une «Parole» de Dieu plus pure et plus vraie que les autres. Aussi devons-nous adhérer à notre méthode ou notre «marque» de christianisme le plus rapidement et le plus solidement possible, de peur de devenir comme ces autres «du dehors» qui ne pensent pas comme nous. Si je ne suis pas à la hauteur de tout ce qu’on m’a enseigné ici, c’est comme si je laissais tomber Dieu.»

 

Cette façon de penser produit une pression de l’extérieur et les gens ne sont pas transformés, mais ils doivent se conformer. La transformation devrait s’opérer à l’intérieur et par la suite produire des actions extérieures, non pas le contraire. Ne cédez pas aux pressions extérieures ; soyez trans-formés !

 

 

3. LES RÈGLES SOUS-ENTENDUES

 

 

Dans les milieux spirituels abusifs, la vie des gens est contrôlée de l’extérieur par le moyen de règles verbales ou sous-entendues. Les églises ou les familles dysfonctionnelles sont gouvernées par ces règles sous-entendues : c’est-à-dire qu’on ne les exprime pas ouvertement. C’est pourquoi on ne peut soupçonner leur existence jusqu’à ce qu’on les enfreigne.

 

Par exemple, personne, dans une réunion d’église, n’oserait affirmer ouvertement : «Vous savez, vous ne devez jamais être en désaccord avec le pasteur ou avec ses sermons et si cela se produisait, vous ne pourriez être dignes de confiance, ni exercer de ministère dans cette église.» Dans ce cas, la règle sous-entendue est : ne soyez pas en désaccord avec les autorités de l’église et spécialement avec le pasteur sinon votre loyauté sera remise en question. Ces règles doivent demeurer sous-entendues, car si elles étaient examinées à la lumière d’un dialogue intelligent, leur nature illogique, pernicieuse et contraire au christianisme apparaîtrait vite. Ainsi, le silence devient le mur de protection de cette forteresse, couvrant le pasteur et le pouvoir relié à sa position, tout cela sans risque de contestation.

 

Si toutefois vous exprimiez votre désaccord ouvertement ou en public, le silence serait rompu et vous seriez probablement punis. Vous découvririez alors accidentellement qu’il y avait bel et bien une règle, même si elle est sous-entendue. Lorsque vous découvrez ainsi, par hasard, une règle sous-entendue, vous devez en subir les conséquences : ou bien vous serez par la suite ignorés (négligés, mis de côté, évités) ou vous vous heurterez au mur du légalisme agressif (vous serez questionnés, censurés publiquement, mis à la porte et dans les cas extrêmes vous serez maudits).

 

Les règles sous-entendues ont une puissance incroyable. Votre vie est peut-être actuellement sous l’effet de certaines d’entre elles.

 

Faisons un petit test.

 

Est-ce que vous provenez d’un arrière-plan religieux où l’on vous a enseigné que la Bible devait toujours avoir le dernier mot ? «La Bible est l’autorité finale», c’est la règle verbale communiquée. Dans cette église, cette famille, y avait-il aussi une règle qui disait qu’il était préférable de bien paraître que d’être honnête ? La règle écrite, «la Bible», nous dit dans Éphésiens 4 : 25 : «C’est pourquoi, renoncez au mensonge et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres.» Nous avons maintenant un problème. La règle écrite nous dit une chose et la règle sous-entendue nous en dit une autre. Voici maintenant le test. Pour ceux qui vivent là où les deux règles s’appliquent, laquelle des deux règles remporte le plus souvent sur l’autre ? Malheureusement, ce n’est pas l’honnêteté. On désirerait plutôt la supprimer et la réprimer. Dans les familles et les églises abusives, où les gens insistent à dire qu’ils s’appuient sur l’autorité des Écritures, même les Écritures ne sont pas aussi puissantes que les règles sous-entendues.

 

 

LA RÈGLE DU SILENCE

 

 

La plus puissante de toutes les règles sous-entendues, c’est celle du silence. Elle contient à la base cette pensée : «On ne peut pas exposer le vrai problème car il faudrait ensuite le régler et pour cela, apporter certains changements ; alors il vaut mieux le protéger dernière le mur du silence (la négligence) ou encore au moyen d’assauts (les attaques légalistes). Si vous décidez de parler ouvertement du problème, c’est vous qui devenez le problème. On devra alors vous garder sous silence ou vous éliminer.» Ceux qui osent parler ouvertement seront vite repris : «Nous n’avions pas tous ces problèmes jusqu’à ce que vous ouvriez votre bouche. Tout allait bien jusqu’à ce que vous commenciez à vous agiter la langue.» Ou encore, pour avoir une apparence plus spirituelle : «Vous étiez en colère et vous n’avez pas abordé la situation dans une attitude d’amour. Cela prouve que vous n’avez pu traiter la question d’une façon adulte et chrétienne.»

 

La vérité, c’est que lorsque les gens parlent ouvertement des problèmes, ils ne les causent pas, ils les exposent simplement.

 

Dans les milieux spirituels abusifs, il existe une «soi-disant paix» que le prophète Jérémie a dénoncé dans ces termes : «Les prophètes disent paix, paix, mais il n’y a pas de paix.» Si notre lien d’unité consiste à prétendre que nous sommes d’accord alors que nous ne le sommes pas, il ne nous reste qu’une fausse paix et une fausse unité jalonnée de tensions et de médisances. Ceci est loin de «préserver l’unité de la paix par le lien du Saint-Esprit», ce qui devrait être la marque des églises chrétiennes en bonne santé.

 

Tout cela pour dire que tous les sujets devraient être ouverts à la discussion. Que nous soyons en accord ou en désaccord sur certains points, le dialogue doit demeurer ouvert si les deux parties le désirent. Nous pourrons toutefois interrompre le débat pour un certain temps si la tension est trop forte. L’important, c’est que les deux prennent ensemble cette décision. Si le vrai lien de l’unité est le Saint-Esprit et l’amour les uns envers les autres, alors il est possible d’être en désaccord sans que notre unité en soit affectée.

 

La «loi du silence» cherchera toujours à blâmer la personne qui parle ouvertement et la punition qu’on lui inflige aura pour effet d’inciter les autres à demeurer silencieux.

 

Voici un autre test. Suzanne a reçu de l’aide de la part de Jean, l’un des dirigeants de l’église, conseiller en relation d’aide. Un après-midi, après l’une des sessions, Jean fit des propositions sexuelles très directes à Suzanne. Elle décida donc de le dénoncer aux autorités de l’église et à la justice. Cela occasionna bien des problèmes à Jean, qui fut dans l’obligation de comparaître devant la cour et devant plusieurs comités. Quelle était la source des problèmes de Jean ? Était-ce la faute de Suzanne qui l’avait dénoncé ? Non ! La source de ses problèmes provenait du fait que ses avances étaient inconvenantes et illégales. Il a su cependant, communiquer de quelque façon (et même avec l’appui du pasteur et d’autres membres de l’église) que ce qui lui a causé tous ces problèmes, c’est que Suzanne ait parlé ouvertement du problème.

 

Il y a cependant beaucoup de femmes, comme Suzanne, qui souffrent d’abus spirituel. On les étiquette de «femmes insoumises», «trop fortes de caractère», «déloyales», ou de «Jézabel» simplement parce qu’elles ont choisi de parler ouvertement des problèmes des dirigeants chrétiens ou parce qu’elles les remettaient en question. Trop d’églises propagent cette intimidation : «Le problème n’est pas que vos droits ont été violés, mais que vous avez parlé. Si vous n’aviez pas fait une si grosse histoire de tout cela, tout irait bien.» Toute personne qui accepte ce message gardera le silence. Toutefois, le vrai problème, c’est que si les chrétiens dont les droits ont été violés n’en parlent pas, le propagateur de ces abus ne sera jamais tenu responsable de ses mauvais comportements. Et les victimes seront dans l’obligation de garder secrètes la douleur et la colère causées par ces abus.

 

Même si certains dirigeants préfèrent ne jamais être remis en question, le fait demeure que cet environnement deviendra un piège qui amènera leur chute. Si le fait d’exposer des problèmes constitue un acte déloyal, un manque de soumission, une tentative d’amener la division et un affront à l’autorité, c’est qu’il n’y a qu’une paix apparente et une unité artificielle. Dans ces circonstances, les blessures ne guériront jamais et l’abus va continuer d'augmenter. Si les dirigeants ne sont pas redevables de leurs actes, alors il s’agit d’un système en opposition avec la liberté qui se trouve en Jésus-Christ. Le passage de l’épître de Jacques deviendrait donc invalide : «Qu’il n’y ait pas parmi vous un grand nombre de personnes qui se mettent à enseigner car vous savez que nous serons jugés plus sévèrement» (Jacques 3 : 1).

 

Les dirigeants sont plus redevables à cause de leur position d’autorité et non pas moins redevables. Pourquoi ? Parce que si vous êtes un dirigeant, les gens vont vous suivre et vont agir de la même manière que vous. C’est comme si vous vous reproduisiez spirituellement. Quelle sorte de rejetons produisez-vous ?

 

 

4. UN MANQUE D’ÉQUILIBRE

 

 

La quatrième caractéristique d’un milieu spirituel abusif est une approche déséquilibrée de la vie chrétienne quotidienne. Cette tangente se manifeste sous deux aspects :

 

 

UNE OBJECTIVITÉ EXAGÉRÉE

 

 

Dans le premier cas, on élève une vérité objective en excluant les expériences subjectives valides. Nous pouvons constater ce phénomène dans les systèmes religieux où l’action du Saint-Esprit est reconnue sur une base théologique, mais ignorée ou rejetée au niveau pratique. Cette approche de la spiritualité crée un cadre dans lequel l’autorité s’acquiert par l’éducation ou par les capacités intellectuelles plutôt que sur l’intimité avec Dieu ou l’obéissance et la sensibilité à son Esprit. Ce système est en opposition aux Écritures et à l’Esprit de Dieu. Considérons ce que nous dit Actes 4 : 13 : «Lorsqu’ils (les dirigeants religieux) virent l’assurance de Pierre et de Jean, ils furent étonnés, sachant que c’était des hommes du peuple sans instruction ; ils les reconnurent pour avoir été avec Jésus.» L’assurance de Pierre et de Jean et leur autorité provenaient du fait qu’ils avaient été avec Jésus et qu’ils étaient «remplis du Saint-Esprit» (Actes 4 : 8).

 

Le système spirituel objectif limite l’action de Dieu, en ce qu’il reconnaît seulement ce qui peut être expliqué, prouvé et expérimenté. Il place Dieu dans une boîte. La trinité est donc composée de Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu la Sainte Bible, comme si l’étude et la mémorisation des Écritures étaient les seules voies de communication avec Dieu. On entonne quelques chants commémorant les grands exploits de Dieu dans le passé, cependant on n’adore plus le grand «Je suis» mais le grand «J’étais».

 

 

UNE SUBJECTIVITÉ EXAGÉRÉE

 

 

À l’autre extrême, se trouvent les gens pour qui la vie chrétienne n’est que subjectivité. Ils jugent de ce qui est digne de foi sur la base de leurs sentiments et expériences, leur accordant plus de poids que les déclarations contenues dans la Bible. Dans ce système, personne ne peut connaître et comprendre la vérité (même si en réalité, ils connaissent et comprennent déjà) sans que les dirigeants «n’aient d’abord reçu des révélations spirituelles venant du Seigneur» et les «aient transférées» ensuite aux individus. Il est aussi énormément important, dans ce système, d’agir selon «la parole inspirée» que le dirigeant a reçue pour vous, que la connaissance de la vérité que vous trouvez dans les Écritures ou que vous avez apprise au cours de votre croissance chrétienne.

 

Personnellement, nous croyons que Dieu peut nous parler encore aujourd’hui au moyen de «paroles de sagesse» et de «paroles de connaissance» données par des hommes et des femmes sensibles à son Saint-Esprit. Mais ces «paroles» n’occupent pas automatiquement le même niveau d’autorité que celles de Paul, Pierre, Jacques ou Jean, contenues dans la Bible qui est la Parole même de Dieu. La seule façon de vous assurer qu’une «parole» est vraiment pour vous, c’est de la puiser dans la Parole du Seigneur, c’est-à-dire : les Écritures. Encore là, il n’est jamais honnête d’utiliser la Bible pour manipuler les gens. («J’étais en train de lire le récit d’Ananias et Saphira et tu es venu dans mes pensées. Es-tu certain que tu donnes assez d’argent à l’église ? »)

 

Le fait qu’une personne utilise la Parole de Dieu ne signifie pas nécessairement qu’elle a une «parole» venant du Seigneur pour vous. Une parole du Seigneur qui contient des directives, des corrections ou des indices pour vous guider, doit vous être confirmée par le Saint-Esprit qui habite en vous. Jusqu’à ce que cette confirmation vous soit donnée, vous ne devriez pas considérer cette parole comme venant du Seigneur, même si elle vous a été communiquée par le pasteur ou par un ancien de l’église. Et il est encore plus dangereux de recevoir et d’agir suite à une directive spirituelle que vous avez reçue, simplement parce que vous «devez être soumis» ou parce que celui qui vous l’a communiquée occupe un poste d’autorité. Dieu seul doit avoir le dernier mot. C’est à lui que nous avons à répondre.

 

Comme pour l’approche objective extrémiste, les chrétiens qui sont trop subjectifs ont aussi leur propre façon de voir certains aspects de la vie. L’éducation, par exemple est souvent perçue comme mauvaise ou inutile. Certains sont presque fiers de ne pas être éduqués et ils regardent avec dédain tous ceux qui le sont. Tout ce dont nous avons besoin d’apprendre peut nous être enseigné par le Saint-Esprit. («Après tout, Pierre et Timothée n’ont reçu aucune éducation universitaire et ils n’ont étudié à aucun séminaire...»)

 

En vérité, Pierre a justement été dans un séminaire où la vérité objective et les expériences subjectives lui ont été enseignées… par Jésus. Le professeur de Timothée était l’apôtre Paul. À leur époque, on communiquait l’enseignement par la méthode rabbinique, c’est-à-dire que l’étudiant vivait avec son enseignant, son mentor spirituel. Le cours de disciple a duré trois ans pour Pierre. Quant à Timothée, il continuait à recevoir de la formation par correspondance, même après qu’il ait été en charge d’une église. Dans sa deuxième lettre, Paul lui écrit : «Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n’a point à rougir, qui dispense droitement la Parole de vérité.» Une autre version de la Bible «King James» traduit ce passage en disant : «Étudie afin d’être approuvé...» ( 2 Timothée 2 : 15).

 

Il est important d’étudier la Parole de Dieu. Cela n’est pas une mauvaise chose, mais une bonne chose d’acquérir des outils efficaces pour pouvoir utiliser correctement la Parole de Dieu. Soyez prudents avec ceux qui insistent sur le fait de ne pas être éduqués ou encore de recevoir de l’éducation seulement dans certaines écoles. Sous la couverture d’une «lumière supérieure» venant du Saint-Esprit, il s’agit peut-être d’un professeur qui ne se laisse enseigner par personne, à cause de sa perception limitée de la réalité.

 

Dans notre prochain chapitre, nous allons examiner d’autres caractéristiques des milieux spirituels abusifs qui font en sorte de rendre difficile pour les gens d’en sortir.

 

 

Les gens qui sont pris dans ces milieux spirituels abusifs sont blessés et épuisés. Nous avons expliqué pourquoi dans le chapitre précédent. Nous voulons maintenant examiner les raisons pour lesquelles il est si difficile, sinon impossible, de quitter ces milieux, même après que l’abus ait été identifié.

 

 

CHAPITRE 6  -  LORSQU’IL EST IMPOSSIBLE DE PARTIR

 

 

Dans le domaine de l’astronomie, il existe un phénomène auquel on a donné le nom de «trou noir». Un trou noir est une étoile dont la masse est devenue si dense qu’elle a littéralement «implosé», c’est-à-dire qu’au lieu d’exploser vers l’extérieur, elle a explosé vers l’intérieur. Sa force de gravité a atteint une telle ampleur que même la lumière ne peut plus s’en échapper. C’est la raison pour laquelle on a appelé ce phénomène «trou noir».

 

Comme nous l’avons déjà signalé, certaines caractéristiques des milieux spirituels abusifs font en sorte qu’il devient extrêmement difficile d’en sortir. À cause des «accomplissements religieux», les apparences sont très attirantes pour ceux du dehors. C’est comme un «aimant spirituel» attirant les gens vers l’intérieur. Mais une fois à l’intérieur, cet aimant devient un trou noir dont la «gravité spirituelle» est si forte que les gens auront beaucoup de peine à s’en détacher. En fait, comme nous l’avons expliqué, «la loi du silence» a pour effet d’empêcher l’accès à toute information. Que vous en parliez à qui que ce soit, c’est vous qui deviendrez le problème.

 

Les caractéristiques suivantes vous aideront à comprendre.

 

 

LA PARANOÏA

 

 

La famille ou l’église abusive est toujours hantée par le sentiment (qu’il soit ou non communiqué) que «les autres ne peuvent pas comprendre ce que nous vivons, alors il est préférable qu’ils ne sachent rien; ainsi, ils ne pourront nous persécuter ou nous ridiculiser.» Cet énoncé présuppose que ce que nous disons, connaissons ou faisons est dû au fait que nous sommes plus «éclairés» que les autres, que les autres ne peuvent pas comprendre à moins de se joindre à nous et qu’ils réagiront négativement.

 

Partout où l’autorité est imposée au lieu d’être simplement démontrée, «le complexe de la persécution» devient un outil pour que tout demeure caché. Pourquoi ? À cause des gens méchants, dangereux et non spirituels, qui essaient de «nous» affaiblir ou de «nous» détruire. Cette mentalité érige un énorme mur autour du système abusif, à l’intérieur duquel les propagateurs d’abus sont protégés de tout soupçon et ne répondent à personne. Ce mur empêche aussi les gens de sortir du milieu, car ils deviendraient alors eux-mêmes «les gens du dehors». Évidemment qu’il existe des gens méchants en dehors, mais il y a aussi de bonnes gens et de bonnes choses. On communique le message que le seul endroit crédible est à l’intérieur du système. Fait ironique, Jésus et Paul nous ont avertis que le pire des dangers pour le troupeau venait des loups «dans la maison» (Matthieu 10 : 16 ; Actes 20 : 29-30).

 

Il n’y a pas très longtemps, nous avons entendu parler d’un ministère dans l’Ouest des États-Unis qui jouissait, depuis ses débuts, d’une réputation assez exceptionnelle. Cependant, après un certain temps, son dirigeant commença à agir de manière très suspecte, illégale et immorale. Un journal local commença à remettre en question ses agissements et cet homme fut finalement accusé d’inconduite sexuelle. Il parvint à des arrangements hors cour pour que le problème se règle le plus rapidement possible, puis il prit la poudre d’escampette.

 

Pendant l’enquête, sa réaction fut très étrange. Chaque fois que les journaux locaux publiaient un article à son sujet et exposaient ses activités, il publiait pour sa défense une lettre de nouvelles : «Nous devons être certainement très près de ce que le Seigneur a pour nous, car Satan renouvelle ses attaques contre nous par la bouche des médias séculiers.» En réalité, nous croyons que Dieu a probablement utilisé les médias pour dévoiler la vie secrète de cet homme, parce que personne n’avait osé le faire à l’intérieur de l’église. C’est un bon exemple de paranoïa où l’on dirige l’attention vers un ennemi extérieur, afin d’éviter de répondre à des questions légitimes.

 

 

EMPRISONNER LES BLESSÉS

 

 

Non seulement cette paranoïa spiritualisée empêche les gens de quitter le milieu abusif, mais il les empêche aussi d’aller chercher l’aide dont ils ont besoin. «Veux-tu ne pas craindre l’autorité ?» questionna Paul dans Romains 13 : 3, «alors fais le bien». Il ne nous demande pas de cacher les problèmes. Comme il est triste d’apprendre qu’un pasteur a tenu caché l’abus que subissaient les enfants dans une famille de son église, par manque de confiance envers le «méchant système séculier des services sociaux». C’est un fait que le département des services sociaux ne connaît pas l’amour et la grâce de Dieu, pas plus que les parents qui ont maltraité leurs enfants. Les services sociaux savent cependant comment venir en aide aux victimes. Et ils savent aussi tenir pour responsable celui qui a commis ces actes. Celui qui violente un enfant enfreint la loi et Dieu utilise le système judiciaire «pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal» (Romains 13 : 4).

 

La paranoïa spirituelle, se voit aussi dans la manière dont plusieurs chrétiens réagissent envers les regroupements comme les Alcooliques Anonymes et d’autres mouvements semblables. Les A.A. constituent le groupe d’aide le plus engagé pour les gens qui ont besoin de soutien pour arrêter de consommer de l’alcool. Ce groupe n’a pas comme objectif de conduire les gens à Jésus et ne devrait donc pas être accusé de ne pas accomplir ce qu’il n’a d’ailleurs jamais promis de faire. Il aide cependant les gens à devenir sobres. Plusieurs chrétiens s’objectent à ce mouvement et refusent d’y référer les gens parce que les A.A. ne reconnaissent pas Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur.

 

Effectivement, les A.A. n’ont pas comme priorité d’aider les gens dans leur marche chrétienne (bien que s’ils cessent de boire, leur marche chrétienne va sûrement être plus heureuse). Aux A.A., on parle de Dieu sous les appellations «une force supérieure» et «un dieu tel que vous le concevez». Mais qui d’entre nous n’a pas une relation avec «un Dieu tel que nous le concevons ?» Les A.A. permettent aux gens qui ont une image désastreuse de Dieu de recommencer à le chercher sans avoir besoin d’une théologie compliquée. Les A.A. ont probablement envoyé beaucoup plus de gens à l’église que l’église ne leur en a envoyés. N’oublions jamais que l’un de nos devoirs en tant que responsables du troupeau de Dieu est de pourvoir à une aide spirituelle pour les gens qui souffrent, même si cela implique que nous allions vers quelqu’un ayant une meilleure expertise que la nôtre dans certains domaines particuliers.

 

Nous aimerions partager avec vous un dernier exemple qui démontre encore une fois comment un système abusif peut manipuler les gens par la peur et les empêcher de trouver la guérison. Le cas que nous vous présentons est le plus extrême et le plus bizarre que nous ayons rencontré. Cette illustration nous apprend jusqu’où peut aller le déséquilibre d’un milieu clos.

 

Il y a quelques années, à deux occasions différentes, nous avions rencontré deux couples qui venaient à peine de quitter la même église. Aucun de ces deux couples ne savait que nous avions rencontré l’autre et nous ne le leur avons pas mentionné non plus. Bien que chacun des couples avait quitté l’église pour des raisons similaires, leur histoire n’était pas exactement la même. Une situation cependant leur était commune, une situation qui nous donna la chair de poule.

 

Plusieurs autres personnes avaient aussi quitté cette église vers cette même période et s’étaient dispersées ici et là dans les églises environnantes. Les deux couples avaient mentionné que leur pasteur et sa femme étaient si inquiets de ce que les gens disaient à leur sujet dans les autres églises qu’ils ont enseigné à certaines personnes la pratique du «voyage astral» ou de «projection de l’âme» et s’y sont eux-mêmes engagés afin de pouvoir entrer dans les foyers des membres dissidents sans être vus, et écouter les conversations pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de «commérage» au sujet du pasteur. La pensée d’une telle paranoïa et des actes qu’elle inspire sous un déguisement spirituel devrait servir d’avertissement à tous.

 

 

UNE LOYAUTÉ DÉVIÉE

 

 

On nous a parlé dernièrement d’un organisme chrétien qui obligeait ses jeunes ouvriers à signer une «déclaration de loyauté». Ils doivent promettre que s’ils viennent à quitter cet organisme, ils s’engagent à n’effectuer aucun ministère auprès de la jeunesse de cette même région pendant un certain nombre d’années.

 

Il faut se poser la question : «Quel royaume sommes-nous en train de bâtir ?» Si nous bâtissons le royaume de Dieu, alors pourquoi serait-il nécessaire de signer une déclaration de loyauté afin de ne rien construire sur le terrain d’à côté ?

 

Examinons cette autre caractéristique des systèmes spirituels abusifs : on y encourage ou exige une loyauté déplacée en vertu de faux motifs. Il ne s’agit pas de la loyauté envers Christ, mais plutôt de loyauté qu’on exige envers une organisation, une église ou un dirigeant.

 

Une fois de plus, parce que l’autorité est imposée ou obligatoire (donc illégitime), l’allégeance des individus l’est tout autant. La façon la plus commune est de fabriquer un cadre à l’intérieur duquel la déloyauté ou le fait d’être en désaccord avec les dirigeants est placée sur un pied d’égalité avec la désobéissance envers Dieu. Remettre les dirigeants en question serait remettre Dieu en question. Après tout, ce dirigeant exerce l’autorité et l’autorité a toujours raison ! C’est ce qui amène les gens à déplacer leur loyauté vers un dirigeant, une église ou une organisation. Tout cela ajoute des pierres au mur entourant le système et fait en sorte qu’il sera encore plus difficile de s’en échapper.

 

 

«NOUS SOMMES LES SEULS À AVOIR RAISON»

 

 

Il y a trois facteurs qui entrent en jeu et qui contribuent à ce détournement de la loyauté. Premièrement, la mentalité des dirigeants dit : «Nous sommes les seuls à avoir raison», ce qui rend l’encadrement imperméable. Les membres doivent demeurer à l’intérieur du cadre s’ils veulent être «en sécurité» ou demeurer en «bons termes» avec Dieu, autrement, ils seront perçus comme rétrogrades ou égarés.

 

J’ai déjà travaillé (c’est Jeff qui parle) dans un centre de traitement contre l’abus de certaines substances. De temps à autre, des membres du personnel demandaient à se rendre à l’Université du Minnesota ou d’Hazelden pour des sessions d’enseignement, et pour trouver de nouvelles idées sur la manière de traiter les gens aux prises avec une dépendance. Voici la réponse qu’on leur donnait : «Nous pouvons vous enseigner ici-même (au centre de traitement) tout ce que vous avez besoin de savoir. Au fait, notre enseignement est supérieur à celui qui est donné dans ces deux endroits. Nous avons plus de connaissances qu’eux.» Si quelqu’un décidait d’y aller quand même, il était «puni» par la suite : on coupait la communication avec lui ou on ridiculisait ses nouvelles idées.

 

Comme contraste à ce genre de situation, j’aimerais présenter un parallèle avec la façon dont j’ai l’habitude d’agir envers les membres de notre église. Disons que quelqu’un serait venu me voir en disant : «Je ne suis pas en accord avec votre enseignement et je ne désire plus supporter cette église.» Je lui demanderais premièrement quels sont les points de désaccord (afin de bien clarifier). Si réellement nous étions en désaccord, je lui dirais simplement : «Vous devez trouver un lieu où il vous sera possible d’ouvrir votre cœur afin de recevoir ce que Dieu a pour vous. Si cette église ne peut répondre à ce besoin, vous devriez être à l’aise de trouver un autre lieu où vous vous sentirez mieux. Si cela ne fonctionne pas et que vous préférez revenir, alors revenez. Mais vous devez aller où Dieu vous dit d’aller. C’est à vous et au Saint-Esprit de prendre ensemble cette décision.» Je ne voudrais pas décrire comme déloyales ou «non spirituelles» les personnes qui font le choix de quitter notre église.

 

 

LA MANIPULATION PAR LA PEUR

 

 

Le deuxième facteur qui produit cette déviation de la loyauté est l’utilisation de tactiques de manipulation par la peur. Nous avons vu un peu à quoi cela ressemble dans la section précédente sur la paranoïa. Ces tactiques de manipulation par la peur sont toutefois plus sérieuses. C’est plus que le simple risque de se faire polluer par «le monde».

 

Il y a quelque temps, un homme chrétien nous a clairement affirmé qu’il avait pris la décision de se séparer du monde et de ne plus «fraterniser» avec «les infidèles». En discutant avec lui, nous nous sommes rendu compte que sa définition des «infidèles» ne se limitait pas seulement aux non chrétiens. Elle incluait aussi les chrétiens des autres dénominations, certains de sa propre dénomination et d’autres de sa propre église qui ne pensaient pas comme lui. En fait, nous avons été consternés d’apprendre qu’il nous considérait aussi comme des «infidèles» puisque nous étions en désaccord avec lui.

 

Nous avons eu l’occasion d’aider de nombreux chrétiens qui, après avoir décidé de quitter une église, se sont fait adresser d’horribles paroles : «Dieu va retirer son Esprit, à vous et à votre famille.» «Dieu va détruire votre compagnie.» «Sans notre protection, Satan va pouvoir attaquer vos enfants.» «Vous et votre famille vont entrer sous la malédiction.» Tout ceci se résume à du chantage religieux et de l’abus. Certaines gens vont choisir de demeurer dans ces lieux d’abus à cause de telles tactiques.

 

 

L’HUMILIATION

 

 

La troisième méthode utilisée pour faire dévier la loyauté est l’humiliation. On humilie les gens en public en exposant leurs faiblesses et en les menaçant de les chasser hors du groupe.

 

Nous savons tous qu’il existe une forme acceptable de discipline dans l’église (nous allons en discuter plus loin), mais dans un système abusif, c’est la peur d’être soumis à la honte, humiliés en public ou chassés qui motive votre fidélité tout en protégeant ceux qui exercent l’autorité. On peut vous humilier parce que vous posez trop de questions, parce que vous désobéissez aux règles sous-entendues ou parce que vous êtes en désaccord avec l’autorité. On utilise les gens comme exemples publics afin de communiquer des avertissements aux autres membres du groupe. Dans d’autres cas, on fait des campagnes par téléphone pour avertir vos amis de ne plus vous fréquenter parce que vous êtes devenus «dangereux».

 

Il se produit alors l’une des choses suivantes. Dans le premier cas, les gens visés restent et se taisent. Dans le deuxième, ils se retrouvent isolés et vivent dans la sécheresse spirituelle jusqu’à ce qu’ils meurent. Dans le troisième cas, ils se lèvent finalement et disent : «Bien, je vous quitte, car ceci est de l’abus et je suis en désaccord.»

 

Plusieurs personnes nous ont fait part d’un curieux phénomène suite à une telle décision. Bien que plusieurs individus du milieu souhaitaient les voir partir, après leur départ, ils reçurent plusieurs appels téléphoniques et plusieurs lettres leur demandant de revenir. Cela produit une telle confusion que certains vont céder à cette pression et y retourner.

 

 

EN SECRET

 

 

Lorsque vous voyez les gens d’un groupe religieux agir en secret, faites attention ! Il n’est jamais nécessaire de cacher ce qui est correct ; on cache toujours ce qui est incorrect.

 

L’une des raisons pour lesquelles les familles et les églises spirituellement abusives cherchent à se cacher, c’est qu’elles attachent une extrême importance à leur image.

 

Les gens à l’intérieur de ces encadrements n’arrivent même pas à vivre selon leurs propres exigences. Aussi doivent-ils cacher la vérité. Certains croient qu’en faisant cela, ils protègent la réputation de Dieu. Ainsi, l’apparence extérieure et l’opinion des autres deviennent plus importantes que la réalité. Ils deviennent des «agents de relations publiques» pour Dieu. Mais, sachons-le bien, Dieu n’engage personne à ce poste.

 

Une autre raison pour laquelle les choses doivent demeurer secrètes dans l’église est que les dirigeants ont une opinion condescendante et négative des membres. Ceci a pour résultat une sorte de conspiration du leadership. Ils se disent l’un à l’autre : «Les gens ne sont pas assez forts pour supporter la vérité.» Cela est à son mieux de la dictature.

 

Une conspiration se développe aussi parmi les membres. Puisqu’il est mal perçu de soulever ou de discuter des problèmes ouvertement, les gens forment des complots en privé et au téléphone, pour essayer de trouver des solutions de manière informelle. Mais puisqu’ils ne possèdent aucune autorité, ils ont beau chercher des solutions, rien ne se règle. Pendant tout ce temps, personne ne travaille à bâtir le vrai royaume de Dieu.

 

Lorsque je travaillais à ce centre de traitement (c’est Jeff qui parle) il y avait une «conspiration» parmi les membres du personnel, concernant les problèmes de gestion. Au lieu de dénoncer ouvertement ces situations (sachant que cela nous causerait des complications), nous avions des rencontres à huis clos. De petits groupes d’entre nous essayaient de résoudre les problèmes internes entre les membres du personnel, mais sans que cela ne puisse avoir aucun résultat tangible. Nous en étions venus au point où nous passions plus de temps à essayer de résoudre les problèmes internes de notre agence dans nos réunions secrètes que nous ne passions de temps à prendre soin des gens qui avaient besoin de notre aide et qui étaient nos patients.

 

Lorsque ces caractéristiques sont présentes dans une église ou dans une famille chrétienne, il en résulte de l’abus spirituel. Ce sera un milieu clos, muni de limites rigides pour que personne ne puisse s’échapper. On propagera l’idée qu’il y a beaucoup de choses mauvaises à l’extérieur, afin de garder les gens «sous protection» à l’intérieur et on utilisera les positions d’autorité pour les amener à performer. Il y aura aussi beaucoup de gens épuisés et blessés qui auront l’impression de ne pas être spirituels ou d’être fous. Ils éprouveront aussi beaucoup de difficulté à parler à Dieu avec leur cœur. En plus de cela, ceux qui vivent dans ces cadres peuvent se retrouver totalement démunis et mal préparés pour faire face à la vie. Lorsqu’ils quitteront cet environnement, peu importe la raison, ils seront comme des feuilles mortes soufflées par le vent ou encore, ils seront attirés vers d’autres milieux abusifs.

 

Comment cela est-il possible ? Comment quelqu’un qui aime Dieu peut-il fuir loin de lui ? Et comment, après avoir été victime d’abus spirituel peut-on plonger dans un milieu abusif de nouveau ? Nous croyons que l’une des réponses à cela se trouve dans le fait que les systèmes abusifs font une mauvaise utilisation des Écritures. C’est un problème très sérieux, qui nécessite un examen minutieux.

 

Lorsqu’elle est utilisée sagement, la Parole de Dieu est comme une épée, capable de trancher jusqu’à partager les vrais motifs du cœur. Elle est aussi comme une lampe qui éclaire le chemin de ceux qui suivent Dieu. Mais lorsqu’elle est utilisée malicieusement, elle devient un bâton dans la main de ceux qui confondent l’hypocrisie avec l’obéissance et le complot du silence avec la paix. Regardons ensemble quelle est la différence.

 
 
 

Informations détaillées

  Auteur: Johnson /VanVonderen
  Editeur: Jaspe
  Langue: français
  Année: 1998
  Ajouté le: 12-02-2004

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