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STAGES
OF FAITH (LE DEVELOPPEMENT DE LA
FOI) La psychologie du développement
de l'homme et quête du sens Editions
Harper San Francisco 1995 Résumé
de livre présenté par Christian COLLAS Dans
le cadre de la formation de praticiens en relation d’aide à Paris avec
Jacques Poujol et Cosette Fébrissy en 2003 L'auteur
: Professeur à l'université de Harvard
(Théologie), spécialiste du développement psychologique,
est actuellement à la tête du département d'éthique
et des politiques publiques à l'université d'Emory. Le propos : Le But du livre est d'exposer le
développement de la foi, en intégrant les travaux de Piaget,
Erickson, Kohlberg, et d'exposer un modèle de développement de la
foi qui est testé depuis plus de 20 ans, dans des stages et
développement de théologie pastorale. (Des 329 personnes qui faisaient partie de ses
interviewés : 45% Protestantes, 36,5% Catholiques Romaines, 11,2%
Judaïsme, 3,6% Orthodoxes, 3,6% Autres) PLAN DU LIVRE
1.
LA FOI 2. LA FOI, LA RELIGION ET LA CROYANCE 3. FOI ET RELATIONS 4. FOI ET IMAGINATION 5. LES MODELES DE DEVELOPPEMENT LE MODELE DE JAMES FOWLER 6. L'ENFANCE ET LA FOI INDIFFERENCIEE. 7. STADE 1 : INTUITIF-PROJECTIF (2 ANS- 6 ANS) 8. STADE 2 : MYTHIQUE LITTERAL (7-12 ANS) 9. STADE 3 : SYNTHETIQUE CONVENTIONNEL (12-20 ANS) 10. STADE 4 : INDIVIDUALISTE-REFLECHI (20-40ANS) 11. STADE 5 - CONJONCTIF (30-50ANS) 12. STADE 6 : UNIVERSALISATION a)
Etape
« littérale», la personne croit tout ce qu'on lui dit
et accepte tout b)
Etape
« réfléchie», la personne s'approprie de plus en
en plus et développe sa maturité. c)
Etape « Loyale», la
personne s'investit dans toutes les activités possibles et est heureuse
de le faire d)
Etape « Critique »
: suite à des déceptions la personne passe par un trou noir, problème
de souffrances, de remise en cause, c'est une étape très noire,
très sombre, caractérisée par des remises en cause fortes. e)
Etape
« Reconstruction » : la personne a abandonné
certains éléments, a reconstruit son système de croyance,
se l'est approprié et avance de manière autonome et se retrouve
en place, au delà des crises. f)
Etape
idéale : Cette étape n'est pas décrite de manière
exacte. Très peu de gens y arrivent en fait. C'est une étape
liée au décentrement de soi. Sortir de l'étape "Critique"
pour entrer dans l'étape « Reconstruction » est un
signe de maturation de la foi, on arrête de rejeter pour accepter, et
d'ailleurs y trouver du plaisir. 13. FORME ET CONTENU – EVOLUTION DE LA FOI ET CONVERSION ****************************************
LE
DEVELOPPEMENT DE LA FOI (JAMES W FOWLER)
Nous
pourrions tous nous poser la question : v
A quoi passons
nous notre temps ? Qu'est ce qui commande et qui reçoit le meilleur de
notre temps, de notre énergie ? v
Pour quelles
causes, quels rêves, quels buts ou à quelles institutions
êtes vous prêts à consacrer où à donner votre
vie ? v
Quand vous vivez
votre vie au jour le jour, quel pouvoir ou quelles puissances craignez vous le
plus ? v
A quoi ou
à qui êtes vous dévoués dans la vie ? Dans la mort ? v
Avec qui ou avec
quels groupes partagez vous vos espoirs les plus sacrés pour vous et
pour ceux que vous aimez? v
Quels sont vos
espoirs les plus sacrés, les plus
irrésistibles de vos buts dans la vie ? Toutes ces questions sont
des questions de foi. Elles ont pour but de nous maintenir en contact avec les
processus bien définis par lesquels nous trouvons du sens à la
vie. La foi n'est pas nécessairement religieuse dans son contexte. Répondre à ces questions
sérieusement ne signifie pas obligatoirement nous exprimer en terme de
consécration religieuse ou de croyance. La foi est ce qui fait bouger la
personne ou le groupe à l'intérieur de la vie. C'est notre
façon de trouver de la cohérence et de donner du sens à
toutes les forces et à toutes les relations qui façonnent nos
vies. La foi est la manière qu'a la personne de se voir en relation avec
les autres par rapport à un arrière-plan partagé de
valeurs communes. Nous
constatons que - chez les espèces les plus proches de nous du
règne animal – les animaux sont dotés de plus d'instincts
que nous n'en possédons, que ce soit à propos de la saison des
amours, de la recherche de nourriture, de la constructions de nids ou de
fosses, de s'occuper des jeunes, toutes ces occupations sont programmées
beaucoup plus fortement chez les chimpanzés que chez nous… Mais
- à ce que l'on sait jusqu'ici - aucune de ces créatures ne porte
le fardeau de la conscience de soi où ne cherche par quel moyen elle
peut donner du sens à sa vie. La
foi est un concept humain universel, avant que nous ne soyons religieux ou
irréligieux, avant même que nous en arrivions à nous
considérer comme Catholiques, Protestants, Juifs ou Musulmans, nous
sommes déjà engagés dans des problèmes de foi. Que
nous devenions non-croyants, agnostiques ou athées nous sommes
concernés par ce qui fait que la vie vaut la peine d'être
vécue. Le plus souvent nous recherchons à aimer et à
être aimé, à honorer et à respecter ce qui a le
pouvoir de soutenir notre être. 2. LA FOI, LA RELIGION ET LA CROYANCE Wilfred
Cantrell Smith dans « The meaning and end of Religion »
propose une première distinction entre foi et religion : Il
parle des religions comme des traditions cumulatives, il suggère de voir
ces traditions cumulatives comme toutes les expressions de la foi des personnes
du passé ; cela inclut les récits, les mythes, les
prophéties, les comptes-rendus le la révélation; cela peut
aussi inclure les symboles visuels ou non, les traditions orales, les danses,
les enseignements éthiques, les théologies, les confessions de
foi, les rites, les liturgies, l'architecture ainsi qu'un grand nombre d'autres
élément. Comme
une galerie d'art, une tradition cumulative vivante intéresse nos
contemporains et devient ce que Smith appelle « la cause mondaine »
qui réveille la foi. La
foi, qui est plus profonde et plus personnelle que la religion, est la
manière dont la personne répond aux valeurs transcendantes et
à la puissance telle qu'elle l'a perçue au moyen des formes de la
tradition cumulative. La
foi et la religion, de ce point de vue, sont dynamiques et réciproques,
chacune grandit ou est renouvelée en interaction avec l'autre. La
tradition cumulative est renouvelée de manière sélective
et son contenu est capable de réveiller et de former la foi des
nouvelles générations. Comme ces éléments
deviennent significatifs de la foi de nouveaux adhérents, la tradition
s'étend, se modifie et gagne de la vitalité. C'est
là la situation idéale. Mais un observateur astucieux fera
remarquer que la relation entre la foi et la religion est très
problématique aujourd'hui. « La foi doit être
religieuse ». En
fait - les affres de la foi se forment et se maintiennent chez des personnes
qui n'ont pas d'accès utilisables à une tradition cumulative
religieuse fiable. La
croyance est le « nous tenons à certaines
idées ». La croyance, dans le domaine de la religion, est
issue de nos efforts pour traduire nos expériences et nos relations
à la transcendance (Dieu) par des concepts ou des propositions. La
croyance peut être une des manières dont la foi s'exprime. Mais on
n'a pas la foi dans une proposition ou un concept. La Foi est une relation de
confiance et de loyauté à la transcendance (Dieu) au sujet de
laquelle nos concepts et nos propositions sont façonnés. Dans
les sens anciens le langage de la foi n'est pas ce qui correspond à
notre terme moderne de croyance. Mieux, la foi implique un alignement du
cœur, de la volonté; un engagement de la loyauté et de la
confiance. L'Hébreu
(aman he'min) le Grec (pistuo, Pistis) et le latin (credo, credere) ne peuvent
avoir pour sens leur sens moderne. Pour le Juif ou le Chrétien de
l'antiquité dire « je crois qu'il y a un Dieu » ou
« je crois que Dieu existe » aurait
été étrange et absurde. L'existence de Dieu était
considérée comme garantie et ce n'était pas un sujet de
débat. Les
anciens auraient dit : « Etant donné la réalité de
Dieu comme un fait de l’univers, je proclame donc que j'y consacre ma
vie, en faisant serment d'amour et de loyauté ». Aujourd'hui
ce serait plutôt « Etant donné l'incertitude que Dieu est
incertain, c'est une donnée de la vie moderne, et les rapports de x, y,
z déclarent que l'Idée de Dieu fait partie des mobiliers de sa
pensée ». C'est
un glissement de sens qui est relié à un mouvement culturel plus
vaste, on l'appelle « sécularisation »,
« désenchantement religieux » ou
« modernité ». Il
a réduit la connaissance à ce qui est démontrable
empiriquement, subordonné l'esthétique et l'éthique
à ce qui marche, il en est venu à voir la foi comme une croyance
ou un système de croyance et - dans ce qui passe pour de la
tolérance ou de la compréhension - maintient une attitude de
relativisme dogmatique en ce qui concerne la vérité ou la
pertinence de tous ces « systèmes de croyances ». C'est
peut être un peu caricatural mais beaucoup de personnes religieuses ou
croyantes ont accepté de réduire la foi à un accord
donné à un « système
de croyance ». C'est très visible quand des Occidentaux
rencontrent des gens d'une autre religion, la question « que croyez vous ? »
Signifie en fait « A quoi votre cœur est il consacré ? A quelle vision
du monde et des relations avec les gens êtes vous loyal? Quels sont vos
espoirs et qu'est ce qui vous fait bouger et vous encourage à structurer
votre vie ? » Il
y a un divorce entre toutes ces conceptions de la Foi et les conclusions que
Smith propose sont : 1. la Foi, plus
que la croyance ou la religion est une des catégories les plus
fondamentales de la recherche de l'homme pour sa relation à la
transcendance. La Foi est générique, une composante universelle
de la vie humaine ; on peut la reconnaître au travers des contenus
et des formes des pratiques religieuses et de croyance. 2. Toutes les traditions
religieuses étudiées parlent de la foi et rendent apparent le même
phénomène. Dans chaque cas la foi implique un alignement de la
volonté, un repos du cœur, un accord avec une vision des valeurs
transcendantes, une consécration ultime. 3. La Foi, comprise de
manière classique n'est pas une dimension séparée de la
vie, une spécificité
bien compartimentée. La Foi est une orientation totale de la personne,
qui donne un but et des objectifs ses espoirs, ses pensées et ses
actions. 4. L'unité et la
reconnaissance de la foi - en
dépit des milliards de variantes de religions et de croyances - soutient
la théorie de la relativité religieuse selon laquelle les
religions et la foi qu'elles évoquent sont vues comme notre
appréhension relative à ce qui est universel. Cette
compréhension rejette le relativisme (l'idée que les affirmations
religieuses et les expériences n'ont pas de sens au delà des
bornes de la communauté qui les détient) et sert d'aiguillon pour
poser la question de la vérité et l'étude de la foi. Les
relations se structurent dans une « famille » entre trois
pôles : le Soi, les Autres, les Valeurs Communes Partagées. Entre
le Soi et les Autres il y a des relations d'appréciation, d'amour
d'intérêts. Et nous appartenons tous à plusieurs groupes. Comment
donc s'identifie la Foi, en fonction des différents groupes auxquels
nous appartenons ? Une
jeune fille parle de son fiancé
« Il est formidable. Il fait de la plongée sous-marine,
du motocross, du banjo dans le style bluegrass, il écrit des
poèmes, et il fait du Gupta Yoga »
Ce
jeune homme est un polythéiste.
Le polythéiste trouve son intérêt dans des sources mineures
de valeur et de puissance. Mais ces engagements peuvent être changeants,
ils bougent d'un groupe à l'autre souvent avec des discontinuités
et des changements de direction. D'autres
polythéistes restent en retrait, ces personnes ne semblent pas apporter
de passion à leurs relations où à leurs engagements. Elles
conservent une sorte de réserve. La plupart d'entre nous sommes plus
polythéistes que nous ne le pensons, c'est un peu le résultat du
mythe dominant de notre société - que nous devrions
expérimenter tous nos désirs, posséder ce que nous
désirons et entrer en communication intime avec qui nous voulons, Une autre forme d'identité : « Le chirurgien le plus stressé de la clinique
vient parler à son ami pasteur, il lui parle des pressions de sa vie de
son stress professionnel, et des problèmes familiaux qu'il
traîne.. » Et son ami lui demande « Mais qu'est ce
que tu es quand tu n'es pas un Docteur ? » et il lui répond
« Mais je suis TOUJOURS un Docteur » « Oui,
répond le pasteur, et c'est là que réside le problème ».
La question du pasteur n'est pas neutre, il constate que son ami a une foi hénothéiste centrée sur son
travail. L'hénothéisme (héno : « un », théos :
« dieu ») suggère un Dieu unique pour
soi-même ou la tribu sans prétendre qu'il est le seul Dieu. On
peut utiliser le terme hénothéiste
pour caractériser une foi et une identité qui s'investit sur un
seul point pour trouver une identité et un système de
pensée cohérent. Mais
ce centre est inapproprié, ce dieu hénothéiste est -
finalement - une idole. Cette foi hénothéiste peut conduire
à honorer l'image de nos propres projets mais elle peut aussi conduire -
sous des formes plus éthiques - à des institutions ou à
des causes qui ne sont pas des causes finales, les gens les aiment pour plus
qu'ils ne valent. Les Nations, Eglises, Universités, Partis Politiques,
Libération des Minorités, les philosophies et les mouvements idéologiques
sont tous potentiellement des sources hénothéistes de valeur et
de pouvoir. La troisième forme de la foi est le monothéisme « la doctrine ou la croyance qu'il n'y a qu'un
dieu » (commune au Judaïsme au Christianisme et à
l’Islam). Ce type de monothéisme implique la loyauté
à son principe et à la source et au centre de toutes valeurs et
de pouvoir. Le
monothéisme n'est pas la négation des autres centres de valeur et
de pouvoir, il implique seulement leur relativisation. Dans le
monothéisme radical, les gens sont en relation les uns avec les autres
et avec un centre inclusif de valeur et de pouvoir. Le monothéisme
radical appelle les hommes à s'identifier à une communauté
universelle. Cela ne nie pas les autres appartenances. Nous
pourrions dire que la Foi est notre manière de discerner et de nous
consacrer au centre même de nos valeurs et des puissances qui exercent
une influence normative sur nos vies. La poésie et l'imagination y
tiennent beaucoup de place. La Foi comme processus et imagination est réveillée
et formée par toutes ces interactions avec les images, les symboles, les
rituels et les représentations, tout ce que nous disons avec conviction,
dans le langage de la vie courante, avec lesquels nous apprenons et comprenons.
La foi alors est un mode actif de connaissance, de composer un ressenti ou une
représentation de nos vies prises comme un tout. Elle unifie nos vies. Comme
image il faut comprendre que l'image, pour être formée n'attend
pas la conscience. L'image unifie l'information et les sentiments. L'image est
antérieure et première, elle est avant la pensée. Quand
on nous demande ce que nous pensons ou savons à propos de quelqu'un
alors nous nous rappelons nos images de qui implique à la foi une
formation et une information, nous savons ce que nos images savent. La foi structure une image de l'existence
comme un tout. Les
métaphores, les symboles, les idées, les concepts et toutes les
sortes de représentation nous servent à exprimer et à les
partager. Les images religieuses prouvent qu'elles sont des témoins
vivants de véritables images. Les symboles Juifs et Chrétiens du
Royaume de Dieu, par exemple, réveillent en nous l'image d'un
environnement ultime, réconcilié en vertu de Dieu qui règne
comme Créateur, juste juge et rédempteur-libérateur. L'imagination
ne doit pas être confondue avec le fantastique ou le « faire
croire » ou la subjectivité. Les images que la foi compose ne
sont pas statiques. Il est possible par des recherches de prévoir que
nous puissions identifier les points fondamentaux dans ce que la foi imagine et
la manière dont les images de la foi interagissent avec les modes
d'expression Mais quand nous sommes
dans l'expérience, saisis par la vision d'un centre de valeur ou de
puissance plus lumineux, plus inclusif et plus vrai que celui auquel nous nous
sommes dévoués, nous expérimentons la nouveauté
comme un ennemi qui va détruire « notre dieu ». Alfred
North Whitehead a écrit « La Religion est la Transition de Dieu le Vide
à Dieu l'Ennemi à Dieu le Compagnon ». Seule la mort de notre précédente
image de Dieu peut permettre à une nouvelle et plus adéquate
d'émerger. (On passe de Dieu que l'on ne peut concevoir à un Dieu
ennemi des petits dieux - nations centres de valeurs, à un Dieu
compagnon dont on reconnaît les bienfaits). Ainsi le "doute"
fait partie de la foi. Nous
pouvons rencontrer ce dilemme dans le livre de Richard Rubinstein « After Auschwitz »
le dilemme est ainsi représenté : « après que six millions de
juifs soient morts dans l'holocauste, les survivants peuvent ils encore reposer
leur cœur sur un dieu qui leur a assigné une place dans l'histoire
et qui a appelé Israël à une alliance dans laquelle Dieu est
fidèle ? » On
peut ne pas avoir de vison unifiante - oui certains d'entre nous n'en ont pas,
cela ne veut pas dire que l'on n'ait pas de foi, cela veut dire que l'image de
la foi est plus impersonnelle, chaotique, indifférente ou hostile.
L'opposé de la foi n'est pas le doute, mieux l'opposé de la foi
c'est le nihilisme, l'incapacité à se projeter et à
projeter aucune image et ainsi de désespérer de
l'impossibilité de toute signification. 5.
LES MODELES DE DEVELOPPEMENT (ERIKSON – PIAGET - KOHLBERG) Chacun
des auteurs mentionnés a sa spécialité : Erik Erikson : Psychanalyste de l'école de Sigmund Freud
qui s'est consacré au développement psychosocial de l'enfance. Charles Piaget : A l'intersection de la biologie et de la
philosophie a étable un modèle de développement de
l'enfant à l'adolescent. Lawrence Kohlberg : A développé une conception par
étapes du développement moral de la personne. Ici
se trouve dans le livre, un schéma des phases selon Erikson, Piaget, et Kohlberg.
6. L'ENFANCE ET LA FOI INDIFFERENCIEE Nous
commençons tous le pèlerinage de la foi comme des petits enfants.
Après la symbiose de la vie prénatale nous sommes projetés
dans un nouvel environnement dans lequel nous avons des capacités
potentielles mais pas encore viables. Pendant neuf mois après la
naissance nous dépendons encore plus de ceux qui nous ont accueilli
à la naissance, que les autres mammifères. Nous
sommes merveilleusement adaptés pour ce nouveau monde mais l'activation
et l'élaboration de nos capacités d'adaptation dépendent
des progrès de notre maturité globale et de la manière
dont les personnes qui nous ont accueillis s'occupent de nous. S’il n'y a
pas assez de stimulation et de communication, nos capacités
relationnelles peuvent être sévèrement retardées ou
non activées. A
7-8 mois il se passe une prise de conscience, la connaissance des objets de
notre environnement qui nous séparent de nous et des autres. A 7 ou 8
mois nous formons et retenons les seules images mentales des objets manquants,
et nous sommes en train d'apprendre que nous sommes séparés de
ceux que nous aimons et nous avons besoin de nous sentir au centre des
« autres ». Cette
chute est un traumatisme et nous expérimentons la première
anxiété : se souvenir de la mère quand elle est
absente et la panique quand on se demande si elle va revenir. Cette panique est
si sévère qu'elle est réprimée par nos
premières défenses psychiques et
« oubliée ». Cet oubli « sain »
est permis par le retour en temps et heure de la mère ou de la personne
qui donne des soins. Au retour quand la personne revient, appelant le
bébé par son nom, le bébé est confirmé dans
son bien-être et remis au centre du monde au milieu d’objets
séparés. Cette
expérience de confiance/défiance forme notre première
expérience de Dieu. On peut l’appeler une pré-image car
elle se forme avant le langage. La
force émergente de la foi à ce stade est la relation mutuelle de
confiance qui se forme avec la ou les personnes qui donnent de l'amour et de
l'attention. Une
déficience à ce stade peut donner deux résultats possibles
soit un narcissisme excessif dans laquelle l'expérience d'être
« central » continue à dominer et à tordre
l'échange, ou l'expérience d'être négligé
peut bloquer l'enfant dans des comportements d'isolement. La
Transition au Stade 1 commence avec la convergence de la pensée et du
langage, introduisant l'usage des symboles dans le discours et les jeux
rituels. 7. LE STADE 1 : INTUITIF-PROJECTIF (2 ANS
- 6 ANS) A
cet age de la convergence de la pensée et du langage (stade
sensori-moteur de Piaget). L'enfant à cet âge utilise les nouveaux
outils du discours et commence à nommer les objets. Avec des mots et des
noms, ils explorent le monde et leur phrase favorite est "pourquoi
?", "quel" et cela peut conduire les parents à bout. Si on observe la relation parent-enfant,
on se rend compte que la logique qui produit les questions n'est pas la
même que celle qui produit les réponses. Aussi on ne peut pas donner
de réponses satisfaisantes aux questions. La pensée de l'enfant
n'est pas réversible, les relations de cause à effet sont
ignorées. L'enfant comprend comment les choses fonctionnent mais cette
compréhension est dominées par des perceptions
inexpérimentées et par les sensations issues des perceptions. Les
enfants montent un égocentrisme cognitif, mais ils ne sont pas capables
de coordonner et de comparer deux perspectives différentes du même
objet, ils assument simplement sans aucun problème que le point de vue
qu'ils ont sur un phénomène est la seule perspective disponible. Cela veut dire que beaucoup de
conversations entre enfants intuitifs-projectifs ont le caractère de
doubles monologues. Interviewer : Quand tu te
comportes mal est ce que Dieu le sait ? Freddy : Oui il fait le tour
du monde en un jour. Interviewer: Vraiment ?
Comment le fait il ? Freddy : Il le fait car il est
malin. Interviewer: Il est malin ?
Comment fait il pour faire le tour du monde en un jour? Freddy : Oh - Il se
sépare ou il peut être comme un Dieu. Interviewer : Il peut se
diviser en beaucoup de choses ? Freddy : Oui Interviewer : Il n'y a rien
d'autre qu'il ne puisse faire ? Freddy : Il peut seulement
faire les choses qui sont bonnes, pas les mauvaises, Dieu n'a jamais dit un
mensonge de toute sa vie. Interviewer : Jamais ? Freddy : Jamais !! L'étape 1 dans la connaissance de
Dieu combine des fragments d'histoires reçues à partir de leur
environnement. Ces histoires et ces images leur sont données par leur
culture ou leur environnement. C'est une formation éclectique, ils
captent les relations qui existent entre Dieu et le sacré. Les enfants de milieux
antireligieux ou non-religieux montrent des tendances similaires quoique la
source de leurs images et symboles puisse être plus limitée. James Fowler mentionne le
cas d'une enfant (4/5 ans) dont les parents on fait tous les efforts pour
éviter de l'exposer à des symboles religieux et qui peut parler
de la foi en Dieu: Sally : Quelquefois j'ai cru
en Dieu mais mon père et ma mère n'ont jamais cru en Dieu Interviewer : Pourquoi crois
tu en Dieu ? Sally : Parce que dans les
spectacles de télévision ils croient en dieu : comme dans les
dessins animés pour enfants de l'église luthérienne
"Davey et Goliath". Interviewer : est ce que Dieu
est réel pour toi ? Sally : Ummm- Oui. Quelquefois
je pense qu'il est réel Interviewer : A quoi est ce qu'il
ressemble ? Sally : Il ne ressemble
à rien de connu. Il est tout autour de vous. Les
sources de la connaissance de Dieu auxquelles Sally se réfère
incluent les scènes de mariage et de funérailles qui sont
éventuellement comprises dans les westerns. On a remarqué que
malgré la sécularisation croissante de notre
société, aucun enfant n'atteint l'âge scolaire sans avoir
construit - avec ou sans instruction religieuse - une image de Dieu. Il y a beaucoup
d'imagination dans la foi, les contes de fées (Bettelheim) apportent des
symbolisations puissantes et précieuses pour les terreurs de l'enfant,
pour les fantasmes violents qu'il porte avec une culpabilité
secrète. A
3 ou 4 ans l'enfant développe une peur de la mort, spécialement
la peur de la mort d'un parent. Il commence à comprendre que les adultes
ont intériorisé des tabous et des interdictions qui tournent
autour des choses mystérieuses et attirantes : le sexe et la religion. Le
réalisme des contes des fées et de beaucoup de récits
bibliques fournit des moyens indirects mais efficaces pour exprimer leurs
anxiétés secrètes et trouver des images et des
récits où ils peuvent se reconnaître et structurer leurs
vies. Pour
chaque enfant à qui les parents ont raconté des histoires
religieuses, des images et des symboles qui prouvent l'ouverture à la
vie, l'amour, la foi et au courage, il y en a au moins un pour lequel
l'introduction de la religion, faite avec la même puissance, a
donné naissance à la peur, la rigidité et la brutalisation
de l'âme. Il
y a des groupes religieux qui soumettent les enfants Intuitifs-Projectifs
à une prédication et à un enseignement qui mettent
l'accent sur la puissance inexorable du diable, le péché de tous
les gens qui sont sans Christ, l'enfer et ses tortures éternelles et
atroces qui attendent les non repentants. Cette
prédication provoque une expérience de conversion chez les
enfants à l'âge de 7 ou 8 ans. Il s'ensuit le risque grave que
l'enfant soit conduit à une "identité de formation
précoce", dans laquelle l'enfant adopte l'identité et la foi
du groupe religieux. Devenu adulte on verra l'émergence d'une personnalité
rigide, fragile et autoritaire. La foi de Stade 1 est la foi remplie d'imagination, une
phase d'imitation dans laquelle l'enfant peut être de manière
puissante et permanence influencée par des exemples, des actions et des
histoires de la foi visibles et des adultes avec qui il a été en
relation premièrement. Ce stade - typique des
enfants de trois à sept ans- est marqué par la fluidité
des schémas de pensée. L’enfant rencontre des
nouveautés en permanence pour lesquelles les modes de connaissance ne
sont pas formés. L'imagination n'est pas restreinte et pas
inhibée par la pensée logique. C'est le stade de la conscience de
soi, l'enfant est égocentrique, compte tenu des perspectives des autres.
Nous trouvons les premières prises de conscience de la mort et du sexe
et de tous les tabous qu'utilisent les cultures et les familles pour isoler ces
zones. La
force émergente de ce stade est la naissance de l'imagination, la
capacité d'unifier et de capter l'expérience du monde, de la
transformer en images puissantes et en histoires qui avertissent la compréhension
de l'enfant (intuitive) des conditions ultimes de l'existence. Les
dangers de stade apparaissent dans la possible "possession" de
l'imagination de l'enfant par des images non contrôlées de terreur
et de destruction ou des pressions volontaires et involontaires sur son
imagination pour renforcer ses tabous ou ses attentes doctrinales et morales. La
transition au stade suivant passe par l'émergence d'une pensée
opérationnelle. Du point de vue affectif : la résolution de l'Œdipe
est un important facteur d'accompagnement. Au cœur de la transition est
l'intérêt croissant de l'enfant pour savoir ce que les choses sont
et pour clarifier les bases des distinctions entre ce qui est réel et ce
qui semble seulement l'être. 8. LE STADE 2 : MYTHIQUE LITTERAL (7
ANS - 12 ANS) Le
stade mythique littéral est le stade dans lequel la personne commence
à intérioriser les histoires, les croyances, les rituels et les
observances qui symbolisent son appartenance à la communauté. Elle
s'approprie les croyances avec une interprétation littérale,
ainsi que les règles morales et les attitudes. Les symboles sont compris de
manière unidimensionnelle et de signification littérale. A
ce stade l'émergence des opérations concrètes conduit au
façonnement et à la mise en ordre de la composition du monde
acquise dans le stade précédent. Le caractère
épisodique de la foi Intuitive-Projective laisse la place à une
construction plus linéaire, plus cohérente. L'histoire
devient la voie royale qui donne de l'unité et de la valeur à
l'expérience. C'est le stade de la foi des élèves de
l'école (Quoique nous puissions trouver cette structure dominante chez
des adolescents ou des adultes). Marqués
par un intérêt accru pour les points de vues des autres, ceux qui
sont dans le Stade 2 se composent un monde fondé sur la gentillesse et
l'amabilité réciproque ainsi que sur un sentiment de la justice
immanente basé sur la réciprocité. Les acteurs de leurs
histoires cosmiques sont anthropomorphes. Ils
peuvent être profondément impressionnés par des
matériaux symboliques ou dramatiques et peuvent décrire dans le
moindre détail le récit qui est arrivé. Ils ne prennent
pas de recul sur leurs histoires pour formuler des réflexions ou rechercher
des significations. A ce stade la signification est à la fois
portée et enfermée par le récit. La
nouvelle capacité - ou force - de ce stade est l'émergence du
narratif et l'émergence de l'histoire, du drame et du mythe comme des
moyens de trouver et de donner de la cohérence à
l'expérience. Toutefois,
une dépendance excessive à la réciprocité des
relations et les limitations du caractère littéral du
récit comme un principe pour construire un environnement ultime peut
conduire à une attitude de sur-contrôle, de perfectionnisme
guindé ou bien à l'opposé à un écrasant sens
de la méchanceté adopté à cause de mauvais
traitements, de négligences ou du dédain apparent
manifesté par les parents ou les éducateurs. Un
facteur qui initialise la transition au Stade 3 est le clash implicite ou la
contradiction dans les histoires qui conduisent à des réflexions
sur la signification. La transition et l'acquisition des opérations
formelles rendent cette réflexion possible. Le
littéralisme précédent tombe en panne, de nouvelles
conceptions de la connaissance conduisent à la désillusion
à la foi avec les enseignants et les enseignements
précédents. Il faut faire face à des conflits entre
différentes sources d'autorité (Le récit de la
Genèse sur la Création contre la Théorie de l'Evolution
par exemple). L'émergence
de relations interpersonnelles ("Je vous vois en train de me voir, Je me
vois comme vous me voyez ; je vous vois comme vous me voyez en train de vous
voir) crée le besoin de relations plus personnelles avec le pouvoir
unifiant de l'environnement ultime. 9. LE STADE 3 : SYNTHETIQUE
CONVENTIONNEL (12 ANS - 20 ANS) Dans
le Stade 3 l'expérience du monde s'étend au delà de la
famille. Un nouveau nombre de cercle demande de l'attention : la famille,
l'école, les pairs, la société dans la rue et les
médias et peut- être la religion. La foi doit fournir une
orientation cohérente au milieu d'une grande complexité et
d'engagements plus importants. La foi doit synthétiser les valeurs et
l'information ; elle doit fournir une base à l'identité et
à la vision du monde. Typiquement,
le stade 3 émerge dans l'adolescence, mais pour beaucoup d'adultes il
devient un équilibre permanent. Il structure l'environnement en termes
de relations interpersonnelles. Ces images de valeur et de pouvoir
dérivent dès l'extension des expériences des relations
personnelles. C'est
un stade "conformiste" dans le sens où, de manière
très aiguë il est adapté aux attentes et aux jugements de
ceux qui ont du poids pour nous, et comme il ne dispose pas d'une prise
suffisante sur sa propre identité ou sur son jugement autonome pour
construire et maintenir une perspective indépendante. Les
croyances et les valeurs sont profondément ressenties, elles sont tenues
pour tacites. La personne demeure en elles et dans le monde qu'elles expriment.
Mais il n'y a pas eu d'occasion pour les dépasser ou pour
réfléchir à leur sujet ou pour les examiner de
manière explicite - au cas par cas - ou de manière
systématique. Au
stade 3 une personne a une « idéologie», un groupe plus
ou moins cohérent de valeurs et de croyances mais elle ne s'est pas
encore consacrée à leur examen et en un sens n'est même pas
consciente de les avoir. Les différences de point de vue
avec les autres sont conçues comme des différences avec des
"sortes de personnes". L'Autorité
est située chez les détenteurs des rôles traditionnels d'autorité
(s’ils sont perçus comme personnellement valables) ou dans le
consensus du groupe. La
capacité émergente de ce stade est la formation d'un mythe
personnel, le mythe de soi-même en train d'évoluer dans
l'identité et dans la foi, en incorporant le passé et le futur
que l'on peut anticiper dans une image de l'environnement ultime unifié
par les caractéristiques de la personnalité. Les dangers ou les
déficiences de ce stade sont doubles : Les
attentes et les évaluations des autres peuvent être si profondes
et si profondément sacralisées que l'autonomie de jugement future
peut être détruite à la suite d’une trahison
personnelle. Cela
peut donner lieu à un désespoir nihiliste à propos du principe
d'un être personnel ultime ou encore à une intimité
compensatoire avec Dieu déconnectée de toutes relations humaines. Les
facteurs qui contribuent à la panne du stade 3 et qui préparent
la transition peuvent inclure : q
des conflits
sérieux ou des contradictions avec des sources d'autorités; des
changements marqués par des leaders officiels, ou des politiques ou des
pratiques que l'on avait conçue comme sacrées et
inébranlables (par exemple dans l'église Catholique le changement
de la messe en Latin dans la langue commune, ou alors ne plus s'abstenir de
viande le Vendredi). q
la rencontre
avec des expériences ou des perspectives qui conduisait à une
réflexion critique sur la manière dont ses propres croyances et
valeurs se sont formées. Comment elles ont évolué et
à quel point elles peuvent être dépendantes de son propre
arrière plan ou groupe particulier. q
Fréquemment
l’expérience de "quitter la maison" -
émotionnellement ou physiquement - ou les deux précipitent ce
genre d'examen du soi, de l'arrière plan des et des valeurs
fondamentales de la vie. Cet examen conduit à une transition à ce
point. 10. LE STADE 4 :
INDIVIDUALISTE-REFLECHI (20 ANS – 40 ANS) Le
mouvement du stade 3 au stade 4 (Individualiste-Réfléchi) est
particulièrement critique parce que c'est dans cette transition que
l'adolescent ou l'adulte doit commencer de prendre ses responsabilités
pour ses propres engagements, style de vie, croyances et attitudes. Quand le
mouvement vers le stade 4 est en cours la personne doit faire face à un
certain nombre de tensions : Individualité/être
défini par un groupe ou à l'appartenance à un groupe, ce
qui conduit à plusieurs tensions paradoxales : Ø
subjectivité
(la puissance de ce que l'on ressent fortement)/ l'objectivité et la
nécessité d'une réflexion critique Ø
réalisation
de soi (actualisation de ses possibilités) comme premier objectif/
service et l'aide aux autres Ø
le doute
"suis je dévoué à quelque chose de très
relatif combat au détriment d'un absolu ?" Le
Stade 4 apparaît le plus souvent chez des jeunes adultes (mais souvenons-nous
que beaucoup d'adultes ne le construisent jamais et que pour un grand nombre de
personnes il n'apparaît qu'à partir de 35 - 40 ans). Ce stade est
marqué par un double développement. Le
soi, qui était soutenu auparavant dans son identité par un cercle
de personnes significatives revendique maintenant une identité qui n'est
plus définie par la composition des autres rôles ni par la
relation aux autres. . Pour
soutenir cette nouvelle identité il est nécessaire de composer un
schéma de pensée où la personne est consciente de ses propres
limites et de ses connections internes et est sensible à sa "vision
du monde". Le
Soi (identité) et la vision du monde sont différenciés de
celle des autres et deviennent des facteurs reconnus dans les réactions,
les interprétations, les jugements que l'on porte sur ses propres
actions et celle des autres ; Il exprime ses intuitions qu'il existe une
cohérence, un environnement ultime viables et qu'il signifie quelque
chose. C'est
l'âge de la démythologisation.
Il est possible de toucher un peu aux facteurs inconscients concernant les
jugements et le comportement. La
force ascendante de l'Etape 4 c'est la capacité à la
réflexion critique sur l'identité (le soi) et la perspective
(l'idéologie). Son
danger réside dans sa force même : une confiance excessive dans la
pensée consciente, dans la pensée critique et une sorte de second
narcissisme dans lequel le nouveau soi s'assimile la
"réalité" et les perspectives des autres à
l'intérieur de sa propre vision du monde. Sans
repos avec les images du soi et les perspectives maintenues par le Stade 4, la
personne qui est prête pour la transition se retrouve sous ce qu'elle
ressent comme des voix intérieures. Les
éléments d'un passé enfantin, les images et les
énergies d'un soi plus profond, un sens déchirant de la
stérilité de la platitude et du sens de la vie. Les histoires,
les symboles, les mythes et les paradoxes de quelques unes de nos traditions
insistent sur la nécessité de dépasser les limites de la
foi précédente. La désillusion de ses propres compromis et
la reconnaissance que la vie est plus complexe que sa représentation. La
logique du Stade 4 - basée sur la claire logique, les distinctions et
les concepts abstraits - conduit à une approche plus dialectique et plus
complexe des différents niveaux de la vérité de la vie. 11. LE STADE 5 : CONJONCTIF (30 ANS
– 50 ANS) La
foi Conjonctive implique l'intégration du soi et de son point de vue de
ce que le stade 4 avait supprimé ou ne voulait pas voir à cause
de ses propres certitudes et de son adaptation affective à la
réalité. Ce
stade développe une "deuxième naïveté" dans
lequel la puissance des symboles est acceptée et réunie avec des
significations conceptuelles. Ici il peut y avoir à réformer et
à retravailler le passé. Il
doit y avoir aussi une écoute, une ouverture aux voix de son "soi
profond", ce qui implique une reconnaissance critique de son inconscient -
les mythes, les images idéales et les préjugés profondément
ancrés dans le système de valeurs à cause des contenus
moraux et spirituels dispensés dans une classe sociale
particulière, d'une tradition religieuse, d'un groupe ethnique. Inhabituel
avant la moitié de la vie, le Stade 5 connaît le sacrement de la
défaite et la réalité des actes et des engagements
irréversibles. Ce que le précèdent stade a combattu pour
clarifier, en termes de limites de son point de vue, ce stade le rend
maintenant poreux et perméable. Réceptif
aux paradoxes et aux vérités des contradictions apparentes, ce
stade tend à réunir les opposés dans l'esprit et
l'expérience. Il génère et accepte la vulnérabilité
à ces "choses étranges" que sont les autres. Il
est prêt à expérimenter la proximité avec ce qui est
différent et menaçant pour lui même ou sa vision du monde
(cela inclut des nouvelles profondeurs de l'expérience de la
spiritualité et de la révélation religieuse). Et avec le
sérieux qui peut émerger quand la vie est plus qu'à sa
moitié, ce stade est prêt à se dépenser pour la
cause de la conservation et de l'identité des autres. La
nouvelle force de ce stade vient dans l'émergence d'une imagination
ironique - une capacité à voir et à se reconnaître
dans l'un de ses groupes ou dans ses croyances les plus profondes, tout en
reconnaissant qu'elles sont relatives, partielles et qu'elles déforment
inéluctablement la réalité ultime. Son
danger réside dans la direction d'une passivité paralysante ou
inaction laissant place à la complaisance ou au retrait cynique,
dû justement à cette compréhension paradoxale de la
vérité. Le
Stade 5 peut apprécier les symboles, les mythes et les rituels (les
siens et ceux des autres) parce qu'il a pu appréhender, en quelque
mesure, la réalité de ce à quoi ils se
référent. Il voit aussi les divisions de la famille humaine de
manière très vive parce qu'il a été saisi par la
possibilité (et l'impératif) d'une communauté inclusive
des êtres. Mais ce stade reste divisé, il vit et agit entre un
monde non transformé et une vision transformante du monde et des
loyautés. Dans quelques cas cette division conduit à une
actualisation radicale que nous appellerons Stade 6. 12. LE STADE 6 : L’UNIVERSALISATION Pour
caractériser le stade 6 nous devrions nous intéresser aux
caractéristiques paradoxales du stade 5. Le stade 5 voit l'injustice de
manière particulièrement aiguë car il a acquis une
compréhension élargie des exigences de la justice et de leurs
implications. Il peut reconnaître des vérités partielles
ainsi que leurs limitations parce qu'il a une vision plus compréhensive
de la vérité. Il peut apprécier et chérir des
symboles, des mythes et des rituels parce qu'il a compris, en quelque mesure,
la profondeur de la réalité auxquels les symboles se
référent et ce à quoi ils conduisent. Le stade 5 voit les
fractures et les divisions de la famille humaine avec une douleur vive car il
est pris par la possibilité d'une communauté inclusive. Le
stade 5 reste paradoxal ou divisé parce que le soi est pris entre
l'appréhension universelle et le besoin de se préserver ou de
préserver son propre bien-être. Ou parce qu'il est
profondément investi dans la nécessité de maintenir
l'ordre ambigu du système socio-économique. Dans
cette situation de paradoxe le stade 5 doit agir et pas être
paralysé. Mais le stade 5 témoigne des loyautés en conflit.
Il est prêt à se dépenser pour trouver ses limites dans la
loyauté à l'ordre présent, à ses institutions,
à ses groupes et à leurs procédures de compromis. La
perception de la justice du stade 5 rejoint sa capacité à se
sacrifier et de défier la justice partielle de l'ordre présent
pour le salut d'une justice plus inclusive et la réalisation de l'amour. La
transition au stade 6 implique un dépassement de ce paradoxe, les
Personnes décrites dans le stade 6 exhibent les qualités que
peuvent déranger notre sens usuel de la normalité. Leur peu
d'intérêt pour leur propre préservation et la
vivacité de leur goût pour des vérités morales ou
transcendantes donnent à leurs actions une qualité extraordinaire
et souvent imprévisible. Dans
leur dévouement à une compassion universelle elles peuvent
offenser notre très paroissial sens de la justice... Et
leurs initiatives comme leaders, qui impliquent souvent des stratégies
non violentes constituent des affronts à notre sens de la pertinence
habituel. Ce n'est pas tout à fait un hasard si à un degré
d'achèvement les personnes décrites par le stade 6 deviennent les
martyrs des causes qu'elles incarnent. Le
Stade 6 est excessivement rare. 13. FORME ET CONTENU - STADE DE FOI ET
CONVERSION Qu'est ce que la
conversion ? La conversion
a quelque chose à voir avec les contenus de la foi ; c'est
"une transformation soudaine de la loyauté d'une personne, de ses
schémas de vie et de ses centres d'énergie". (Lewis Rambo) La
conversion est et un recentrage significatif des images
précédentes, conscientes ou inconscientes, de se valeurs et
l'adoption consciente d'un nouveau jeu d'histoires maîtresses avec le but
de réformer sa propre vie à l'intérieur d'une nouvelle
communauté d'interprétation et d'action. La
conversion, comprise de cette manière peut arriver dans n'importe lequel
des stades de la foi ou dans n'importe laquelle des transitions entre elles Nous
pourrions dire qu'il existe : 1. Des changements de
stade sans conversion : comme quand une personne née dans une
famille orthodoxe et qui a grandi dans la riche tradition des rituels et de
l'histoire et qui se réapproprie tous ses centres de dévouement,
de valeur, d'observance. 2. Des Conversions
sans changement de Stade, un activiste marxiste (stade 4) qui
devient chrétien (stade 4), l'Apôtre Paul (Stade 4-
Extrêmement critique dans le Judaïsme- devenant chrétien,
manifeste dans l'épître aux Galates un "ou
bien"/"ou bien" caractéristique du stade 4, les
épîtres ultérieures – (Philippiens) le montrent aussi
net mais moins tranché (stade 5). 3. Une conversion qui précipite un changement de stade
de foi, quand un Synthétique-Conventionnel humaniste
ordinaire se passionne pour l'existentialisme de Sartre et Camus, ce qui l'oblige
à repenser tous ses engagements et son style de vie. 4. Un changement de stade de foi qui précipite une
conversion - comme quand un Hindouiste synthétique
conventionnel (Stade 3) ne trouve plus de repos dans les traditions religieuses
de sa famille. Il passe du temps à critiquer ses fondements
intellectuels et spirituelles et trouve dans la théologie
chrétienne les contenus qui correspondent mieux à ses structures
de pensées et aux critères de vérité qu'il a
construits pour lui-même. 5. Une conversion qui va de pair - main dans la main - avec un
changement d'état structurel, comme quand un psychiatre agnostique
humaniste entame la transition du stade 4 au stade 5 et trouve dans les images
adaptées, les rituels, les techniques de spiritualité et le soutien
de la communauté au travers de son engagement dans la foi
chrétienne. 6. Une conversion qui évite la douleur des changement de
stades de foi - ou quand un garçon ou une fillette de 7
à 10 ans est conduit, dans un environnement chrétien
fondamentaliste, à une puissance expérience de conversion qui lui
apporte l'assurance de son pardon et de son salut quand l'enfant a
été convaincu de son péché par des images
destructives de l'enfer. Une
telle conversion peut conduire à ce que Philip Helfaer a appelé "formation
précoce de l'identité" dans laquelle l'enfant
adopte prématurément les formes de la foi adulte qui est
développée dans son église. Dans
de tels cas l'enfant, au cours de sa croissance, qu'il soit garçon ou
fille, ne traverse pas de crise d'identité adolescente. Et à
moins d'une rupture fulgurante avec ces images forgées de
l'identité de la foi au stade jeune adulte, la personne reste dans cette
étape pour la vie. 14. DISTRIBUTION SOCIOLOGIQUE DES
INTERVIEWES Des
329 personnes qui faisaient partie de ses interviewés :
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Informations détaillées |
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| Auteur: | Christian Collas | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Editeur: | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Langue: | français | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Année: | 2002 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Ajouté le: | 10-03-2004 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||