Catégorie : FOI ET PSYCHOLOGIE

  Stages of Faith – Le Développement de la Foi

STAGES OF FAITH  (LE DEVELOPPEMENT DE LA FOI)

 

 

La psychologie du développement de l'homme et quête du sens

 

 

James W. Fowler

 

 

Editions Harper San Francisco 1995

 

 

 

Résumé de livre présenté par Christian COLLAS

 

Dans le cadre de la formation de praticiens en relation d’aide à Paris

 

avec Jacques Poujol et Cosette Fébrissy en 2003

 

 

 

L'auteur : Professeur à l'université de Harvard (Théologie), spécialiste du développement psychologique, est actuellement à la tête du département d'éthique et des politiques publiques à l'université d'Emory.

 

 

 

Le propos : Le But du livre est d'exposer le développement de la foi, en intégrant les travaux de Piaget, Erickson, Kohlberg, et d'exposer un modèle de développement de la foi qui est testé depuis plus de 20 ans, dans des stages et développement de théologie pastorale.

 

 

(Des 329 personnes qui faisaient partie de ses interviewés : 45% Protestantes, 36,5% Catholiques Romaines, 11,2% Judaïsme, 3,6% Orthodoxes, 3,6% Autres)

 

 

PLAN DU LIVRE

 

 

1.                 LA FOI

2. LA FOI, LA RELIGION ET LA CROYANCE

3. FOI ET RELATIONS

4. FOI ET IMAGINATION

5. LES MODELES DE DEVELOPPEMENT     

LE MODELE DE JAMES FOWLER

6. L'ENFANCE ET LA FOI INDIFFERENCIEE.

7. STADE 1 : INTUITIF-PROJECTIF (2 ANS- 6 ANS)

8. STADE 2 : MYTHIQUE LITTERAL (7-12 ANS)

9. STADE 3 : SYNTHETIQUE CONVENTIONNEL (12-20 ANS)

10. STADE 4 : INDIVIDUALISTE-REFLECHI (20-40ANS)

11. STADE 5 - CONJONCTIF (30-50ANS)

12. STADE 6 : UNIVERSALISATION

 

a)     Etape « littérale», la personne croit tout ce qu'on lui dit et accepte tout

 

b)      Etape « réfléchie», la personne s'approprie de plus en en plus et développe sa maturité.

 

c)       Etape « Loyale», la personne s'investit dans toutes les activités possibles et est heureuse de le faire

 

d)      Etape « Critique » : suite à des déceptions la personne passe par un trou noir, problème de souffrances, de remise en cause, c'est une étape très noire, très sombre, caractérisée par des remises en cause fortes.

 

e)     Etape « Reconstruction » : la personne a abandonné certains éléments, a reconstruit son système de croyance, se l'est approprié et avance de manière autonome et se retrouve en place, au delà des crises.

 

f)        Etape idéale : Cette étape n'est pas décrite de manière exacte. Très peu de gens y arrivent en fait. C'est une étape liée au décentrement de soi.

 

 

Sortir de l'étape "Critique" pour entrer dans l'étape « Reconstruction » est un signe de maturation de la foi, on arrête de rejeter pour accepter, et d'ailleurs y trouver du plaisir.

 

 

13. FORME ET CONTENU – EVOLUTION DE LA FOI ET CONVERSION

 

 

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LE DEVELOPPEMENT DE LA FOI (JAMES W FOWLER)

 

 

1 .   DEFINITION DE LA FOI

 

 

Nous pourrions tous nous poser la question :

 

 

v     A quoi passons nous notre temps ? Qu'est ce qui commande et qui reçoit le meilleur de notre temps, de notre énergie ?

 

v     Pour quelles causes, quels rêves, quels buts ou à quelles institutions êtes vous prêts à consacrer où à donner votre vie ?

 

v     Quand vous vivez votre vie au jour le jour, quel pouvoir ou quelles puissances craignez vous le plus ?

 

v     A quoi ou à qui êtes vous dévoués dans la vie ? Dans la mort ?

 

v     Avec qui ou avec quels groupes partagez vous vos espoirs les plus sacrés pour vous et pour ceux que vous aimez?

 

v     Quels sont vos espoirs les plus sacrés, les plus irrésistibles de vos buts dans la vie ?

 

 

Toutes ces questions sont des questions de foi. Elles ont pour but de nous maintenir en contact avec les processus bien définis par lesquels nous trouvons du sens à la vie. La foi n'est pas nécessairement religieuse dans son contexte.

 

 Répondre à ces questions sérieusement ne signifie pas obligatoirement nous exprimer en terme de consécration religieuse ou de croyance. La foi est ce qui fait bouger la personne ou le groupe à l'intérieur de la vie. C'est notre façon de trouver de la cohérence et de donner du sens à toutes les forces et à toutes les relations qui façonnent nos vies. La foi est la manière qu'a la personne de se voir en relation avec les autres par rapport à un arrière-plan partagé de valeurs communes.

 

Nous constatons que - chez les espèces les plus proches de nous du règne animal – les animaux sont dotés de plus d'instincts que nous n'en possédons, que ce soit à propos de la saison des amours, de la recherche de nourriture, de la constructions de nids ou de fosses, de s'occuper des jeunes, toutes ces occupations sont programmées beaucoup plus fortement chez les chimpanzés que chez nous…

 

Mais - à ce que l'on sait jusqu'ici - aucune de ces créatures ne porte le fardeau de la conscience de soi où ne cherche par quel moyen elle peut donner du sens à sa vie.

 

La foi est un concept humain universel, avant que nous ne soyons religieux ou irréligieux, avant même que nous en arrivions à nous considérer comme Catholiques, Protestants, Juifs ou Musulmans, nous sommes déjà engagés dans des problèmes de foi.

 

Que nous devenions non-croyants, agnostiques ou athées nous sommes concernés par ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue. Le plus souvent nous recherchons à aimer et à être aimé, à honorer et à respecter ce qui a le pouvoir de soutenir notre être.

 

 

2.   LA FOI, LA RELIGION ET LA CROYANCE

 

 

Wilfred Cantrell Smith dans « The meaning and end of Religion » propose une première distinction entre foi et religion :

 

Il parle des religions comme des traditions cumulatives, il suggère de voir ces traditions cumulatives comme toutes les expressions de la foi des personnes du passé ; cela inclut les récits, les mythes, les prophéties, les comptes-rendus le la révélation; cela peut aussi inclure les symboles visuels ou non, les traditions orales, les danses, les enseignements éthiques, les théologies, les confessions de foi, les rites, les liturgies, l'architecture ainsi qu'un grand nombre d'autres élément.

 

Comme une galerie d'art, une tradition cumulative vivante intéresse nos contemporains et devient ce que Smith appelle « la cause mondaine » qui réveille la foi.

 

La foi, qui est plus profonde et plus personnelle que la religion, est la manière dont la personne répond aux valeurs transcendantes et à la puissance telle qu'elle l'a perçue au moyen des formes de la tradition cumulative.

 

La foi et la religion, de ce point de vue, sont dynamiques et réciproques, chacune grandit ou est renouvelée en interaction avec l'autre.

 

La tradition cumulative est renouvelée de manière sélective et son contenu est capable de réveiller et de former la foi des nouvelles générations. Comme ces éléments deviennent significatifs de la foi de nouveaux adhérents, la tradition s'étend, se modifie et gagne de la vitalité.

 

C'est là la situation idéale. Mais un observateur astucieux fera remarquer que la relation entre la foi et la religion est très problématique aujourd'hui. « La foi doit être religieuse ».

 

En fait - les affres de la foi se forment et se maintiennent chez des personnes qui n'ont pas d'accès utilisables à une tradition cumulative religieuse fiable.

 

La croyance est le « nous tenons à certaines idées ». La croyance, dans le domaine de la religion, est issue de nos efforts pour traduire nos expériences et nos relations à la transcendance (Dieu) par des concepts ou des propositions.

 

La croyance peut être une des manières dont la foi s'exprime. Mais on n'a pas la foi dans une proposition ou un concept. La Foi est une relation de confiance et de loyauté à la transcendance (Dieu) au sujet de laquelle nos concepts et nos propositions sont façonnés.

 

Dans les sens anciens le langage de la foi n'est pas ce qui correspond à notre terme moderne de croyance. Mieux, la foi implique un alignement du cœur, de la volonté; un engagement de la loyauté et de la confiance.

 

L'Hébreu (aman he'min) le Grec (pistuo, Pistis) et le latin (credo, credere) ne peuvent avoir pour sens leur sens moderne. Pour le Juif ou le Chrétien de l'antiquité dire « je crois qu'il y a un Dieu » ou « je crois que Dieu existe » aurait été étrange et absurde. L'existence de Dieu était considérée comme garantie et ce n'était pas un sujet de débat.

 

Les anciens auraient dit : « Etant donné la réalité de Dieu comme un fait de l’univers, je proclame donc que j'y consacre ma vie, en faisant serment d'amour et de loyauté ».

 

Aujourd'hui ce serait plutôt « Etant donné l'incertitude que Dieu est incertain, c'est une donnée de la vie moderne, et les rapports de x, y, z déclarent que l'Idée de Dieu fait partie des mobiliers de sa pensée ».

 

C'est un glissement de sens qui est relié à un mouvement culturel plus vaste, on l'appelle « sécularisation », « désenchantement religieux » ou « modernité ».

 

Il a réduit la connaissance à ce qui est démontrable empiriquement, subordonné l'esthétique et l'éthique à ce qui marche, il en est venu à voir la foi comme une croyance ou un système de croyance et - dans ce qui passe pour de la tolérance ou de la compréhension - maintient une attitude de relativisme dogmatique en ce qui concerne la vérité ou la pertinence de tous ces « systèmes de croyances ».

 

C'est peut être un peu caricatural mais beaucoup de personnes religieuses ou croyantes ont accepté de réduire la foi à un accord donné à un « système de croyance ». C'est très visible quand des Occidentaux rencontrent des gens d'une autre religion, la question « que croyez vous ? » Signifie en fait « A quoi votre cœur est il consacré ? A quelle vision du monde et des relations avec les gens êtes vous loyal? Quels sont vos espoirs et qu'est ce qui vous fait bouger et vous encourage à structurer votre vie ? »

 

Il y a un divorce entre toutes ces conceptions de la Foi et les conclusions que Smith propose sont :

 

 

1. la Foi, plus que la croyance ou la religion est une des catégories les plus fondamentales de la recherche de l'homme pour sa relation à la transcendance. La Foi est générique, une composante universelle de la vie humaine ; on peut la reconnaître au travers des contenus et des formes des pratiques religieuses et de croyance.

 

 

2. Toutes les traditions religieuses étudiées parlent de la foi et rendent apparent le même phénomène. Dans chaque cas la foi implique un alignement de la volonté, un repos du cœur, un accord avec une vision des valeurs transcendantes, une consécration ultime.

 

3. La Foi, comprise de manière classique n'est pas une dimension séparée de la vie, une spécificité bien compartimentée. La Foi est une orientation totale de la personne, qui donne un but et des objectifs ses espoirs, ses pensées et ses actions.

 

4. L'unité et la reconnaissance de la foi - en dépit des milliards de variantes de religions et de croyances - soutient la théorie de la relativité religieuse selon laquelle les religions et la foi qu'elles évoquent sont vues comme notre appréhension relative à ce qui est universel. Cette compréhension rejette le relativisme (l'idée que les affirmations religieuses et les expériences n'ont pas de sens au delà des bornes de la communauté qui les détient) et sert d'aiguillon pour poser la question de la vérité et l'étude de la foi.

 

 

3.   FOI ET RELATIONS

 

 

Les relations se structurent dans une « famille » entre trois pôles : le Soi, les Autres, les Valeurs Communes Partagées.

 

Entre le Soi et les Autres il y a des relations d'appréciation, d'amour d'intérêts. Et nous appartenons tous à plusieurs groupes.

 

Comment donc s'identifie la Foi, en fonction des différents groupes auxquels nous appartenons ?

 

Une jeune fille parle de son fiancé  « Il est formidable. Il fait de la plongée sous-marine, du motocross, du banjo dans le style bluegrass, il écrit des poèmes, et il fait du Gupta Yoga » 

 

Ce jeune homme est un polythéiste. Le polythéiste trouve son intérêt dans des sources mineures de valeur et de puissance. Mais ces engagements peuvent être changeants, ils bougent d'un groupe à l'autre souvent avec des discontinuités et des changements de direction.

 

D'autres polythéistes restent en retrait, ces personnes ne semblent pas apporter de passion à leurs relations où à leurs engagements. Elles conservent une sorte de réserve. La plupart d'entre nous sommes plus polythéistes que nous ne le pensons, c'est un peu le résultat du mythe dominant de notre société - que nous devrions expérimenter tous nos désirs, posséder ce que nous désirons et entrer en communication intime avec qui nous voulons,

 

Une autre forme d'identité : « Le chirurgien le plus stressé de la clinique vient parler à son ami pasteur, il lui parle des pressions de sa vie de son stress professionnel, et des problèmes familiaux qu'il traîne.. » Et son ami lui demande « Mais qu'est ce que tu es quand tu n'es pas un Docteur ? » et il lui répond « Mais je suis TOUJOURS un Docteur »

 

« Oui, répond le pasteur, et c'est là que réside le problème ». La question du pasteur n'est pas neutre, il constate que son ami a une foi hénothéiste centrée sur son travail.

 

L'hénothéisme (héno : « un », théos : « dieu ») suggère un Dieu unique pour soi-même ou la tribu sans prétendre qu'il est le seul Dieu. On peut utiliser le terme hénothéiste pour caractériser une foi et une identité qui s'investit sur un seul point pour trouver une identité et un système de pensée cohérent.

 

Mais ce centre est inapproprié, ce dieu hénothéiste est - finalement - une idole. Cette foi hénothéiste peut conduire à honorer l'image de nos propres projets mais elle peut aussi conduire - sous des formes plus éthiques - à des institutions ou à des causes qui ne sont pas des causes finales, les gens les aiment pour plus qu'ils ne valent. Les Nations, Eglises, Universités, Partis Politiques, Libération des Minorités, les philosophies et les mouvements idéologiques sont tous potentiellement des sources hénothéistes de valeur et de pouvoir.

 

La troisième forme de la foi est le monothéisme « la doctrine ou la croyance qu'il n'y a qu'un dieu » (commune au Judaïsme au Christianisme et à l’Islam). Ce type de monothéisme implique la loyauté à son principe et à la source et au centre de toutes valeurs et de pouvoir.

 

Le monothéisme n'est pas la négation des autres centres de valeur et de pouvoir, il implique seulement leur relativisation. Dans le monothéisme radical, les gens sont en relation les uns avec les autres et avec un centre inclusif de valeur et de pouvoir. Le monothéisme radical appelle les hommes à s'identifier à une communauté universelle. Cela ne nie pas les autres appartenances.

 

 

4.   FOI ET IMAGINATION

 

 

Nous pourrions dire que la Foi est notre manière de discerner et de nous consacrer au centre même de nos valeurs et des puissances qui exercent une influence normative sur nos vies. La poésie et l'imagination y tiennent beaucoup de place. La Foi comme processus et imagination est réveillée et formée par toutes ces interactions avec les images, les symboles, les rituels et les représentations, tout ce que nous disons avec conviction, dans le langage de la vie courante, avec lesquels nous apprenons et comprenons. La foi alors est un mode actif de connaissance, de composer un ressenti ou une représentation de nos vies prises comme un tout. Elle unifie nos vies.

 

Comme image il faut comprendre que l'image, pour être formée n'attend pas la conscience. L'image unifie l'information et les sentiments. L'image est antérieure et première, elle est avant la pensée.

 

Quand on nous demande ce que nous pensons ou savons à propos de quelqu'un alors nous nous rappelons nos images de qui implique à la foi une formation et une information, nous savons ce que nos images savent.

 

 

La foi structure une image de l'existence comme un tout.

 

 

Les métaphores, les symboles, les idées, les concepts et toutes les sortes de représentation nous servent à exprimer et à les partager. Les images religieuses prouvent qu'elles sont des témoins vivants de véritables images. Les symboles Juifs et Chrétiens du Royaume de Dieu, par exemple, réveillent en nous l'image d'un environnement ultime, réconcilié en vertu de Dieu qui règne comme Créateur, juste juge et rédempteur-libérateur.

 

L'imagination ne doit pas être confondue avec le fantastique ou le « faire croire » ou la subjectivité. Les images que la foi compose ne sont pas statiques. Il est possible par des recherches de prévoir que nous puissions identifier les points fondamentaux dans ce que la foi imagine et la manière dont les images de la foi interagissent avec les modes d'expression  Mais quand nous sommes dans l'expérience, saisis par la vision d'un centre de valeur ou de puissance plus lumineux, plus inclusif et plus vrai que celui auquel nous nous sommes dévoués, nous expérimentons la nouveauté comme un ennemi qui va détruire « notre dieu ».

 

 

Alfred North Whitehead a écrit « La Religion est la Transition de Dieu le Vide à Dieu l'Ennemi à Dieu le Compagnon ».

 

 

Seule la mort de notre précédente image de Dieu peut permettre à une nouvelle et plus adéquate d'émerger. (On passe de Dieu que l'on ne peut concevoir à un Dieu ennemi des petits dieux - nations centres de valeurs, à un Dieu compagnon dont on reconnaît les bienfaits). Ainsi le "doute" fait partie de la foi.

 

Nous pouvons rencontrer ce dilemme dans le livre de Richard Rubinstein « After Auschwitz » le dilemme est ainsi représenté : « après que six millions de juifs soient morts dans l'holocauste, les survivants peuvent ils encore reposer leur cœur sur un dieu qui leur a assigné une place dans l'histoire et qui a appelé Israël à une alliance dans laquelle Dieu est fidèle ? »

 

On peut ne pas avoir de vison unifiante - oui certains d'entre nous n'en ont pas, cela ne veut pas dire que l'on n'ait pas de foi, cela veut dire que l'image de la foi est plus impersonnelle, chaotique, indifférente ou hostile. L'opposé de la foi n'est pas le doute, mieux l'opposé de la foi c'est le nihilisme, l'incapacité à se projeter et à projeter aucune image et ainsi de désespérer de l'impossibilité de toute signification.

 

 

5. LES MODELES DE DEVELOPPEMENT (ERIKSON – PIAGET - KOHLBERG)

 

 

Chacun des auteurs mentionnés a sa spécialité :

 

 

Erik Erikson : Psychanalyste de l'école de Sigmund Freud qui s'est consacré au développement psychosocial de l'enfance.

 

Charles Piaget : A l'intersection de la biologie et de la philosophie a étable un modèle de développement de l'enfant à l'adolescent.

 

Lawrence Kohlberg : A développé une conception par étapes du développement moral de la personne.

 

Ici se trouve dans le livre, un schéma des phases selon Erikson, Piaget, et Kohlberg.

 

 

 

 

Eres et Ages

 

Erikson

 

Piaget

 

Kohlberg (jugement moral)

 

 

Petite enfance

(0-18 mois)

 

Confiance Basique contre Défiance (espoir)

 

 

stade Sensori-moteur

 

 

Première enfance (2-6)

 

Autonomie / Honte et doute (Volonté)


Initiative / Culpabilité (But)

 

 

Préopérationel ou intuitif


Niveau Préconventionnel
Moralité hétéronome (Punition/récompense)

 

 

Enfance (7-12)

 

Industrie / Infériorité (Compétence)

 

Opérationnel Concret

 

Echange Instrumental (gentillesse réciproque)

 

 

Adolescence (13-21)

 

Identité / Confusion des Rôles (Fidélité)

 

Opérations Formelles

 

Niveau conventionnel

Relations Mutuelles Interpersonnelles (Attentes et concordance interpersonnelles)

 

 

Jeune Adulte (21-35)

 

Intimité contre Isolement (Amour)

 

 

Système Social et conscience (Perspective des sociétés, relativisme réfléchi ou universalisme biaisé par les préjugés de classe)

 

 

Adulte (35-60)

 

Générativité/

Stagnation

 

 

Niveau Post conventionnel

Contrat social, droits individuels, (avant la société il existe des lois supérieures et universelles à la fois universelles et critiques)

 

 

Maturité (60 et +)

 

Intégrité /

Désespoir

(Sagesse)

 

 

Principes Ethiques Universels (Loyauté à ce qu'on est)

 

 

 

 

6. L'ENFANCE ET LA FOI INDIFFERENCIEE

 

 

Nous commençons tous le pèlerinage de la foi comme des petits enfants. Après la symbiose de la vie prénatale nous sommes projetés dans un nouvel environnement dans lequel nous avons des capacités potentielles mais pas encore viables. Pendant neuf mois après la naissance nous dépendons encore plus de ceux qui nous ont accueilli à la naissance, que les autres mammifères.

 

Nous sommes merveilleusement adaptés pour ce nouveau monde mais l'activation et l'élaboration de nos capacités d'adaptation dépendent des progrès de notre maturité globale et de la manière dont les personnes qui nous ont accueillis s'occupent de nous. S’il n'y a pas assez de stimulation et de communication, nos capacités relationnelles peuvent être sévèrement retardées ou non activées.

 

A 7-8 mois il se passe une prise de conscience, la connaissance des objets de notre environnement qui nous séparent de nous et des autres. A 7 ou 8 mois nous formons et retenons les seules images mentales des objets manquants, et nous sommes en train d'apprendre que nous sommes séparés de ceux que nous aimons et nous avons besoin de nous sentir au centre des « autres ».

 

Cette chute est un traumatisme et nous expérimentons la première anxiété : se souvenir de la mère quand elle est absente et la panique quand on se demande si elle va revenir. Cette panique est si sévère qu'elle est réprimée par nos premières défenses psychiques et « oubliée ».

 

 Cet oubli « sain » est permis par le retour en temps et heure de la mère ou de la personne qui donne des soins. Au retour quand la personne revient, appelant le bébé par son nom, le bébé est confirmé dans son bien-être et remis au centre du monde au milieu d’objets séparés.

 

Cette expérience de confiance/défiance forme notre première expérience de Dieu. On peut l’appeler une pré-image car elle se forme avant le langage.

 

La force émergente de la foi à ce stade est la relation mutuelle de confiance qui se forme avec la ou les personnes qui donnent de l'amour et de l'attention.

Une déficience à ce stade peut donner deux résultats possibles soit un narcissisme excessif dans laquelle l'expérience d'être « central » continue à dominer et à tordre l'échange, ou l'expérience d'être négligé peut bloquer l'enfant dans des comportements d'isolement.

 

La Transition au Stade 1 commence avec la convergence de la pensée et du langage, introduisant l'usage des symboles dans le discours et les jeux rituels.

 

 

7.    LE  STADE 1 : INTUITIF-PROJECTIF (2 ANS -  6 ANS)

 

 

A cet age de la convergence de la pensée et du langage (stade sensori-moteur de Piaget). L'enfant à cet âge utilise les nouveaux outils du discours et commence à nommer les objets. Avec des mots et des noms, ils explorent le monde et leur phrase favorite est "pourquoi ?", "quel" et cela peut conduire les parents à bout.

 

 Si on observe la relation parent-enfant, on se rend compte que la logique qui produit les questions n'est pas la même que celle qui produit les réponses. Aussi on ne peut pas donner de réponses satisfaisantes aux questions. La pensée de l'enfant n'est pas réversible, les relations de cause à effet sont ignorées. L'enfant comprend comment les choses fonctionnent mais cette compréhension est dominées par des perceptions inexpérimentées et par les sensations issues des perceptions.

 

Les enfants montent un égocentrisme cognitif, mais ils ne sont pas capables de coordonner et de comparer deux perspectives différentes du même objet, ils assument simplement sans aucun problème que le point de vue qu'ils ont sur un phénomène est la seule perspective disponible.

 

 Cela veut dire que beaucoup de conversations entre enfants intuitifs-projectifs ont le caractère de doubles monologues.

 

 

Interviewer : Quand tu te comportes mal est ce que Dieu le sait ?

Freddy : Oui il fait le tour du monde en un jour.

Interviewer: Vraiment ? Comment le fait il ?

Freddy : Il le fait car il est malin.

Interviewer: Il est malin ? Comment fait il pour faire le tour du monde en un jour?

Freddy : Oh - Il se sépare ou il peut être comme un Dieu.

Interviewer : Il peut se diviser en beaucoup de choses ?

Freddy : Oui

Interviewer : Il n'y a rien d'autre qu'il ne puisse faire ?

Freddy : Il peut seulement faire les choses qui sont bonnes, pas les mauvaises, Dieu n'a jamais dit un mensonge de toute sa vie.

Interviewer : Jamais ?

Freddy : Jamais !!

 

L'étape 1 dans la connaissance de Dieu combine des fragments d'histoires reçues à partir de leur environnement. Ces histoires et ces images leur sont données par leur culture ou leur environnement. C'est une formation éclectique, ils captent les relations qui existent entre Dieu et le sacré.

 

Les enfants de milieux antireligieux ou non-religieux montrent des tendances similaires quoique la source de leurs images et symboles puisse être plus limitée.

 

James Fowler mentionne le cas d'une enfant (4/5 ans) dont les parents on fait tous les efforts pour éviter de l'exposer à des symboles religieux et qui peut parler de la foi en Dieu:

 

 

Sally : Quelquefois j'ai cru en Dieu mais mon père et ma mère n'ont jamais cru en Dieu

Interviewer : Pourquoi crois tu en Dieu ?

Sally : Parce que dans les spectacles de télévision ils croient en dieu : comme dans les dessins animés pour enfants de l'église luthérienne "Davey et Goliath".

Interviewer : est ce que Dieu est réel pour toi ?

Sally : Ummm- Oui. Quelquefois je pense qu'il est réel

Interviewer : A quoi est ce qu'il ressemble ?

Sally : Il ne ressemble à rien de connu. Il est tout autour de vous.

 

Les sources de la connaissance de Dieu auxquelles Sally se réfère incluent les scènes de mariage et de funérailles qui sont éventuellement comprises dans les westerns. On a remarqué que malgré la sécularisation croissante de notre société, aucun enfant n'atteint l'âge scolaire sans avoir construit - avec ou sans instruction religieuse - une image de Dieu.

 

Il y a beaucoup d'imagination dans la foi, les contes de fées (Bettelheim) apportent des symbolisations puissantes et précieuses pour les terreurs de l'enfant, pour les fantasmes violents qu'il porte avec une culpabilité secrète.

 

A 3 ou 4 ans l'enfant développe une peur de la mort, spécialement la peur de la mort d'un parent. Il commence à comprendre que les adultes ont intériorisé des tabous et des interdictions qui tournent autour des choses mystérieuses et attirantes : le sexe et la religion.

 

Le réalisme des contes des fées et de beaucoup de récits bibliques fournit des moyens indirects mais efficaces pour exprimer leurs anxiétés secrètes et trouver des images et des récits où ils peuvent se reconnaître et structurer leurs vies.

 

Pour chaque enfant à qui les parents ont raconté des histoires religieuses, des images et des symboles qui prouvent l'ouverture à la vie, l'amour, la foi et au courage, il y en a au moins un pour lequel l'introduction de la religion, faite avec la même puissance, a donné naissance à la peur, la rigidité et la brutalisation de l'âme.

 

Il y a des groupes religieux qui soumettent les enfants Intuitifs-Projectifs à une prédication et à un enseignement qui mettent l'accent sur la puissance inexorable du diable, le péché de tous les gens qui sont sans Christ, l'enfer et ses tortures éternelles et atroces qui attendent les non repentants.

 

Cette prédication provoque une expérience de conversion chez les enfants à l'âge de 7 ou 8 ans. Il s'ensuit le risque grave que l'enfant soit conduit à une "identité de formation précoce", dans laquelle l'enfant adopte l'identité et la foi du groupe religieux. Devenu adulte on verra l'émergence d'une personnalité rigide, fragile et autoritaire.

 

La foi de Stade 1 est la foi remplie d'imagination, une phase d'imitation dans laquelle l'enfant peut être de manière puissante et permanence influencée par des exemples, des actions et des histoires de la foi visibles et des adultes avec qui il a été en relation premièrement.

 

Ce stade - typique des enfants de trois à sept ans- est marqué par la fluidité des schémas de pensée. L’enfant rencontre des nouveautés en permanence pour lesquelles les modes de connaissance ne sont pas formés. L'imagination n'est pas restreinte et pas inhibée par la pensée logique. C'est le stade de la conscience de soi, l'enfant est égocentrique, compte tenu des perspectives des autres. Nous trouvons les premières prises de conscience de la mort et du sexe et de tous les tabous qu'utilisent les cultures et les familles pour isoler ces zones.

 

La force émergente de ce stade est la naissance de l'imagination, la capacité d'unifier et de capter l'expérience du monde, de la transformer en images puissantes et en histoires qui avertissent la compréhension de l'enfant (intuitive) des conditions ultimes de l'existence.

 

Les dangers de stade apparaissent dans la possible "possession" de l'imagination de l'enfant par des images non contrôlées de terreur et de destruction ou des pressions volontaires et involontaires sur son imagination pour renforcer ses tabous ou ses attentes doctrinales et morales.

 

La transition au stade suivant passe par l'émergence d'une pensée opérationnelle. Du point de vue affectif : la résolution de l'Œdipe est un important facteur d'accompagnement. Au cœur de la transition est l'intérêt croissant de l'enfant pour savoir ce que les choses sont et pour clarifier les bases des distinctions entre ce qui est réel et ce qui semble seulement l'être.

 

 

8.   LE STADE 2 : MYTHIQUE LITTERAL (7 ANS - 12 ANS)

 

 

Le stade mythique littéral est le stade dans lequel la personne commence à intérioriser les histoires, les croyances, les rituels et les observances qui symbolisent son appartenance à la communauté.

 

Elle s'approprie les croyances avec une interprétation littérale, ainsi que les règles morales et les attitudes.

 

 Les symboles sont compris de manière unidimensionnelle et de signification littérale.

 

A ce stade l'émergence des opérations concrètes conduit au façonnement et à la mise en ordre de la composition du monde acquise dans le stade précédent. Le caractère épisodique de la foi Intuitive-Projective laisse la place à une construction plus linéaire, plus cohérente.

 

L'histoire devient la voie royale qui donne de l'unité et de la valeur à l'expérience. C'est le stade de la foi des élèves de l'école (Quoique nous puissions trouver cette structure dominante chez des adolescents ou des adultes).

 

Marqués par un intérêt accru pour les points de vues des autres, ceux qui sont dans le Stade 2 se composent un monde fondé sur la gentillesse et l'amabilité réciproque ainsi que sur un sentiment de la justice immanente basé sur la réciprocité. Les acteurs de leurs histoires cosmiques sont anthropomorphes.

 

Ils peuvent être profondément impressionnés par des matériaux symboliques ou dramatiques et peuvent décrire dans le moindre détail le récit qui est arrivé. Ils ne prennent pas de recul sur leurs histoires pour formuler des réflexions ou rechercher des significations. A ce stade la signification est à la fois portée et enfermée par le récit.

 

La nouvelle capacité - ou force - de ce stade est l'émergence du narratif et l'émergence de l'histoire, du drame et du mythe comme des moyens de trouver et de donner de la cohérence à l'expérience.

 

Toutefois, une dépendance excessive à la réciprocité des relations et les limitations du caractère littéral du récit comme un principe pour construire un environnement ultime peut conduire à une attitude de sur-contrôle, de perfectionnisme guindé ou bien à l'opposé à un écrasant sens de la méchanceté adopté à cause de mauvais traitements, de négligences ou du dédain apparent manifesté par les parents ou les éducateurs.

 

Un facteur qui initialise la transition au Stade 3 est le clash implicite ou la contradiction dans les histoires qui conduisent à des réflexions sur la signification. La transition et l'acquisition des opérations formelles rendent cette réflexion possible.

 

Le littéralisme précédent tombe en panne, de nouvelles conceptions de la connaissance conduisent à la désillusion à la foi avec les enseignants et les enseignements précédents. Il faut faire face à des conflits entre différentes sources d'autorité (Le récit de la Genèse sur la Création contre la Théorie de l'Evolution par exemple).

 

L'émergence de relations interpersonnelles ("Je vous vois en train de me voir, Je me vois comme vous me voyez ; je vous vois comme vous me voyez en train de vous voir) crée le besoin de relations plus personnelles avec le pouvoir unifiant de l'environnement ultime.

 

 

9.   LE STADE 3 : SYNTHETIQUE CONVENTIONNEL (12 ANS - 20 ANS)

 

 

Dans le Stade 3 l'expérience du monde s'étend au delà de la famille. Un nouveau nombre de cercle demande de l'attention : la famille, l'école, les pairs, la société dans la rue et les médias et peut- être la religion. La foi doit fournir une orientation cohérente au milieu d'une grande complexité et d'engagements plus importants. La foi doit synthétiser les valeurs et l'information ; elle doit fournir une base à l'identité et à la vision du monde.

 

Typiquement, le stade 3 émerge dans l'adolescence, mais pour beaucoup d'adultes il devient un équilibre permanent. Il structure l'environnement en termes de relations interpersonnelles. Ces images de valeur et de pouvoir dérivent dès l'extension des expériences des relations personnelles.

 

C'est un stade "conformiste" dans le sens où, de manière très aiguë il est adapté aux attentes et aux jugements de ceux qui ont du poids pour nous, et comme il ne dispose pas d'une prise suffisante sur sa propre identité ou sur son jugement autonome pour construire et maintenir une perspective indépendante.

 

Les croyances et les valeurs sont profondément ressenties, elles sont tenues pour tacites. La personne demeure en elles et dans le monde qu'elles expriment. Mais il n'y a pas eu d'occasion pour les dépasser ou pour réfléchir à leur sujet ou pour les examiner de manière explicite - au cas par cas - ou de manière systématique.

 

Au stade 3 une personne a une « idéologie», un groupe plus ou moins cohérent de valeurs et de croyances mais elle ne s'est pas encore consacrée à leur examen et en un sens n'est même pas consciente de les avoir.

 

 Les différences de point de vue avec les autres sont conçues comme des différences avec des "sortes de personnes".

 

L'Autorité est située chez les détenteurs des rôles traditionnels d'autorité (s’ils sont perçus comme personnellement valables) ou dans le consensus du groupe.

 

La capacité émergente de ce stade est la formation d'un mythe personnel, le mythe de soi-même en train d'évoluer dans l'identité et dans la foi, en incorporant le passé et le futur que l'on peut anticiper dans une image de l'environnement ultime unifié par les caractéristiques de la personnalité.

 

Les dangers ou les déficiences de ce stade sont doubles :

 

Les attentes et les évaluations des autres peuvent être si profondes et si profondément sacralisées que l'autonomie de jugement future peut être détruite à la suite d’une trahison personnelle.

 

Cela peut donner lieu à un désespoir nihiliste à propos du principe d'un être personnel ultime ou encore à une intimité compensatoire avec Dieu déconnectée de toutes relations humaines.

 

Les facteurs qui contribuent à la panne du stade 3 et qui préparent la transition peuvent inclure :

 

 

q       des conflits sérieux ou des contradictions avec des sources d'autorités; des changements marqués par des leaders officiels, ou des politiques ou des pratiques que l'on avait conçue comme sacrées et inébranlables (par exemple dans l'église Catholique le changement de la messe en Latin dans la langue commune, ou alors ne plus s'abstenir de viande le Vendredi).

 

 

q       la rencontre avec des expériences ou des perspectives qui conduisait à une réflexion critique sur la manière dont ses propres croyances et valeurs se sont formées. Comment elles ont évolué et à quel point elles peuvent être dépendantes de son propre arrière plan ou groupe particulier.

 

 

q       Fréquemment l’expérience de "quitter la maison" - émotionnellement ou physiquement - ou les deux précipitent ce genre d'examen du soi, de l'arrière plan des et des valeurs fondamentales de la vie. Cet examen conduit à une transition à ce point.

 

 

10.    LE STADE 4 : INDIVIDUALISTE-REFLECHI (20 ANS – 40 ANS)

 

Le mouvement du stade 3 au stade 4 (Individualiste-Réfléchi) est particulièrement critique parce que c'est dans cette transition que l'adolescent ou l'adulte doit commencer de prendre ses responsabilités pour ses propres engagements, style de vie, croyances et attitudes.

 

Quand le mouvement vers le stade 4 est en cours la personne doit faire face à un certain nombre de tensions :

 

Individualité/être défini par un groupe ou à l'appartenance à un groupe, ce qui conduit à plusieurs tensions paradoxales :

 

 

 

Ø      subjectivité (la puissance de ce que l'on ressent fortement)/ l'objectivité et la nécessité d'une réflexion critique

 

Ø      réalisation de soi (actualisation de ses possibilités) comme premier objectif/ service et l'aide aux autres

 

Ø      le doute "suis je dévoué à quelque chose de très relatif combat au détriment d'un absolu ?"

 

Le Stade 4 apparaît le plus souvent chez des jeunes adultes (mais souvenons-nous que beaucoup d'adultes ne le construisent jamais et que pour un grand nombre de personnes il n'apparaît qu'à partir de 35 - 40 ans). Ce stade est marqué par un double développement.

 

Le soi, qui était soutenu auparavant dans son identité par un cercle de personnes significatives revendique maintenant une identité qui n'est plus définie par la composition des autres rôles ni par la relation aux autres. .

 

Pour soutenir cette nouvelle identité il est nécessaire de composer un schéma de pensée où la personne est consciente de ses propres limites et de ses connections internes et est sensible à sa "vision du monde".

 

Le Soi (identité) et la vision du monde sont différenciés de celle des autres et deviennent des facteurs reconnus dans les réactions, les interprétations, les jugements que l'on porte sur ses propres actions et celle des autres ; Il exprime ses intuitions qu'il existe une cohérence, un environnement ultime viables et qu'il signifie quelque chose.

 

C'est l'âge de la démythologisation. Il est possible de toucher un peu aux facteurs inconscients concernant les jugements et le comportement.

 

La force ascendante de l'Etape 4 c'est la capacité à la réflexion critique sur l'identité (le soi) et la perspective (l'idéologie).

 

Son danger réside dans sa force même : une confiance excessive dans la pensée consciente, dans la pensée critique et une sorte de second narcissisme dans lequel le nouveau soi s'assimile la "réalité" et les perspectives des autres à l'intérieur de sa propre vision du monde.

 

Sans repos avec les images du soi et les perspectives maintenues par le Stade 4, la personne qui est prête pour la transition se retrouve sous ce qu'elle ressent comme des voix intérieures.

 

Les éléments d'un passé enfantin, les images et les énergies d'un soi plus profond, un sens déchirant de la stérilité de la platitude et du sens de la vie. Les histoires, les symboles, les mythes et les paradoxes de quelques unes de nos traditions insistent sur la nécessité de dépasser les limites de la foi précédente. La désillusion de ses propres compromis et la reconnaissance que la vie est plus complexe que sa représentation.

 

La logique du Stade 4 - basée sur la claire logique, les distinctions et les concepts abstraits - conduit à une approche plus dialectique et plus complexe des différents niveaux de la vérité de la vie.

 

 

11.   LE  STADE 5 : CONJONCTIF (30 ANS – 50 ANS)

 

 

La foi Conjonctive implique l'intégration du soi et de son point de vue de ce que le stade 4 avait supprimé ou ne voulait pas voir à cause de ses propres certitudes et de son adaptation affective à la réalité.

 

Ce stade développe une "deuxième naïveté" dans lequel la puissance des symboles est acceptée et réunie avec des significations conceptuelles. Ici il peut y avoir à réformer et à retravailler le passé.

 

Il doit y avoir aussi une écoute, une ouverture aux voix de son "soi profond", ce qui implique une reconnaissance critique de son inconscient - les mythes, les images idéales et les préjugés profondément ancrés dans le système de valeurs à cause des contenus moraux et spirituels dispensés dans une classe sociale particulière, d'une tradition religieuse, d'un groupe ethnique.

 

Inhabituel avant la moitié de la vie, le Stade 5 connaît le sacrement de la défaite et la réalité des actes et des engagements irréversibles. Ce que le précèdent stade a combattu pour clarifier, en termes de limites de son point de vue, ce stade le rend maintenant poreux et perméable.

 

Réceptif aux paradoxes et aux vérités des contradictions apparentes, ce stade tend à réunir les opposés dans l'esprit et l'expérience. Il génère et accepte la vulnérabilité à ces "choses étranges" que sont les autres.

 

Il est prêt à expérimenter la proximité avec ce qui est différent et menaçant pour lui même ou sa vision du monde (cela inclut des nouvelles profondeurs de l'expérience de la spiritualité et de la révélation religieuse). Et avec le sérieux qui peut émerger quand la vie est plus qu'à sa moitié, ce stade est prêt à se dépenser pour la cause de la conservation et de l'identité des autres.

 

La nouvelle force de ce stade vient dans l'émergence d'une imagination ironique - une capacité à voir et à se reconnaître dans l'un de ses groupes ou dans ses croyances les plus profondes, tout en reconnaissant qu'elles sont relatives, partielles et qu'elles déforment inéluctablement la réalité ultime.

 

Son danger réside dans la direction d'une passivité paralysante ou inaction laissant place à la complaisance ou au retrait cynique, dû justement à cette compréhension paradoxale de la vérité.

 

Le Stade 5 peut apprécier les symboles, les mythes et les rituels (les siens et ceux des autres) parce qu'il a pu appréhender, en quelque mesure, la réalité de ce à quoi ils se référent. Il voit aussi les divisions de la famille humaine de manière très vive parce qu'il a été saisi par la possibilité (et l'impératif) d'une communauté inclusive des êtres. Mais ce stade reste divisé, il vit et agit entre un monde non transformé et une vision transformante du monde et des loyautés. Dans quelques cas cette division conduit à une actualisation radicale que nous appellerons Stade 6.

 

 

12.    LE STADE  6 : L’UNIVERSALISATION

 

 

Pour caractériser le stade 6 nous devrions nous intéresser aux caractéristiques paradoxales du stade 5. Le stade 5 voit l'injustice de manière particulièrement aiguë car il a acquis une compréhension élargie des exigences de la justice et de leurs implications. Il peut reconnaître des vérités partielles ainsi que leurs limitations parce qu'il a une vision plus compréhensive de la vérité. Il peut apprécier et chérir des symboles, des mythes et des rituels parce qu'il a compris, en quelque mesure, la profondeur de la réalité auxquels les symboles se référent et ce à quoi ils conduisent. Le stade 5 voit les fractures et les divisions de la famille humaine avec une douleur vive car il est pris par la possibilité d'une communauté inclusive.

 

Le stade 5 reste paradoxal ou divisé parce que le soi est pris entre l'appréhension universelle et le besoin de se préserver ou de préserver son propre bien-être. Ou parce qu'il est profondément investi dans la nécessité de maintenir l'ordre ambigu du système socio-économique.

 

Dans cette situation de paradoxe le stade 5 doit agir et pas être paralysé. Mais le stade 5 témoigne des loyautés en conflit. Il est prêt à se dépenser pour trouver ses limites dans la loyauté à l'ordre présent, à ses institutions, à ses groupes et à leurs procédures de compromis.

 

La perception de la justice du stade 5 rejoint sa capacité à se sacrifier et de défier la justice partielle de l'ordre présent pour le salut d'une justice plus inclusive et la réalisation de l'amour.

 

La transition au stade 6 implique un dépassement de ce paradoxe, les Personnes décrites dans le stade 6 exhibent les qualités que peuvent déranger notre sens usuel de la normalité. Leur peu d'intérêt pour leur propre préservation et la vivacité de leur goût pour des vérités morales ou transcendantes donnent à leurs actions une qualité extraordinaire et souvent imprévisible.

 

Dans leur dévouement à une compassion universelle elles peuvent offenser notre très paroissial sens de la justice...

 

Et leurs initiatives comme leaders, qui impliquent souvent des stratégies non violentes constituent des affronts à notre sens de la pertinence habituel. Ce n'est pas tout à fait un hasard si à un degré d'achèvement les personnes décrites par le stade 6 deviennent les martyrs des causes qu'elles incarnent.

 

Le Stade 6 est excessivement rare.

 

 

13.   FORME ET CONTENU - STADE DE FOI ET CONVERSION

 

 

Qu'est ce que la conversion ?

 

 

La conversion a quelque chose à voir avec les contenus de la foi ; c'est "une transformation soudaine de la loyauté d'une personne, de ses schémas de vie et de ses centres d'énergie". (Lewis Rambo)

 

La conversion est et un recentrage significatif des images précédentes, conscientes ou inconscientes, de se valeurs et l'adoption consciente d'un nouveau jeu d'histoires maîtresses avec le but de réformer sa propre vie à l'intérieur d'une nouvelle communauté d'interprétation et d'action.

 

La conversion, comprise de cette manière peut arriver dans n'importe lequel des stades de la foi ou dans n'importe laquelle des transitions entre elles

 

Nous pourrions dire qu'il existe :

 

1.  Des changements de stade sans conversion : comme quand une personne née dans une famille orthodoxe et qui a grandi dans la riche tradition des rituels et de l'histoire et qui se réapproprie tous ses centres de dévouement, de valeur, d'observance.

 

 

2.  Des Conversions sans changement de Stade, un activiste marxiste (stade 4) qui devient chrétien (stade 4), l'Apôtre Paul (Stade 4- Extrêmement critique dans le Judaïsme- devenant chrétien, manifeste dans l'épître aux Galates un "ou bien"/"ou bien" caractéristique du stade 4, les épîtres ultérieures – (Philippiens) le montrent aussi net mais moins tranché (stade 5).

 

 

3. Une conversion qui précipite un changement de stade de foi, quand un Synthétique-Conventionnel humaniste ordinaire se passionne pour l'existentialisme de Sartre et Camus, ce qui l'oblige à repenser tous ses engagements et son style de vie.

 

 

4. Un changement de stade de foi qui précipite une conversion - comme quand un Hindouiste synthétique conventionnel (Stade 3) ne trouve plus de repos dans les traditions religieuses de sa famille. Il passe du temps à critiquer ses fondements intellectuels et spirituelles et trouve dans la théologie chrétienne les contenus qui correspondent mieux à ses structures de pensées et aux critères de vérité qu'il a construits pour lui-même.

 

 

5. Une conversion qui va de pair - main dans la main - avec un changement d'état structurel, comme quand un psychiatre agnostique humaniste entame la transition du stade 4 au stade 5 et trouve dans les images adaptées, les rituels, les techniques de spiritualité et le soutien de la communauté au travers de son engagement dans la foi chrétienne.

 

 

6. Une conversion qui évite la douleur des changement de stades de foi - ou quand un garçon ou une fillette de 7 à 10 ans est conduit, dans un environnement chrétien fondamentaliste, à une puissance expérience de conversion qui lui apporte l'assurance de son pardon et de son salut quand l'enfant a été convaincu de son péché par des images destructives de l'enfer.

 

 

Une telle conversion peut conduire à ce que Philip Helfaer a appelé "formation précoce de l'identité" dans laquelle l'enfant adopte prématurément les formes de la foi adulte qui est développée dans son église.

 

Dans de tels cas l'enfant, au cours de sa croissance, qu'il soit garçon ou fille, ne traverse pas de crise d'identité adolescente. Et à moins d'une rupture fulgurante avec ces images forgées de l'identité de la foi au stade jeune adulte, la personne reste dans cette étape pour la vie.

 

 

14.   DISTRIBUTION SOCIOLOGIQUE DES INTERVIEWES

 

 

Des 329 personnes qui faisaient partie de ses interviewés :

 

 

  • 45%    étaient Protestantes
  • 36,5% étaient Catholiques Romaines
  • 11,2% étaient Juives
  • 3,6%   étaient Orthodoxes
  • 3,6%   étaient d’une autre religion.

 

 

 
 
 

Informations détaillées

  Auteur: Christian Collas
  Editeur:
  Langue: français
  Année: 2002
  Ajouté le: 10-03-2004

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