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L'ÉVOLUTION DE LA FOI ET
LA RELATION D'AIDE Mémoire bibliographique présenté par Christian Collas dans le cadre de la formation de praticiens en relation d'aide chrétienne avec Jacques Poujol et Cosette Fébrissy à Paris, année 2003-2004 TABLE DES MATIÈRES Introduction : le Problème Les
limites de l'étude La
déontologie du conseiller Les
limites du conseiller Les
Limites ecclésiales Les
Enjeux Le
But de la relation d'aide I. Les Stades de la Foi
(James W. Fowler) I.1.
Définition de la Foi : I.2.
La Foi, La religion et la croyance I.3.
Foi et Relations I.4.
Foi et imagination I.5.
L'enfance et la foi indifférenciée I.6.
Stade 1 : Intuitif-Projectif (2 ans- 6 ans) I.7.
Stade 2 : Mythique littéral (7-12 ans) I.8.
Stade 3 : Synthétique conventionnel (12-20 ans) I.9.
Stade 4 : Individualiste-Réfléchi (20-40 ans) I.10.
Stade 5 : Conjonctif (30-50 ans) I.11.
Stade 6 : Universalisation I.12.
Forme et contenu - Stade de Foi et conversion I.13.
Distribution sociologique des Interviewés II. Les Transfuges (Alan
Jamieson) II.1.
Les Déçus II.2.
Les Exilés réfléchis II.3.
Explorateurs de transition II.4.
Trouveurs de voie intégrés III. Un Contrat
d'accompagnement ? III.1.
La foi qui empêche d’évoluer III.2.
La crise de foi qui est en cours III.2.1
L'interprétation des données de base III.2.2
Le deuil de l'appartenance communautaire III.2.3
Le deuil des croyances communautaires anciennes III.2.4
L'adoption de nouvelles croyances III.2.5
L'adoption d'une nouvelle communauté III.3.
Une expérience d’accompagnement de la crise Conclusion : Accompagner des trajectoires prévisibles ? Annexe A : Dix mythes à propos de ceux qui quittent les
églises Mythe
n° 1 : On quitte seulement les églises traditionnelles Mythe n° 2 : Les gens qui quittent sont des jeunes adultes, de la frange de nos églises et les gens qui ne sont pas dans l'église depuis longtemps Mythe
n° 3 : Ceux qui ont des enfants ne quittent pas l'église Mythe
n° 4 : Si maman et papa vont à l'église, leurs enfants iront
à l'église aussi Mythe
n° 5 : Les gens qui quittent manquent de consécration Mythe
n° 6 : Les gens qui quittent n'ont pas de fondements solides dans la foi Mythe
n° 7 : Ils ont quitté car les gens de nos jours sont trop
stressés Mythe
n° 8 : Ils quittent à cause de désaccords personnels avec les
leaders de l'église Mythe
n° 9 : Ils reviendront Mythe
n°10 : Ils sont rétrogrades et abandonnent la foi Annexe B : Les témoignages de ceux qui ont quitté
l'église Homme
37 ans Femme
43 ans Femme
70 ans Homme
70 ans Homme
44 ans Femme
36 ans Couple
(Homme 64 ans - Femme 60 ans) Homme
25 ans Femme 53 ans INTRODUCTION : LE PROBLÈME Comment accompagner l'évolution de la foi dans le cadre de la relation d'aide ? Aborder la question de la foi en relation d’aide nous oblige à un positionnement rigoureux afin :
Les questions que se pose ce mémoire et auxquelles il tente de répondre sont plus modestes elles sont plutôt d’essayer de poser des questions simples et d’y répondre.
LES LIMITES DE L'ÉTUDE Cette étude est d’abord une compilation bibliographique d’origine anglo-saxonne d’auteurs qui ont travaillé sur ce sujet. Le sujet est de nature systématique et à l’origine relève de la sociologie. La partie bibliographique est centrée sur des auteurs suivants (elle n’est pas exhaustive):
« Le thérapeute œuvre pour
aider le client à atteindre une autonomie dans sa vie, lui donner la
possibilité de prendre ses décisions et d’opérer des
changements en accord avec ses propres croyances et valeurs. Il respecte le
choix du client. »
Extrait de la charte du site de relation d’aide professionnelle http://www.relation-aide.com
Cette déontologie amène - de fait - le conseiller à se placer à l’extérieur du système de valeurs de son client. Sa posture est importante car il ne saurait encourager implicitement son client dans des comportements et des croyances destructrices. Les limites du conseiller peuvent être sa formation théologique, peut-il entendre la souffrance qui se cache derrière une affirmation théologique « hérétique » ou un rejet du « système évangélique » ? A-t-il suffisamment de connaissances des autres systèmes théologiques et modes de pensée du christianisme trinitaire d'origine nicéenne ? Est-il légitimé par le client dans ce rôle, l'accompagnement spirituel fait il partie du contrat de relation d'aide passé avec ce client là ? (Dans ce cas cela devient un contrat spirituel). Les limites ecclésiales sont les limites fixées
Certaines évolutions de la foi sont impensables sans prendre du recul et pour sélectionner ses croyances. LES ENJEUX : LE BUT DE LA
RELATION D'AIDE La relation d’aide « fonctionne » parce que le client est – ou devient - adulte, responsable de sa vie, de ses valeurs et de ses croyances. Les croyances religieuses sont elles exclues du champs ? Le faible nombre d'études systématiques disponibles en langue française m'a conduit à me tourner vers des sources anglo-saxonnes qui font autorité dans le domaine. De ces sources sont les travaux de James Fowler (Théologien méthodiste américain) et Alan Jamieson (Pasteur baptiste Néo-zélandais et docteur en sociologie). La première partie du mémoire résume le modèle de Fowler qui traite de l'évolution de la foi. Dans la deuxième partie seront exposés les travaux d'Alan Jamieson, sur des situations extrêmes : des gens qui ont quitté des églises, Pentecôtistes, Evangéliques et Charismatiques et n'y sont pas retournées (En Nouvelle Zélande). Elles sont appelées EPC par la suite. Elles correspondent à ce que nous appelons en France, aux Evangéliques (toutes tendances confondues). Ce sont là des situations extrêmes qui ont été exposées. Des situations dans laquelle la rupture entre le chrétien et son église d'origine a été consommée. I. LES STADES DE LA FOI (JAMES W. FOWLER)
James W Fowler : Professeur à l'université de Harvard (Théologie), spécialiste du développement Psychologique, est actuellement à la tête du département d'éthique et des politiques publiques à l'université d'Emory. Nous pourrions
tous nous poser la question : - A quoi passons nous notre temps ? Qu'est-ce
qui commande et qui reçoit le meilleur de notre temps, de notre
énergie ? - Pour quelles causes, quels rêves,
quels buts ou à quelles institutions êtes vous prêts
à consacrer où à donner votre vie ? - Quand vous vivez votre vie au jour le
jour, quel pouvoir ou quelles puissances craignez-vous le plus ? - A quoi ou à qui êtes-vous
dévoué dans la vie ? Dans la mort ? - Avec qui ou avec quels groupes partagez-vous
vos espoirs les plus sacrés pour vous et pour ceux que vous aimez? - Quels sont vos espoirs les plus
sacrés, les plus irrésistibles de vos buts dans la vie ? Toutes ces questions sont des questions de foi. Elles ont pour but de nous maintenir en contact avec les processus bien définis par lesquels nous trouvons du sens à la vie. La foi n'est pas nécessairement religieuse dans son contexte. Répondre à ces questions sérieusement ne signifie pas obligatoirement nous exprimer en terme de consécration religieuse ou de croyance. La foi est ce qui fait bouger la personne ou le groupe à l'intérieur de la vie. C'est notre façon de trouver de la cohérence et de donner du sens à toutes les forces et à toutes les relations qui façonnent nos vies. La foi est la manière qu'a la personne de se voir en relation avec les autres par rapport à un arrière-plan partagé de valeurs communes. Nous constatons que - chez les espèces les plus proches de nous du règne animal – les animaux sont dotés de plus d'instincts que nous n'en possédons, que ce soit à propos de la saison des amours, de la recherche de nourriture, de la constructions de nids ou de fosses, de s'occuper des jeunes, toutes ces occupations sont programmées beaucoup plus fortement chez les chimpanzés que chez nous… Mais - à ce que l'on sait jusqu'ici - aucune de ces créatures ne porte le fardeau de la conscience de soi ou ne cherche par quel moyen il peut donner du sens à sa vie. La foi est un concept humain universel, avant que nous ne soyons religieux ou irréligieux, avant même que nous en arrivions à nous considérer comme Catholiques, Protestants, Juifs ou Musulmans, nous sommes déjà engagés dans des problèmes de foi. Que nous devenions non croyants, agnostiques ou athées nous sommes concernés par ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue. Le plus souvent nous recherchons à aimer et à être aimé, à honorer et à respecter ce qui a le pouvoir de soutenir notre être. I.2. LA FOI, LA RELIGION ET LA CROYANCE Wilfred Cantrell Smith dans « The meaning and end of Religion”
propose une première distinction entre foi et religion : Il parle des religions comme des traditions cumulatives, il suggère de voir ces traditions cumulatives comme toutes les expressions de la foi des personnes du passé, cela inclut les récits, les mythes, les prophéties, les comptes-rendus le la révélation ; cela peut aussi inclure les symboles visuels ou non, les traditions orales, les danses, les enseignements éthiques, les théologies, les confessions de foi, les rites, les liturgies, l'architecture ainsi qu'un grand nombre d'autres éléments. Comme une galerie d'art, une tradition cumulative vivante intéresse nos contemporains et devient ce que Smith appelle « la cause mondaine » qui réveille la foi. La foi, qui est plus profonde et plus personnelle que la religion, est la manière dont la personne répond aux valeurs transcendantes et à la puissance telle qu'elle l'a perçue au moyen des formes de la tradition cumulative. La foi et la religion, de ce point de vue, sont dynamiques et réciproques, chacune grandit ou est renouvelée en interaction avec l'autre. La tradition cumulative est renouvelée de manière sélective et son contenu est capable de réveiller et de former la foi des nouvelles générations. Comme ces éléments deviennent significatifs de la foi de nouveaux adhérents, la tradition s'étend, se modifie et gagne de la vitalité. C'est là la situation idéale. Mais un observateur astucieux fera remarquer que la relation entre la foi et la religion est très problématique aujourd'hui. « La foi doit être religieuse ». En fait - les affres de la foi se forment et se maintiennent chez des personnes qui n'ont pas d'accès utilisables à une tradition cumulative religieuse fiable. La croyance est le « nous tenons à certaines idées ». La croyance, dans le domaine de la religion, est issue de nos efforts pour traduire nos expériences et nos relations à la transcendance (Dieu) par des concepts ou des propositions. La croyance peut être une des manières dont la foi s'exprime. Mais on n'a pas la foi dans une proposition ou un concept. La Foi est une relation de confiance et de loyauté à la transcendance (Dieu) au sujet de laquelle nos concepts et nos propositions sont façonnés. Dans les sens anciens le langage de la foi n'est pas ce qui correspond à notre terme moderne de croyance. Mieux, la foi implique un alignement du cœur, de la volonté ; un engagement de la loyauté et de la confiance. L'Hébreu (aman he'min) le Grec (pistuo, Pistis) et le latin (credo, credere) ne peuvent avoir pour sens leur sens moderne. Pour le Juif ou le Chrétien de l'antiquité dire « je crois qu'il y a un Dieu » ou « je crois que Dieu existe » aurait été étrange et absurde. L'existence de Dieu était considérée comme garantie et ce n'était pas un sujet de débat. Les Anciens auraient dit :
« Etant donné la
réalité de Dieu comme un fait de l’univers, je proclame
donc que j'y consacre ma vie, en faisant serment d'amour et de
loyauté ». Aujourd'hui ce serait plutôt « Etant donné l'incertitude que Dieu est incertain, c'est une donnée de la vie moderne, et les rapports de x, y, z déclarent que l'Idée de Dieu fait partie des mobiliers de sa pensée ». C'est un glissement de sens qui est relié à un mouvement culturel plus vaste, on l'appelle « sécularisation », « désenchantement religieux » ou « modernité ». Il a réduit la connaissance à ce qui est démontrable empiriquement, subordonné l'esthétique et l'éthique à ce qui marche, il en est venu à voir la foi comme une croyance ou un système de croyance et - dans ce qui passe pour de la tolérance ou de la compréhension - maintient une attitude de relativisme dogmatique en ce qui concerne la vérité ou la pertinence de tous ces « systèmes de croyances ». C'est peut-être un peu caricatural mais beaucoup de personnes religieuses ou croyantes ont accepté de réduire la foi à un accord donné à un « système de croyance ». C'est très visible quand des Occidentaux rencontrent des gens d'une autre religion, la question « que croyez vous ? » signifie en fait : « A quoi votre cœur est il consacré ? A quelle vision du monde et des relations avec les gens êtes vous loyal? Quels sont vos espoirs et qu'est ce qui vous fait bouger et vous encourage à structurer votre vie ? » Il y a un divorce entre toutes ces
conceptions de la Foi et les conclusions que Smith propose sont : 1. La Foi, plus que la croyance ou la religion est une des catégories les plus fondamentales de la recherche de l'homme pour sa relation à la transcendance. La Foi est générique, une composante universelle de la vie humaine on peut la reconnaître au travers des contenus et des formes des pratiques religieuses et de croyance. 2. Toutes les traditions religieuses étudiées parlent de la foi et rendent apparent le même phénomène. Dans chaque cas la foi implique un alignement de la volonté, un repos du cœur, un accord avec une vision des valeurs transcendantes, une consécration ultime. 3. La Foi, comprise de manière classique n'est pas une dimension séparée de la vie, une spécificité bien compartimentée. La Foi est une orientation totale de la personne, qui donne un but et des objectifs ses espoirs, ses pensées et ses actions. 4. L'unité et la reconnaissance de la foi - en dépit des milliards de variantes de religions et de croyances - soutient la théorie de la relativité religieuse selon laquelle les religions et la foi qu'elles évoquent sont vues comme notre appréhension relative à ce qui est universel. Cette compréhension rejette le relativisme (l'idée que les affirmations religieuses et les expériences n'ont pas de sens au delà des bornes de la communauté qui les détient) et sert d'aiguillon pour poser la question de la vérité et l'étude de la foi. Les relations se structurent dans une « famille » entre trois pôles : le Soi, les Autres, les Valeurs Communes Partagées. Entre le Soi et les Autres il y a des relations d'appréciation, d'amour d'intérêts. Et nous appartenons tous à plusieurs groupes. Comment donc s'identifie la Foi, en fonction des différents groupes auxquels nous appartenons. Une jeune fille parle de son
fiancé « Il est formidable. Il fait de la
plongée sous-marine, du moto-cross, du banjo dans le style blue-grass,
il écrit des poèmes, et il fait du Gupta Yoga » . Ce jeune homme est un polythéiste. Le polythéiste trouve son intérêt dans des sources mineures de valeur et de puissance. Mais ces engagements peuvent être changeants, ils bougent d'un groupe à l'autre souvent avec des discontinuités et des changements de direction. D'autres polythéistes restent en retrait, ces personnes ne semblent pas apporter de passion à leurs relations où à leurs engagements. Elles conservent une sorte de réserve. La plupart d'entre nous sommes plus polythéistes que nous ne le pensons, c'est un peu le résultat du mythe dominant de notre société - que nous devrions expérimenter tous nos désirs, posséder ce que nous désirons et entrer en communication intime avec qui nous voulons, Une autre forme d'identité : « Le chirurgien le plus stressé de la clinique vient parler à son ami pasteur, il lui parle des pressions de sa vie de son stress professionnel, et des problèmes familiaux qu'il traîne.» Et son ami lui demande « Mais qu'est-ce que tu es quand tu n'es pas un Docteur ? » et il lui répond « Mais je suis TOUJOURS un docteur »… « Oui » répond le pasteur « et c'est là que réside le problème ». La question du pasteur n'est pas neutre, il constate que son ami a une foi hénothéiste centrée sur son travail. L'hénothéisme (héno : « un », théos : « dieu ») suggère un Dieu unique pour soi-même ou la tribu sans prétendre qu'il est le seul Dieu. On peut utiliser le terme hénothéiste pour caractériser une foi et une identité qui s'investit sur un seul point pour trouver une identité et un système de pensée cohérent. Mais ce centre est inapproprié, ce dieu hénothéiste est - finalement - une idole. Cette foi hénothéiste peut conduire à honorer l'image de nos propres projets mais elle peut aussi conduire - sous des formes plus éthiques - à des institutions ou à des causes qui ne sont pas des causes finales, les gens les aiment pour plus qu'ils ne valent. Les Nations, Eglises, Universités, Partis Politiques, Libération des Minorités, les philosophies et les mouvements idéologiques sont tous potentiellement des sources hénothéistes de valeur et de pouvoir. La troisième forme de la foi est le monothéisme, « la doctrine ou la croyance qu'il n'y a qu'un Dieu » (commune au Judaïsme, au Christianisme et à l’Islam). Ce type de monothéisme implique la loyauté à son principe et à la source et au centre de toutes valeurs et de pouvoir. Le monothéisme n'est pas la négation des autres centres de valeur et de pouvoir, il implique seulement leur relativisation. Dans le monothéisme radical, les gens sont en relation les uns avec les autres et avec un centre inclusif de valeur et de pouvoir. Le monothéisme radical appelle les hommes à s'identifier à une communauté universelle. Cela ne nie pas les autres appartenances. Nous pourrions dire que la Foi est notre manière de discerner et de nous consacrer au centre même de nos valeurs et des puissances qui exercent une influence normative sur nos vies. La poésie et l'imagination y tiennent beaucoup de place. La Foi comme processus et imagination est réveillée et formée par toutes ces interactions avec les images, les symboles, les rituels et les représentations, tout ce que nous disons avec conviction, dans le langage de la vie courante, avec lesquels nous apprenons et comprenons. La foi alors est un mode actif de connaissance, de composer un ressenti ou une représentation de nos vies prises comme un tout. Elle unifie nos vies. Comme image il faut comprendre que l'image, pour être formée n'attend pas la conscience. L'image unifie l'information et les sentiments. L'image est antérieure et première, elle est avant la pensée. Quand on nous demande ce que nous pensons ou savons à propos de quelqu'un alors nous nous rappelons nos images de qui implique à la foi une formation et une information, nous savons ce que nos images savent. La foi structure une image de l'existence comme un tout Les métaphores, les symboles, les idées, les concepts et toutes les sortes de représentation nous servent à exprimer et à les partager. Les images religieuses prouvent qu'elles sont des témoins vivants de véritables images. Les symboles Juifs et Chrétiens du Royaume de Dieu, par exemple, réveillent en nous l'image d'un environnement ultime, réconcilié en vertu de Dieu qui règne comme créateur, juste juge et rédempteur-libérateur. L'imagination ne doit pas être confondue avec le fantastique ou le « faire croire » ou la subjectivité. Les images que la foi compose ne sont pas statiques. Il est possible par des recherches de prévoir que nous puissions identifier les points fondamentaux dans ce que la foi imagine et la manière dont les images de la foi interagissent avec les modes d'expression Mais quand nous sommes dans l'expérience, saisis par la vision d'un centre de valeur ou de puissance plus lumineux, plus inclusif et plus vrai que celui auquel nous nous sommes dévoués, nous expérimentons la nouveauté comme un ennemi qui va détruire « notre dieu ». Alfred North Whitehead a
écrit « La
Religion est la Transition de Dieu le Vide à Dieu l'Ennemi à Dieu
le Compagnon ». Seule la mort de notre précédente
image de Dieu peut permettre à une nouvelle et plus adéquate
d'émerger. (On passe de Dieu que l'on ne peut concevoir à un Dieu
ennemi des petits dieux - nations centres de valeurs, à un Dieu
compagnon dont on reconnaît les bienfaits). Ainsi le "doute"
fait partie de la foi. Nous pouvons rencontrer ce
dilemme dans le livre de Richard Rubinstein « After Auschwitz »
le dilemme est ainsi représenté : « Après que six millions
de Juifs soient morts dans l'holocauste, les survivants peuvent-ils encore
reposer leur cœur sur un dieu qui leur a assigné une place dans
l'histoire et qui a appelé Israël à une alliance dans
laquelle Dieu est fidèle ? » On peut ne pas avoir de vision unifiante - oui certains d'entre nous n'en ont pas, cela ne veut pas dire que l'on n'ait pas de foi, cela veut dire que l'image de la foi est plus impersonnelle, chaotique, indifférente ou hostile. L'opposé de la foi n'est pas le doute, mieux l'opposé de la foi, c'est le nihilisme, l'incapacité à se projeter et à projeter aucune image et ainsi de désespérer de l'impossibilité de toute signification. I.5. L'ENFANCE ET LA FOI
INDIFFERENCIÉE Nous commençons tous le pèlerinage de la foi comme des petits enfants. Après la symbiose de la vie prénatale nous sommes projetés dans un nouvel environnement dans lequel nous avons des capacités potentielles mais pas encore viables. Pendant neuf mois après la naissance, nous dépendons encore plus de ceux qui nous ont accueillis à la naissance que les autres mammifères. Nous sommes merveilleusement adaptés pour ce nouveau monde mais l'activation et l'élaboration de nos capacités d'adaptation dépend des progrès de notre maturité globale et de la manière dont les personnes qui nous ont accueillis s'occupent de nous. S’il n'y a pas assez de stimulation et de communication, nos capacités relationnelles peuvent être sévèrement retardées ou non activées. A 7-8 mois il se passe une prise de conscience, la connaissance des objets de notre environnement qui nous séparent de soi et des autres. A 7 ou 8 mois nous formons et retenons les seules images mentales des objets manquants, et nous sommes en train d'apprendre que nous sommes séparés de ceux que nous aimons et nous avons besoin de nous sentir au centre des « autres ». Cette chute est un traumatisme et nous expérimentons la première anxiété : se souvenir de la mère quand elle est absente et la panique quand on se demande si elle va revenir. Cette panique est si sévère qu'elle est réprimée par nos premières défenses psychiques et « oubliée ». Cet oubli « sain » est permis par le retour en temps et heure de la mère ou de la personne qui donne des soins. Au retour quand la personne revient, appelant le bébé par son nom, le bébé est confirmé dans son bien-être et remis au centre du monde au milieu d’objets séparés. Cette expérience de confiance/défiance forme notre première expérience de Dieu. On peut l’appeler une pré-image car elle se forme avant le langage. La force émergente de la foi à ce stade est la relation mutuelle de confiance qui se forme avec la ou les personnes qui donnent de l'amour et de l'attention. Une déficience à ce stade peut donner deux résultats possibles : soit un narcissisme excessif dans laquelle l'expérience d'être « central » continue à dominer et à tordre l'échange, ou bien l'expérience d'être négligé peut bloquer l'enfant dans des comportements d'isolement. La Transition au Stade 1 commence avec la convergence de la pensée et du langage, introduisant l'usage des symboles dans le discours et les jeux rituels. I.6 LE
STADE 1 : INTUITIF-PROJECTIF (2 ANS - 6 ANS) A cet âge de la convergence de la pensée et du langage (stade sensori-moteur de Piaget). L'enfant à cet âge utilise les nouveaux outils du discours et commence à nommer les objets. Avec des mots et des noms, ils explorent le monde et leur phrase favorite est « pourquoi ? » et cela peut conduire les parents à bout. Si on observe la relation parent-enfant on se rend compte que la logique qui produit les questions n'est pas la même que celle qui produit les réponses. Aussi on ne peut pas donner de réponses satisfaisantes aux questions. La pensée de l'enfant n'est pas réversible, les relations de cause à effet sont ignorées. L'enfant comprend comment les choses fonctionnent mais cette compréhension est dominée par des perceptions inexpérimentées et par les sensations issues des perceptions. Les enfants montent un égocentrisme cognitif, mais ils ne sont pas capables de coordonner et de comparer deux perspectives différentes du même objet, ils assument simplement sans aucun problème que le point de vue qu'ils ont sur un phénomène est la seule perspective disponible. Cela veut dire que beaucoup de conversations entre enfants intuitifs-projectifs ont le caractère de doubles monologues. Interviewer : Quand tu te comportes mal
est-ce que Dieu le sait ? Freddy : Oui il fait le tour du monde en un
jour. Interviewer: Vraiment ? Comment le fait-il
? Freddy : Il le fait car il est malin. Interviewer: Il est malin ? Comment fait-il
pour faire le tour du monde en un jour? Freddy : Oh - Il se sépare ou il
peut être comme un Dieu. Interviewer : Il peut se diviser en
beaucoup de choses ? Freddy : Oui Interviewer : Il n'y a rien d'autre qu'il
ne puisse faire ? Freddy : Il peut seulement faire les choses
qui sont bonnes, pas les mauvaises, Dieu n'a jamais dit un mensonge de toute sa
vie. Interviewer : Jamais ? Freddy : Jamais !! L'étape 1 dans la connaissance de Dieu combine des fragments d'histoires reçues à partir de leur environnement. Ces histoires et ces images leurs sont données par leur culture ou leur environnement. C'est une formation éclectique, ils captent les relations qui existent entre Dieu et le sacré. Les enfants de milieux antireligieux ou non religieux montrent des tendances similaires quoique la source de leurs images et symboles puisse être plus limitées. James Fowler mentionne le cas d'une enfant (4 - 5 ans) dont les parents ont fait tous leurs efforts pour éviter de l'exposer à des symboles religieux et qui peut parler de la foi en Dieu : Sally : Quelquefois j'ai cru en Dieu mais
mon père et ma mère n'ont jamais cru en dieu Interviewer : Pourquoi crois-tu en
Dieu ? Sally : Parce que dans les spectacles de
télévision ils croient en Dieu : comme dans les dessins
animés pour enfants de l'église luthérienne
« Davey et Goliath ». Interviewer : est ce que Dieu est
réel pour toi ? Sally : Ummm - Oui. Quelquefois je pense
qu'il est réel Interviewer : A quoi est-ce qu'il ressemble ? Sally : Il ne ressemble à rien de
connu. Il est tout autour de vous. Les sources de la connaissance de Dieu auxquelles Sally se réfère incluent les scènes de mariage et de funérailles qui sont éventuellement comprises dans les westerns. On a remarqué que malgré la sécularisation croissante de notre société, aucun enfant n'atteint l'âge scolaire sans avoir construit - avec ou sans instruction religieuse - une image de Dieu. Il y a beaucoup d'imagination dans la foi, les contes de fées (Bettelheim) apportent des symbolisations puissantes et précieuses pour les terreurs de l'enfant, pour les fantasmes violents qu'il porte avec une culpabilité secrète. A 3 ou 4 ans l'enfant développe une peur de la mort, spécialement la peur de la mort d'un parent. Il commence à comprendre que les adultes ont intériorisé des tabous et des interdictions qui tournent autour des choses mystérieuses et attirantes : le sexe et la religion. Le réalisme des contes des fées et de beaucoup de récits bibliques fournit des moyens indirects mais efficaces pour exprimer leurs anxiétés secrètes et trouver des images et des récits où ils peuvent se reconnaître et structurer leur vie. Pour chaque enfant à qui les parents ont raconté des histoires religieuses, des images et des symboles qui prouvent l'ouverture à la vie, l'amour, la foi et au courage, il y en a au moins un pour lequel l'introduction de la religion, faite avec la même puissance, a donné naissance à la peur, la rigidité et la brutalisation de l'âme. Il y a des groupes religieux qui soumettent les enfants Intuitifs-Projectifs à une prédication et à un enseignement qui met l'accent sur la puissance inexorable du diable, le péché de tous les gens qui sont sans Christ, l'enfer et ses tortures éternelles et atroces qui attendent les non repentants. Cette prédication provoque une
expérience de conversion chez les enfants à l'âge de 7 ou 8
ans. Il s'ensuit le risque grave que l'enfant soit conduit à une
"identité de formation précoce", dans laquelle l'enfant
adopte l'identité et la foi du groupe religieux. Devenu adulte on verra
l'émergence d'une personnalité rigide, fragile et autoritaire. La foi de Stade 1 est la foi remplie d'imagination, une phase d'imitation dans laquelle l'enfant peut être de manière puissante et permanente influencé par des exemples, des actions et des histoires de la foi visibles et des adultes avec qui il a été en relation premièrement. Ce stade - typique des enfants de trois
à sept ans - est marqué par la fluidité des schémas
de pensée. L’enfant rencontre des nouveautés en permanence
pour lesquelles les modes de connaissance ne sont pas formés.
L'imagination n'est pas restreinte et pas inhibée par la pensée logique.
C'est le stade de la conscience de soi, l'enfant est égocentrique,
compte tenu des perspectives des autres. Nous trouvons les premières
prises de conscience de la mort et du sexe et de tous les tabous qu'utilisent
les cultures et les familles pour isoler ces zones. La force émergente de ce stade est la naissance de l'imagination, la capacité d'unifier et de capter l'expérience du monde, de la transformer en images puissances et en histoires qui avertissent la compréhension de l'enfant (intuitive) des conditions ultimes de l'existence. Les dangers de stade apparaissent dans la possible "possession" de l'imagination de l'enfant par des images non contrôlées de terreur et de destruction ou des pressions volontaires et involontaires sur son imagination pour renforcer ses tabous ou ses attentes doctrinales et morales. La transition au stade suivant passe par l'émergence d'une pensée opérationnelle. Du point de vue affectif : la résolution de l'Œdipe est un important facteur d'accompagnement. Au cœur de la transition est l'intérêt croissant de l'enfant pour savoir ce que les choses sont et pour clarifier les bases des distinctions entre ce qui est réel et ce qui semble seulement l'être. I.7
LE STADE 2 : MYTHIQUE LITTÉRAL (7 - 12 ANS) Le stade mythique littéral est le stade dans lequel la personne commence à intérioriser les histoires, les croyances, les rituels et les observances qui symbolisent son appartenance à la communauté. Elle s'approprie les croyances avec une interprétation littérale, ainsi que les règles morales et les attitudes. Les symboles sont compris de manière unidimensionnelle et de signification littérale. A ce stade l'émergence des opération concrètes conduit au façonnement et à la mise en ordre de la composition du monde acquise dans le stade précédent. Le caractère épisodique de la foi Intuitive-Projective laisse la place à une construction plus linéaire, plus cohérente. L''histoire devient la voie royale qui donne de l'unité et de la valeur à l'expérience. C'est le stade de la foi des élèves de l'école (Quoi que nous puissions trouver cette structure dominante chez des adolescents ou des adultes). Marqués par un intérêt accru pour les points de vue des autres, ceux qui sont dans le Stade 2 se composent un monde fondé sur la gentillesse et l'amabilité réciproque ainsi que sur un sentiment de la justice immanente fondé sur la réciprocité. Les acteurs de leurs histoires cosmiques sont anthropomorphes. Ils peuvent être profondément impressionnés par des matériaux symboliques ou dramatiques et peuvent décrire dans le moindre détail le récit qui est arrivé. Ils ne prennent pas de recul sur leurs histoires pour formuler des réflexions ou rechercher des significations. A ce stade la signification est à la fois portée et enfermée par le récit. La nouvelle capacité - ou force - de ce stade est l'émergence du narratif et l'émergence de l'histoire, du drame et du mythe comme des moyens de trouver et de donner de la cohérence à l'expérience. Toutefois, une dépendance excessive à la réciprocité des relations et les limitations du caractère littéral du récit comme un principe pour construire un environnement ultime, peut conduire à une attitude de sur-contrôle, de perfectionnisme guindé ou bien à l'opposé à un écrasant sens de la méchanceté adopté à cause de mauvais traitements, de négligences ou du dédain apparent manifesté par les parents ou les éducateurs. Un facteur qui initialise la transition au Stade 3 est le clash implicite ou la contradiction dans les histoires qui conduit à des réflexions sur la signification. La transition et l'acquisition des opérations formelles rendent cette réflexion possible. Le littéralisme précédent tombe en panne, de nouvelles conceptions de la connaissance entraînent une désillusion. Les enseignements précédents sont remis en cause. Il faut faire face à des conflits entre différentes sources d'autorité (Le récit de la Genèse sur la Création contre la Théorie de l'Evolution par exemple). L'émergence de relations interpersonnelles (« Je vous vois en train de me voir, Je me vois comme vous me voyez; je vous vois comme vous me voyez en train de vous voir ») crée le besoin de relations plus personnelles avec le pouvoir unifiant de l'environnement ultime. I.8. LE
STADE 3 : SYNTHÉTIQUE CONVENTIONNEL (12 - 20 ANS) Dans le Stade 3, l'expérience du monde s'étend au delà de la famille. Un nouveau nombre de cercles demande de l'attention : la famille, l'école, les pairs, la société dans la rue et les médias et peut-être la religion. La foi doit fournir une orientation cohérente au milieu d'une grande complexité et d'engagements plus importants. La foi doit synthétiser les valeurs et l'information ; elle doit fournir une base à l'identité et à la vision du monde. Typiquement, le stade 3 émerge dans l'adolescence, mais pour beaucoup d'adultes il devient un équilibre permanent. Il structure l'environnement en termes de relations interpersonnelles. Ces images de valeur et de pouvoir dérivent de l'extension des expériences des relations personnelles. C'est un stade "conformiste" dans le sens où, de manière très aiguë, il est adapté aux attentes et aux jugements de ceux qui ont du poids pour nous, et comme il ne dispose pas d'une prise suffisante sur sa propre identité ou sur son jugement autonome pour construire et maintenir une perspective indépendante. Les croyances et les valeurs sont profondément ressenties, elles sont tenues pour tacites. La personne demeure en elles et dans le monde qu'elles expriment. Mais il n'y a pas eu d'occasion pour les dépasser ou pour réfléchir à leur sujet ou pour les examiner de manière explicite - au cas par cas - ou de manière systématique. Au stade 3 une personne a une "idéologie", un groupe plus ou moins cohérent de valeurs et de croyances, mais elle ne s'est pas encore consacrée à leur examen et en un sens n'est même pas consciente de les avoir. Les différences de point de vue avec les autres sont conçues comme des différences de "sortes de personne". L'Autorité est située chez les détenteurs des rôles traditionnels d'autorité (s’ils sont perçus comme personnellement valables) ou dans le consensus du groupe. La capacité émergente de ce stade est la formation d'un mythe personnel, le mythe de soi-même en train d'évoluer dans l'identité et dans la foi, en incorporant le passé et le futur que l'on peut anticiper dans une image de l'environnement ultime unifié par les caractéristiques de la personnalité. Les dangers ou les déficiences de ce
stade sont doubles : Les attentes et les évaluations des autres peuvent être si profondes et si profondément sacralisées que l'autonomie de jugement future peut être détruite à la suite d'une trahison personnelle. Cela peut donner lieu à un désespoir nihiliste à propos du principe d'un être personnel ultime ou encore à une intimité compensatoire avec Dieu déconnectée de toutes relations humaines. Les facteurs qui contribuent à la panne du stade 3 et qui préparent la transition peuvent inclure - Des conflits sérieux ou
des contradictions avec des sources d'autorités; des changements
marqués par des leaders officiels, ou des politiques ou des pratiques
que l'on avait conçues comme sacrées et inébranlables (par exemple dans l'église Catholique
le changement de la messe en Latin dans la langue commune, ou alors ne plus s'abstenir
de viande le Vendredi) - La rencontre avec des expériences ou des perspectives qui conduisait à une réflexion critique sur la manière dont ses propres croyances et valeurs se sont formées et ont évolué et à quels points ils peuvent être dépendants de son propre arrière-plan ou groupe particulier. - Fréquemment l'expérience de "quitter la maison" - émotionnellement ou physiquement ou les deux - précipitent ce genre d'examen du soi, de l'arrière-plan des valeurs fondamentales de la vie. Cet examen conduit à une transition à ce point. I.9. LE
STADE 4 : INDIVIDUALISTE - RÉFLÉCHI (20 - 40 Ans) Le mouvement du stade 3 au stade 4 (Individualiste-Réfléchi) est particulièrement critique parce que c'est dans cette transition que l'adolescent ou l'adulte doit commencer de prendre ses responsabilités pour ses propres engagements, style de vie, croyances et attitudes. Quand le mouvement vers le stade 4 est en cours, la
personne doit faire face à un certain nombre de tensions : - individualité/être défini par un groupe ou à l'appartenance à un groupe, - subjectivité (la puissance de ce que l'on ressent fortement) - l'objectivité et la nécessité d'une réflexion critique, - réalisation de soi (actualisation de ses possibilités) comme premier objectif/service et l'aide aux autres, - le doute "suis je dévoué à quelque chose de très relatif combat au détriment d'un absolu ?" Le Stade 4 apparaît le plus souvent chez des jeunes adultes (mais souvenons-nous que beaucoup d'adultes ne le construisent jamais et que pour un grand nombre de personnes il n'apparaît qu'à partir de 35-40 ans). Ce stade est marqué par un double développement. Le soi, qui était soutenu auparavant dans son identité par un cercle de personnes significatives, revendique maintenant une identité qui n'est plus définie par la composition des autres rôles ni par la relation aux autres. Pour soutenir cette nouvelle identité il est nécessaire de composer un schéma de pensée où la personne est consciente de ses propres limites et de ses connections internes et est sensible à sa "vision du monde". Le Soi (identité) et la vision du monde sont différenciés de celle des autres et deviennent des facteurs reconnus dans les réactions, les interprétations, les jugements que l'on porte sur ses propres actions et celle des autres; il exprime ses intuitions qu'il existe une cohérence, un environnement ultime viables et qu'il signifie quelque chose. C'est l'âge de la démythologisation. Il est possible de toucher un peu aux facteurs inconscients concernant les jugements et le comportement. La force ascendante de l'Etape 4 c'est la
capacité de la réflexion critique sur l'identité (le soi)
et la perspective (l'idéologie). Son danger réside dans sa force même : une confiance excessive dans la pensée consciente, dans la pensée critique et une sorte de second narcissisme dans lequel le nouveau soi s'assimile la "réalité" et les perspectives des autres à l'intérieur de sa propre vision du monde. Sans repos avec les images du soi et les perspectives
maintenues par le Stade 4, la personne qui est prête pour la transition
se retrouve sous ce qu'elle ressent comme des voix intérieures. Les éléments d'un passé
enfantin, les images et les énergies d'un soi plus profond, un sens
déchirant de la stérilité de la platitude et du sens de la
vie. Les histoires, les symboles, les mythes et les paradoxes de quelques unes
de nos traditions insistent sur la nécessité de dépasser
les limites de la foi précédente. La désillusion de ses
propres compromis et la reconnaissance que la vie est plus complexe que sa
représentation. La logique du Stade 4 - fondée sur la claire
logique, les distinctions et les concepts abstraits peuvent comprendre -
conduisent à une approche plus dialectique et plus complexe des
différents niveaux de la vérité de la vie. I.10. LE
STADE 5 : CONJONCTIF (30 - 50 Ans) Le stade 5 : La foi Conjonctive implique l'intégration du soi et de son point de vue de ce que le stade 4 avait supprimé ou ne voulait pas voir à cause de ses propres certitudes et de son adaptation affective à la réalité. Ce stade développe une "deuxième naïveté" dans lequel la puissance des symboles est acceptée et réunie avec des significations conceptuelles. Ici il peut y avoir à réformer et à retravailler le passé. Il doit y avoir aussi une écoute, une ouverture aux voix de son "soi profond", ce qui implique une reconnaissance critique de son inconscient - les mythes, les images idéales et les préjugés profondément ancrés dans le système de valeurs à cause des contenus moraux et spirituels dispensés dans une classe sociale particulières, d'une tradition religieuse, d'un groupe ethnique. Inhabituel avant la moitié de la vie, le Stade 5 connaît le sacrement de la défaite et la réalité des actes et des engagements irréversibles. Ce que le précèdent stade a combattu pour clarifier, en termes de limites de son point de vue, ce stade le rend maintenant poreux et perméable. Réceptif aux paradoxes et aux vérités des contradictions apparentes, ce stade tend à réunir les opposés dans l'esprit et l'expérience. Il génère et accepte la vulnérabilité à ces "choses étranges" qui sont les autres. Il est prêt à expérimenter la proximité avec ce qui est différent et menaçant pour lui-même ou sa vision du monde (cela inclut des nouvelles profondeurs de l'expérience de la spiritualité et de la révélation religieuse). Et avec le sérieux qui peut émerger quand la vie est plus qu'à sa moitié, ce stade est prêt à se dépenser pour la cause de la conservation et de l'identité des autres. La nouvelle force de ce stade vient dans l'émergence d'une imagination ironique - une capacité à voir et à se reconnaître dans l'un de ses groupes ou dans ses croyances les plus profondes, tout en reconnaissant qu'elles sont relatives, partielles et qu'elles déforment inéluctablement la réalité ultime. Son danger réside dans la direction
d'une passivité paralysante ou inaction laissant place à la
complaisance ou au retrait cynique, dû justement à cette
compréhension paradoxale de la vérité. Le Stade 5 peut apprécier les symboles, les mythes et les rituels (les siens et ceux des autres) parce qu'il a pu appréhender, en quelque mesure, la réalité de ce à quoi ils se référent. Il voit aussi les divisions de la famille humaine de manière très vive parce qu'il a été saisi par la possibilité (et l'impératif) d'une communauté inclusive des êtres. Mais ce stade reste divisé, il vit et agit entre un monde non transformé et une vision transformante du monde et des loyautés. Dans quelques cas cette division conduit à une actualisation radicale que nous appellerons Stade 6. I.11. LE STADE 6 : UNIVERSALISATION Pour caractériser le stade 6 nous devrions nous intéresser aux caractéristiques paradoxales du stade 5. Le stade 5 voit l'injustice de manière particulièrement aiguë car il a acquis une compréhension élargie des exigences de la justice et de leurs implications. Il peut reconnaître des vérités partielles ainsi que leurs limitations parce qu'il a une vision plus compréhensive de la vérité. Il peut apprécier et chérir des symboles, des mythes et des rituels parce qu'il a compris, en quelque mesure, la profondeur de la réalité auxquels les symboles se référent et ce à quoi ils conduisent. Le stade 5 voit les fractures et les divisions de la famille humaine avec une douleur vive car il est pris par la possibilité d'une communauté inclusive. Le stade 5 reste paradoxal ou divisé parce que le soi est pris entre l'appréhension universelle et le besoin de se préserver ou de préserver son propre bien-être. Ou parce qu'il est profondément investi dans la nécessité de maintenir l'ordre ambigu du système socio-économique. Dans cette situation de paradoxe, le stade 5 doit agir et ne pas être paralysé. Mais le stade 5 témoigne des loyautés en conflits. Il est prêt à se dépenser pour trouver ses limites dans la loyauté à l'ordre présent, à ses institutions, à ses groupes et à leurs procédures de compromis. La perception de la justice du stade 5 rejoint sa capacité à se sacrifier et de défier la justice partielle de l'ordre présent pour le salut d'une justice plus inclusive et la réalisation de l'amour. La transition au stade 6 implique un dépassement de ce paradoxe. Les Personnes décrites dans le stade 6 exhibent les qualités que peuvent déranger notre sens usuel de la normalité. Leur peu d'intérêt pour leur propre préservation et la vivacité de leur goût pour des vérités morales ou transcendantes donnent à leurs actions une qualité extraordinaire et souvent imprévisible. Dans leur dévouement à une compassion universelle elles peuvent offenser notre très paroissial sens de la justice... Et leurs initiatives comme leaders, qui impliquent souvent des stratégies non violentes constituent des affronts à notre sens de la pertinence habituel. Ce n'est pas tout à fait un hasard si à un degré d'achèvement les personnes décrites par le stade 6 deviennent les martyrs des causes qu'elles incarnent. Le Stade 6 est excessivement rare. I.12. LA
FORME ET LE CONTENU - STADE DE FOI ET CONVERSION Qu'est-ce que la conversion ? La conversion a quelque chose à voir avec
les contenus de la foi, c'est "une transformation soudaine de la
loyauté d'une personne, de ses schémas de vie et de ses centres
d'énergie". (Lewis Rambo) La conversion est un recentrage significatif des images précédentes, conscientes ou inconscientes, de ses valeurs et l'adoption consciente d'un nouveau jeu d'histoires maîtresses avec le but de réformer sa propre vie à l'intérieur d'une nouvelle communauté d'interprétation et d'action. La conversion, comprise de cette manière, peut arriver à n'importe lequel des stades de la foi, ou dans n'importe laquelle des transitions entre elles. Nous pourrions dire qu'il existe : 1. Des changements de stade sans conversion : Comme quand une personne née dans une famille orthodoxe et qui a grandi dans la riche tradition des rituels et de l'histoire, se réapproprie tous ses centres de dévouement, de valeur, d'observance. 2. Des Conversions sans changement de Stade, un activiste marxiste (stade 4) qui devient chrétien (stade 4), l'Apôtre Paul (Stade 4 - Extrêmement critique dans le Judaïsme - devenant chrétien, manifeste dans l'épître aux Galates un "ou bien"/"ou bien" caractéristique du stade 4, les épîtres ultérieures – Philippiens - le montrent aussi net mais moins tranché (stade 5). 3. Une conversion qui précipite un changement de stade de foi, quand un Synthétique-Conventionnel humaniste ordinaire se passionne pour l'existentialisme de Sartre et Camus, ce qui l'oblige à repenser tous ses engagements et son style de vie. 4. Un changement de stade de foi qui précipite une conversion - comme quand un Hindouiste synthétique conventionnel (Stade 3) ne trouve plus de repos dans les traditions religieuses de sa famille. Il passe du temps à critiquer ses fondements intellectuels et spirituels et trouve dans la théologie chrétienne les contenus qui correspondent mieux à ses structures de pensée et aux critères de vérité qu'il a construits pour lui-même. 5. Une conversion qui va de pair - main dans la main - avec un changement d'état structurel, comme quand un agnostique psychiatre humaniste entame la transition du stade 4 au stade 5 et trouve dans les images adaptées, les rituels, les techniques de spiritualité et le soutien de la communauté au travers de son engagement dans la foi chrétienne. 6. Une conversion qui évite la douleur des changement de stades de foi - ou quand un garçon ou une fillette de 7 à 10 ans est conduit, dans un environnement chrétien fondamentaliste, à une puissance expérience de conversion qui lui apporte l'assurance de son pardon et de son salut quand l'enfant a été convaincu de son péché par des images destructives de l'enfer. Une telle conversion peut conduire à ce que Philip Helfaer a appelé "formation précoce de l'identité" dans laquelle l'enfant adopte prématurément les formes de la foi adulte qui est développée dans son église. Dans de tels cas l'enfant, au cours de sa croissance, qu'il soit garçon ou fille ne traverse pas de crise d'identité adolescente. Et à moins d'une rupture fulgurante avec ces images forgées de l'identité de la foi au stade jeune adulte, la personne reste dans cette étape pour la vie. I.13.
DISTRIBUTION SOCIOLOGIQUE DES INTERVIEWÉS Les 329 personnes avec qui faisaient partie des interviewés
II. LES TRANSFUGES (ALAN
JAMIESON) Alain Jamieson, Pasteur de la Central Baptist Church de Wellington a présenté une thèse de Doctorat en Sociologie sur ceux qu'il a appelé les "Church Leavers" (En français, les "déserteurs d'églises" ou les "transfuges) "Je pouvais
aisément comprendre pourquoi les gens choisissaient de quitter
l'église, j'en avais vu d'autres qui s'en allaient ; et j'avais
essayé de les observer en plus d'une occasion. Une partie de ce qui me
tenait le cœur était la croyance que quitter l'église
c'était la première étape vers une foi qui
dégringole - la disgrâce Chrétienne ultime -
"rétrograde". (Alan
Jamieson) La Thèse porte sur un groupe de 162 personnes d'âge moyen 30 à 40 ans, qui étaient devenus chrétiens à l'âge adulte, et qui en avaient témoigné dans les eaux du baptême. Ils avaient en moyenne 15,8 années d'investissement dans leur communauté. Certains avaient eu des formations théologiques, d'autres avaient exercé comme missionnaires, ou comme responsables dans leur église. Alan Jamieson a établi 4 groupes à partir de ces "transfuges". Le moteur essentiel, la cause du départ semble avoir été, pour beaucoup la souffrance de ne pas être compris. A des degrés divers – qui allaient des incompréhensions au rejet total du « Système Evangélique ». La première catégorie de ces gens pourrait s'appeler "Déçus". Ils restent des adeptes de la foi dans laquelle ils ont été enseignés, cette foi n'a pas changé substantiellement depuis l'enseignement qu'ils ont suivi dans les églises EPC. Ils se sentent en exil parce que les événements et les circonstances les ont encouragés à quitter les églises EPC avec lesquels ils continuent à maintenir de grandes affinités. Ce groupe constituait 17,5% (19) des personnes interrogées. Ils sont partis dans deux cas majeurs. Soit comme « chrétiens blessés » - ceux qui avaient des attentes pour des attentions particulières ou du soutien de la part du corps de l'église, ils avaient des besoins qui n'ont pas été satisfaits quand ils en avaient vraiment besoin. Ou leur départ avait la « colère » comme motivation ils sont partis en désaccord avec la direction de l'église, sa vision ou son mode de leadership, soit de leur église soit de toutes les églises EPC en général. A la fois des « Chrétiens Blessés » et des « Chrétiens en Colère » on peut dire qu'ils ont quitté l'église à cause de mécontentements spécifiques. Le niveaux de critique des « Chrétiens en Colère » et des « Chrétiens Blessés » ne s'étend pas jusqu'à remettre en cause la base doctrinale de la foi Evangélique/Pentecôtiste/Charismatique elle même. Au contraire, ce sont ces compréhensions de ce que l'église devrait être que les « désillusionnés » utilisent pour fonder leur affirmation que leur église a failli. La foi des Déçus, après avoir quitté l'église, peut être caractérisée par 4 affirmations : - Les déçus persévèrent dans une foi reçue. Ils ne se sont pas désengagés de la foi qu'ils ont reçue quand ils sont entrés dans l'église. La foi qu'ils ont reçue quand ils ont pris leur décision de suivre Christ et de rejoindre l'église est le même « package de foi » qu'ils suivent aujourd'hui en tant que « transfuges » EPC. Typiquement une telle foi est basée sur une autorité extérieure au-delà d'eux-mêmes. - Leur foi est dépendante - ce qui veut dire, quoiqu'ils ne fréquentent plus des églises EPC tous les dimanches ils restent dépendants de la communauté EPC élargie. Une grande variété de telles sources de dépendance sont disponibles aux « transfuges » comme des séminaires, des groupes inter-église (Promise Keepers), des ateliers chrétiens, livres, magazines, programme de télévision et de radio et prédicateurs. - Tant que les Déçus restent dépendants de cette communauté EPC élargie ils restent aussi dépendants des disciplines spirituelles personnelles des églises EPC. Ils incluent soit une pratique continue, ou le sens de l'obligation de prendre du temps de prière, de donner de l'argent (au delà des amis et de la famille), du service, etc. - La foi post-ecclésiastique des Déçus est une foi non examinée. Leurs mécontentements se portent sur l'église plutôt que sur les soubassements « pris pour acquis » de la foi EPC. Finalement ils montrent une foi solide. En ceci je veux dire qu'ils sont très clairs et très précis sur leur foi chrétienne et sur la rectitude de leur décision de quitter l'église (d'un point de vue chrétien). De tous les groupes de « transfuges » c'est ce groupe qui a typiquement mis en avant un nombre de passage des écritures pour renforcer leur position de foi actuelle et la justesse de leur décision de quitter l'église. Le second groupe de transfuges - ceux qui sont nommés les « Exilés Réfléchis » (32 parmi les personnes interrogées) quittent leur église à partir d'un point de vue différent. Quoiqu'ils puissent aussi avoir des problèmes avec le leadership, la direction et la pratique de leur église (ou des églises EPC en général) ces motifs ne sont pas les raisons fondamentales de leur décision de départ. Pour ce groupe et ceux que nous considérerons après, le départ est typiquement un processus qui arrive après une longue période de temps, peut être 18 mois ou plus. Ce processus de départ de l'église
commence graduellement avec des sentiments de malaise, un sens de
l'inadéquation entre l'église et ce qui arrive dans d'autres
secteurs importants de leurs vies, et en un sens une adhésion en
décroissance à la communauté de l'église et
à son « package de
foi ». La porte au travers de laquelle passe ce groupe pour quitter l'église est ce que j'ai appelé Méta-Mécontentement. Ce ne sont pas des mécontentements spécifiques internes à l'église. Ils ne remettent pas en cause les aspects périphériques de la foi EPC mais les fondations de la foi EPC en elle même. Le titre réfléchi est donné à ce groupe à cause de son attitude réfléchie et des questions qui atteignent leur foi et c'est ce qui les caractérise. Ils sont exilés car ils sont, malgré leur choix personnel, exilés d'une communauté et d'une manière de se comprendre eux même, de leur vie et de Dieu. Cette manière de comprendre qui a été si importante, et même une fondation de leur vie dans le passé. Ils se sont volontairement mis en retrait. La foi des exilés
réfléchis peut être caractérisée comme contre-dépendante.
Où le Déçu est
resté dépendant de la communauté EPC élargie, les
Exilés réfléchis développent tous les arguments
contre l'EPC. Quand on demande à ce groupe ce qui nourrissait leur foi, actuellement la réponse la plus commune « ce n'est certainement pas ....... » est suivie par quelques descriptions des pratiques de la communauté EPC et des disciplines personnelles de foi de leur précédente appartenance. Deuxièmement les Exilés Réfléchis sont engagés dans la déconstruction de leur foi précédente. Ils sont engagés dans un processus qui met en pièce la foi qu'ils ont reçue et acceptée et dans laquelle ils ont agi pendant tant d'années. Procéder ainsi est très déstabilisant pour eux, comme leur foi a été une part importante de leur vision du monde, la fondation de décisions importantes de leurs vies et une part intégrante du sens de leur personne. Ils sont impliqués dans un processus continu de réflexion qui implique une réévaluation de chaque composant de leur foi. Finalement, et ce n'est pas une surprise, leur foi est très hésitante. Beaucoup ont dit « l'avoir mise (leur foi) de côté pour un temps et l'ont oubliée » parce que cela entraînait pour eux trop de confusions et de désillusions. A cause de ces sentiments, l'appropriation de leur foi est sérieusement mise à l'épreuve. II.3. LES
EXPLORATEURS DE TRANSITION Le troisième groupe de transfuges est celui que j'ai appelé les « explorateurs de transition ». La foi transitionnelle que les interviewés ont montré démontre une appropriation de leur foi. Ils montrent une confiance en leur foi, une claire décision de partir de la déconstruction de la foi reçue pour aller vers une appropriation de quelques éléments de la vieille foi qui leur donne une énergie pour construire une foi personnelle nouvelle. A des degrés divers cette foi inclut des éléments de la foi précédente, qui était basée sur celle de l'église. De toutes façons ces éléments de foi ont tous été éprouvés, trouvés valides, et valables d'être retenu au niveau de satisfaction nécessaire à l'individu concerné. En analogie avec un tribunal, le jury interne a donné un verdict sur ces éléments de foi et maintenant les reçoit comme plausibles, « au-delà de tout doute raisonnable ». Ce qui constitue un doute raisonnable ne varie que de personne en personne. Comment mentionné plus haut, pour certains le processus d'examen implique un rigoureux débat théologique et philosophique mené au travers de lecture et/ou d'interaction avec les autres. Pour les autres, le doute raisonnable est basé plus sur l'expérience personnelle et sur ce qui est plausible pour eux à un niveau intuitif. Ou encore basé sur une confiance approfondie dans leurs propres sentiments. La foi transitionnelle indique
que le jury interne a commencé à lire son verdict au moins sur
les principaux éléments de foi et il rapporte un verdict
d'appropriation personnelle (« ceci
est quelque chose à quoi je tiens »). L'Explorateur Transitionnel représente 18% des interrogés (n=19). A côté de ces Explorateurs Transitionnels était un petit groupe de ceux qui étaient en transition vers une foi alternative. Ce groupe était compose de deux personnes qui s'était déplacées vers une foi « New Age » et 5 qui avaient tant de questions, de doutes sur la foi chrétienne qu'elles auraient mieux été caractérisées comme agnostiques. II.4. LES
TROUVEURS DE VOIE INTEGRÉS La dernière
catégorie des transfuges pouvait être
appelés : « Trouveurs
de voie Intégrés ». Là où les explorateurs transitionnels sont dans le processus de reconstruction de la foi et pour faire émerger leur appropriation personnelle de la foi, les « intégrés » ont à tout égard terminé leur reconstruction. Tant qu'il y a un sens de ce qui est la foi intégrée, toujours ouverte et constamment redéfinie et adaptée, les examens majeurs de la foi sont maintenant terminés. Le processus pourrait être comparé à la construction d'une maison de rondins à partir d'une maison précédente. La première part du processus implique de partir de la vieille maison, puis de soigneusement la mettre par terre. Dans la phase de démolition les poutres, les fenêtres, les matériaux de toit et les ajustements sont utilisés comme des matériaux de la nouvelle maison… Ce processus est la « phase de réflexion ». La part suivante du processus implique la construction de la nouvelle maison à partir de matériaux retirés de l'ancienne et l'incorporation de nouveaux matériaux. C'est la « phase transitionnelle », où la plupart de la structure du bâtiment de la foi est posée. Finalement la maison est complète et vivable et la personne est capable d'emménager. Cette phase finale peut inclure des travaux mineurs dans la maison, les chambres ont besoin d'être peintes, des réparations faites et quelques petites modifications entreprises. Quoique ce travail soit en cours, la structure de base de la maison est complète et elle offre un endroit sûr pour l'individu. Cette phase finale de l'itinéraire spirituel est ce que j'ai appelé la « phase de foi intégrée », parce qu'ici la structure de la foi est à tous égards complète et la personne est capable de se l'approprier comme son propre système de foi. Les gens dans cette phase finale, tel le constructeur de la maison, peuvent être engagés aussi dans des questionnements ou des périodes de réévaluation de la foi (en quelques occasions qui impliquent des réévaluations substantielles), mais le travail essentiel est fait, la structure est posée. Le terme « intégré » décrit bien le 2ème aspect de la foi de ces personnes, ils essaient d'intégrer leur foi avec tous les aspects de leur vie. De ces gens, qui ne ressemblent pas aux autres, on peut dire qu'ils ont une foi plus complète qui cherche à intégrer les aspects physiques, mentaux, émotionnels, sexuel, relationnels et spirituels de leur personne d'une manière profondément connectée avec leur foi. Les gens qui sont à cette phase de foi sont très attentifs aux problèmes personnels les plus intimes qui résident en eux-mêmes. Le terme « trouveur de voie / éclaireurs » qui peut sembler curieux, est destiné à signaler que les personnes qui ont cette position de foi ont trouvé une manière de faire avancer leur foi. En ce sens ils ont ouvert et trouvé des voies uniques. Il y avait 30 interviewés dans cette catégorie. Les raisons pour lesquelles ces personnes ont
quitté l'église et la foi de l'après-église c'est
qu'elles ont ressenti le besoin de comprendre et d'être comprises, non
seulement dans leurs itinéraires spirituels personnels, mais aussi comme
tous les groupes de « transfuges » dans une
société qui change beaucoup. Tableau de la Foi des 4 Groupes (Alan Jamieson page 102)
Le caractère communautaire des
transfuges Un des résultats les plus surprenants de cette recherche a été d'en venir à comprendre que pour la majorité des transfuges (65% des interrogés) ce n'était pas un voyage en solitaire mais un voyage où ils étaient impliqués avec des personnes qui vivaient des transitions de la foi semblables. Il apparaît qu'il existe un nombre considérable et croissant de tels groupes post-églises qui se réunissent pour parler, poser des questions, reformuler et comprendre leur foi (l'auteur parle de groupes comme Promise Keepers ou d'autres groupes plus informels post-modernes). Dans ces groupes nous pourrions citer les communautés virtuelles d'Internet – les forums, où les Déçus peuvent trouver un lieu d'accompagnement Le devenir des Transfuges Alan Jamieson
– « Churchless Faith » Page 93
III. UN
CONTRAT D'ACCOMPAGNEMENT ? Dans les deux premières parties plusieurs éléments de cartographie ont été posés, une typologie de l’évolution de la foi (James Fowler), une typologie de l’évolution de la crise (Alan Jamieson). Pour revenir à la question de base…
La compilation initiale des données de James Fowler et d’Alan Jamieson a permis de :
La foi, selon James Fowler, s’exprime dans un ensemble de relations de loyauté ou trois acteurs interviennent :
Ce qui donne trois relations possibles qui vont intervenir et peut être justement entrer en conflit.
III.1 LA
FOI QUI EMPÊCHE D’ÉVOLUER : La foi qui empêche d’évoluer peut être décryptée comme une foi non examinée, dépendante des autres membres de la communauté et tissée dans des liens de loyauté. (Stade 3). Mais en même temps c’est une foi en crise. Le questionnement qui fera évoluer la soumission aux croyances que les autres ont sur vous est déjà en place, d’où la crise latente et le mal-être. Cette foi qui empêche d’évoluer est une soumission aux croyances et au jugement des autres sur soi-même et pas une relation directe de loyauté aux valeurs partagées. La personne est inquiète de devenir Sujet, et elle est inquiète à cause de sa relation aux valeurs partagées. James Fowler mentionne, chez certaines personnes, un « repli salutaire » initié par l’inconscient qui fait revenir la personne dans une zone de sécurité pour elle-même. Cette foi « qui empêche d’évoluer » est un réflexe salutaire, un besoin, une réaction qui met la personne « en sécurité ». III.2
LA CRISE DE FOI QUI EST EN COURS III.2.1 L'interprétation des
données de base D’après les différents auteurs je vais proposer une interprétation, nous sommes en face d’une gestion du deuil, un deuil très profond et très intime. Les histoires relatées dans l’annexe sont des histoires de deuil, mais d'un deuil qui, surgissant à la suite d'une blessure, d'une séparation va se décliner sur trois axes : ·
Le
deuil de l'appartenance religieuse ou dénominationnelle
Nous abordons alors les 4 manières de vivre la crise de la foi identifiées par Alan Jamieson :
Dans ces phénomènes de deuil les 5 étapes sont bien identifiables : ·
Le
Refus
· La Colère · La Négociation - Le Marchandage · La Dépression · L'adaptation L'évolution de
la foi, la confrontation aux diverses sources de connaissance, la confrontation
avec les souffrances de sa propre vie vont l'amener à évoluer, de
manière à devenir "sujet" devenir "adulte". 1-
Etape « littérale», la personne croit tout ce qu'on lui
dit et accepte tout. 2-
Etape « réfléchie», la personne s'approprie de
plus en en plus et développe sa maturité. 3
- Etape « Loyale», la personne s'investit dans toutes les
activités possibles et est heureuse de le faire. 4
- Etape « Critique » : suite à des
déceptions la personne passe par un trou noir, problème de
souffrances, de remise en cause, c'est une étape très noire
très sombre. Les mystiques anciens (Jean de la croix,
Thérèse d'Avila, Luther) ont appelé cela la "nuit de
la foi". 5
- Etape « Reconstruction » : la personne a
abandonné certains éléments, a reconstruit son
système de croyance, se l'est approprié et avance de
manière autonome et se retrouve en place, au delà des crises. 6-
Etape d’épanouissement : Cette étape n'est pas
décrite de manière exacte. Très peu de gens y arrivent en
fait. C'est une étape liée au décentrement de soi. Sortir de l'étape "Critique" pour
entrer dans l'étape « Reconstruction » est un
signe de maturation de la foi, on arrête de rejeter pour accepter, et
d'ailleurs y trouver du plaisir. III.2.2 Le
deuil de l'appartenance communautaire Le deuil de l'appartenance religieuse commence quand la communauté cesse d'être idéale. La relation à la mère, bonne ou mauvaise, est là. Ce deuil, conscient ou non, commence par une blessure. Une blessure plus ou moins bien digérée, niée, spiritualisée mais qui finit par évoluer jusqu'à une décision de rupture. Le client est initiateur de la crise dans un processus équivalent à ceux que suivent les initiateurs du divorce. Ce peut être un refus de l'appartenance sociale ou de l’image que renvoie la communauté « j'en avais plus qu'assez de la condescendance avec laquelle j'étais traitée dans la communauté» (mère célibataire dans un environnement chrétien, études universitaires, spécialisation en psychologie) (Alan Jamieson) III.2.3 Le deuil des croyances
communautaires anciennes L'appartenance c'est le lien au système de valeurs communes. Le deuil des croyances anciennes correspond au travail de déconstruction et de critique. Devenu sujet, la personne fait le tri entre ses croyances et rejette tout d'abord. Le groupe des Déçus, établi par Alan Jamieson, n'a pas fait complètement le deuil des références anciennes, c'est même au nom de ses références qu'ils se sont mis en route. Leur référence, leur source d'autorité restent les valeurs communautaires antérieures, une communauté d'élection plutôt qu'une autre. Ils n'ont de réelles différences avec les autres groupes que dans la mesure ou ils ont choisi telle source d'enseignement évangélique et qu'ils s'y tiennent où pour eux la source de l’autorité reste externe. Cette source est réactualisée par des messages, des conférences ou l’appartenance à certains groupes. Leur exclusivisme est très fort, il y a absence d’une pensée dialectique. Les autres groupes ont démarré une démarche d'inventaire et de sélection qui leur permet de s’approprier de nouveaux choix, une sélection dans leur système de valeur. III.2.4 L'adoption de nouvelles croyances Le deuil de la foi n'est pas possible, la personne a besoin de croire, d'après James Fowler elle va aller d'un système de croyance à l'autre. Pour adopter de nouvelles croyances ou accepter les anciennes il est nécessaire de faire le deuil de l'étape suspicieuse antérieure. Cette étape peut consister dans la redécouverte des vérités anciennes… III.2.5
L'adoption d'une nouvelle communauté La plupart des transfuges interrogés par Alan Jamieson ne se rattachent pas à une nouvelle communauté, du moins pas à des postes aussi en vue que ceux où ils ont pu exercer auparavant. Le burn-out du responsable pourrait y être pour quelque chose. Certains font élection de groupes
humanitaires, ayant considéré que leur « lieu de
service chrétien » était là… III.3 UNE EXPÉRIENCE
D’ACCOMPAGNEMENT DE LA CRISE En tentant de
résumer l'évolution de la foi, quels que soient son appartenance
ou son âge, la personne traverse un certain nombre d'étapes…
L'évolution de
la foi, la confrontation aux diverses sources de connaissance, la confrontation
avec les souffrances de sa propre vie vont l'amener à évoluer, de
manière à devenir "sujet", devenir "adulte". Au travers des
différentes étapes : "Littérale", "réfléchie",
"loyale", la personne s'investit dans toutes les activités
possibles et elle est heureuse de le faire. "Critique" :
"Reconstruction" « Epanouissement » Définition du
périmètre La crise de la foi, la souffrance de la personne se
situe dans ce que James Fowler appelle le stade 4, Alan Jamieson le stade
Critique. Le protocole d'accompagnement proposé est un
protocole pour « personne en crise » à
l'intérieur d'une église locale… Alan Jamieson propose un contrat de prévention,
élaboré dans des églises qui étaient sensibles
à ceux qui partaient.
En voyant que des gens donnent des signes avant-coureurs, le caractère systématique de l’engagement dans la garderie du culte est – par exemple – un signe avant-coureur d’un profond désarroi. ·
Une personne dans une communauté (assez sensible et
ouverte)… et formée est chargée de s'occuper les gens qui
vont mal. Elle ne fait pas partie des instances "officielles".
·
Elle
établit le contact, un par un et passe un contrat avec la personne : -
tu vas mal - tu as été blessé(e) on peut le comprendre, on
ne s'est pas bien occupé de toi… on peut le comprendre.
·
Pour une certaine durée de temps…
o Considère ton appartenance et ta
fréquentation de l'assemblée locale comme optionnelle pendant un
certain temps.
o
Mais en
contrepartie essaie de trouver des activités intellectuelles et spirituelles
qui te font du bien, de fréquenter occasionnellement une autre
église, suivre des conférences, suivre une thérapie…
·
Le conseiller met
en branle ses réseaux d'information au service de la personne, et
notamment de confrontation avec des traditions cumulatives valides.
·
On en parle ensemble, régulièrement.
CONCLUSION : ACCOMPAGNER DES
TRAJECTOIRES PRÉVISIBLES ? Les exemples et les études de James Fowler montrent que la foi évolue, évolue au contact des matériaux qui lui sont apportés, évolue au contact des expériences de la vie… Les analyses d'Alan Jamieson sur les Transfuges montrent qu'indépendamment des raisons de leur départ, qui sont toutes liées à des déceptions, des évolutions de la foi, les transfuges conservent la foi... Certains de manières très critiques, d'autres de manière plus souple… Il serait possible de formuler quelques informations simples :
La foi Modale
La foi modale est intéressante à identifier, car elle donne une idée des relations de la personne avec son environnement. En Occident la foi standard en occident est une foi de Stade 3, qui fait appel à la loyauté… (Le parallélisme avec
l’Orient a été développé par le psychiatre
Mark Epstein qui explique que « en Orient la personne est enfermée
dans des réseaux, des filets de conventions sociales et de politesses,
la vie spirituelle se vit dans l’isolement. En Occident la personne est
isolée, sa vie spirituelle se vit dans le rapprochement et dans le lien» Il est rare de trouver une communauté de Stade 2 (Mythique Littérale) mais la diversité de nos sociétés ne rend pas cette possibilité inexistante. James Fowler mentionne des communautés dont le mode de
fonctionnement est le Stade 4, mais ce ne sont pas des communautés
religieuses, beaucoup plus des groupes de recherche des groupes de pairs qui
s’aident à progresser. Il serait nécessaire de retenir
l’influence de ces groupes qui facilitent les transitions. Ayant fait – au départ – volontairement, pour ne pas entrer sur le terrain de l’entretien spirituel, exclusion des contenus de la foi. Il est nécessaire de reprendre la question de l’évolution en tenant compte du but de la relation d’aide, devenir adulte. ·
L'évolution
de la foi ou des croyances peut être une ultime tentative de déni
du problème profond de l'individu, une spiritualisation qui est une
réponse à son mal-être. ·
Même
si le conseiller est validé théologiquement par son client, il
semblerait prudent de ne pas traiter directement ce genre de questions,
à moins d'avoir été directement sollicité sur ce
point et d'avoir accepté le contrat. ·
Accepter
la phase démolition, tri, reconstruction… Tant que la personne
reste responsable… ·
Devenir
adulte c'est accepter d'être responsable de ces croyances, la crise de la
foi se produit paradoxalement quand la personne devient responsable de ses
croyances et de sa spiritualité. ·
Ce
processus d’évolution crée un mal-être profond qui
est lié à la question essentielle « Qui tient le
rôle de Dieu pour la personne ? » ·
Ce
malaise – lié à la recherche de l’identité -
est aussi étroitement lié à la question de
l’autonomie morale. Quelles sont mes sources d’autorité
morale ? ·
En éthique
on peut utiliser le carré éthique qui permet à la personne de se
positionner sur 4 dimensions : o
L’ordre de la Loi
·
C’est
aussi accepter de les mettre en œuvre pour être utile, la crise une
fois « terminée » car un adulte mûr peut
parfaitement rester dans le retrait… C’est le comportement du Stade
5 qui correspond au stade d’Erickson «
Générativité contre Stagnation » BIBLIOGRAPHIE Dr
James Fowler (Th D) “Stages Of Faith” (1995) – Harper San
Francisco Dr
A.Jamieson (Soc.D) “Churchless Faith” (2002) ed SPCK Nouvelle
Zélande Rev
Dave Tomlinson « The Post Evangelical »London:
Triangle, 1995 Dr Mark Epstein “Thoughts
Without a Thinker” ANNEXE A : DIX MYTHES A PROPOS DE CEUX QUI QUITTENT LES
EGLISES Source : http://www.reality.org.nz/articles/32/32-jamieson.html
(Traduction
d'un article de Reality - Un magazine néo-zélandais
chrétien Evangélique proche du BCNZ Bible College of New
Zealand). « Dix Mythes à propos de
Ceux qui quittent les églises » par Alan Jamieson
(Pasteur Baptiste (Wellington Central Baptist Church – Nouvelle Zelande) Bien que l'on se répète tout le temps, comme un mantra, « que les gens désertent l'Eglise », il apparaît aujourd'hui qu'il y a très peu de compréhension du phénomène. Qui quitte ? Quand quittent-ils ? Pourquoi quittent-ils et qu'arrive-t-il à leur foi après qu'ils aient quitté ? Bien sur chacun a sa propre explication mais très peu, et spécialement nos leaders d'unions d'églises ont pris le temps de s'asseoir et de parler avec un « transfuge » ou deux. C'est beaucoup plus facile de s'occuper des stéréotypes que des gens, spécialement si les préjugés ne nous aident pas réellement à comprendre ce qui se passe. Pour ceux qui veulent approfondir et se demandent « Qui sont ces gens et pourquoi quittent ils l’église ? » un examen attentif de quelques mythes propagés sur les « transfuges d'église » peut nous éclairer. MYTHE N° 1 : ON QUITTE SEULEMENT LES
EGLISES TRADITIONNELLES Il est prouvé que les gens qui quittent les
églises traditionnelles quittent aussi les églises
Evangéliques, Charismatiques et Pentecôtistes. Ce sont les
églises qui ont eu la plus grande croissance à la fois en
Nouvelle Zélande et au delà. Ce sont les églises qui avec
leur focalisation sur l'enseignement biblique, l'adoration joyeuse et de plus
grandes opportunités de participation dans les structures ont
attiré beaucoup de jeunes
convertis ainsi que les déçus des églises traditionnelles.
Mais ces églises en pleine croissance ont aussi une « porte de sortie ». Des estimations dépendent de la personne à qui vous parlez. Mais des études comme celle d'Elaine Bolitho sur la porte de sortie de des Eglises Baptistes de Nouvelle Zélande ont montré le degré de perte des ces soi disant « églises en pleine croissance ». Elaine Bolitho a étudié les chiffres des églises Baptistes. Elle a trouvé qu'entre 1989 et 1996 les églises Baptistes de Nouvelle Zélande ont eu un léger déclin global (de 23 601 membres à 23 031). Pendant cette période plus de 11 000 nouveaux membres s'y sont intégrés. Si on tient compte des décès et du fait que les églises Baptistes répertorient les transferts d'église elle a trouvé que 10 118 membres étaient 'perdus', sans laisser de trace. Cela signifie que pour ces 7 années (1989 à 1996) le résultat net a été une perte de 570 personnes - un pourcentage de plus de 108% des nouveaux membres, pour chaque ajout de 100 membres, 108 sont partis. Ceux qui quittaient ne pouvaient être répertoriés comme transférés dans une autre église ou décédés. C'était une augmentation substantielle si l'on compare avec des périodes précédentes de 1948 et 1988 pour laquelle Elaine Bolitho a fourni les chiffres et les éléments de comparaison. Les chiffres des églises pentecôtistes montrent aussi un grand nombre de défections. Les chiffres de l'église Apostolique de Nouvelles Zélande (même nom qu’en France) ont montré des croissances rapides, mais un examen plus attentif des chiffres montre un taux de défection d'à peu près 10% par an. Si les chiffres d'Elaine Bolitho et ceux des autres groupements d'églises se reproduisent dans les autres groupements d'églises évangéliques, charismatiques et pentecôtistes cela indique qu'il y a un nombre notable (peut-être croissant) de défections dans ces églises. Evidemment quelques personnes sont dans ces catégories, mais ils ne sont pas les seuls à partir. Dans la recherche basée sur 108 interviews de personnes concernées au travers de la Nouvelle Zélande. J'ai trouvé que ceux qui quittaient les églises Pentecôtistes et Charismatiques étaient avant tout d'âge moyen (70% avaient entre 35 et 45 ans) et avaient été impliqués dans leurs églises respectives en tant qu'adultes (au delà de leur 18ème anniversaire) pendant plus de 15,8 années. De toutes les catégories de défections c'est cette catégorie que très peu sont prêts à prendre en compte. MYTHE N° 3 :
CEUX QUI ONT DES ENFANTS NE QUITTENT PAS L'ÉGLISE En 1990 le magazine NEWSWEEK a publié un article intitulé « Et les enfants les conduiront » : Les jeunes Américains retournent à Dieu. L'article suggérait que les jeunes, éduqués dans les églises dans les années 60 (qu'ils avaient quittées), étaient contents de retourner à l'église quand ils devenaient parents eux mêmes. Ceci a été appuyé par l'étude de Roof dans laquelle il a noté : « indubitablement, les raisons que les gens citent pour retourner à l'église ont quelque chose à voir avec la vie de famille. L'influence de l'épouse et le souci de conserver l'harmonie de la famille sont des facteurs forts, mais l'éducation religieuse des enfants est quelque chose de plus important ». La présence de jeunes enfants et le sentiment de responsabilité paternelle font revenir les baby-boomers dans les églises. Bien que nous puissions comprendre que ce sont les enfants qui conduisent leurs parents, ou qui les maintiennent dans nos églises. Cette assertion est remise en cause par les choix faits par les personnes que j'avais interviewées. 80% avaient des enfants mais néanmoins ils avaient quitté leur église, avec la conséquence inévitable que leurs enfants l'avaient quittée aussi. Depuis quelques temps maintenant les leaders de groupes de jeunes ont suggéré que le groupe d'âge intermédiaire devient le groupe crucial en matière d'intérêt et d'implication dans l'église pour les enfants. Il se peut que quand les enfants maugréent pour aller à l'église au grand dépit de leurs parents, la situation est mûre prête pour que la famille quitte l'église ensemble. MYTHE N° 4
: SI MAMAN ET PAPA VONT A L'ÉGLISE, LEURS ENFANTS IRONT A L'ÉGLISE
AUSSI ? De manière générale on croit qu'une foi et une pratique d'église forte et pratiquée depuis l'enfance influencera le comportement adulte. Quoique une telle influence puisse aussi bien affecter les croyances, les valeurs et les contenus de la foi, une étude récente a remis en question l'impact de la fréquentation de l'église et quelle implication elle a sur l'enfance. Une étude américaine - sur 500 adultes Presbytériens (Réformés Evangéliques) entre 33 et 42 ans- a montré que « l’influence des liens parentaux positifs était très faible. » Ils ont conclu que « les effets de la pression sociale avaient peu d'impact sur les résultats finaux », beaucoup moins que dans des recherches passées et la raison était probablement liée au fait que la population concernée consistait en adultes d'au moins 33 ans, alors que les études précédentes portaient sur des étudiants de lycée ou d'université. « Les effets de l'apprentissage social pendant l'enfance et l'adolescence apparemment disparaissent sous la pression d'influences extérieures ». Ce point de vue est soutenu par une autre étude qui a prouvé que les conjoints devenaient plus importants que les arrière-plans religieux de l'enfance. Dans mes propres recherches (quoique les recherches qualitatives portent sur un petit échantillon) il n'y avait pas d'indications de différence entre la foi de ceux qui avaient un arrière-plan d'église solide et ceux qui venaient d'arrière plans nominaux (non pratiquants) ou même d'arrière-plan sans fréquentation d'église. Pour les gens que j'ai interviewés : - 28% avaient connu des arrières plan d'église solides en tant qu'enfants (ils fréquentaient les programmes d'enfants et de jeunes que faisait l'église et leur parents les encourageaient à le faire en s'impliquant eux mêmes dans l'église) - 40% venaient d'arrière plans nominaux (ils fréquentaient quelques programmes pour enfants ou jeunes, mais n'étaient pas encouragés par la fréquentation de leurs parents ni par leur implication) - 30% de ceux qui quittaient les églises n'avaient pas d'arrière-plan d'église dans leur enfance et leur adolescence. MYTHE N° 5 : LES GENS QUI QUITTENT MANQUENT DE CONSÉCRATION Les 108 personnes que j'ai interviewées avaient fait des choix adultes (après leur 18ème anniversaire), de consécration à la foi chrétienne et à leur église locale. Pour un certain nombre c'était la poursuite d'engagements précédents, tandis que pour les autres c'était un choix adulte délibéré. 94% de ceux que j'ai interviewés avaient été impliqués significativement comme leaders dans leur église et 40% avaient été impliqués pendant un an ou plus en dans une activité à plein temps (rémunérée) pour une église locale, une organisation para-ecclésiastique, ou des groupes missionnaires outre-mer, ou avaient étudié dans une institution théologique. Beaucoup avaient fait les deux. MYTHE N°
6 : LES GENS QUI QUITTENT N'ONT PAS DE FONDEMENTS SOLIDES DANS LA FOI A nouveau il est dur de justifier de la représentativité des rencontrées. Les gens interviewés avaient été membres de leurs églises depuis 15,8 années. 94% avaient occupé des positions de leadership dans l'église et 40% avaient travaillé à plein temps comme chrétiens pendant plus d'un an. Un tiers avait entrepris et terminé des études de théologie. En plus beaucoup témoignaient d'une foi vivante et de l'expérience de Dieu dans leurs vies. MYTHE
N°7 : ILS ONT QUITTÉ CAR LES GENS DE NOS JOURS SONT TROP
STRESSÉS Beaucoup de pasteurs remarquent les pressions sur la vie des gens, (l'effet de plus longues heures de travail et l'effet du retour des femmes dans les bureaux) et de plus grand nombre de possibilités de loisir (sport le dimanche, télévision, plus de restaurant et de cafés) comme des raisons pour lesquelles les gens cessent d'assister à l'église. Les gens que j'ai interviewés étaient conscients de ces changements dans leur style de vie, un certain nombre en ont parlé comme facteurs contributifs mais personne n'a mentionné le manque de temps comme un facteur déterminant dans leur décision de quitter l'église. Derrière le témoignage de chaque personne il y avait des facteurs plus significatifs que « le manque de temps pour participer à la communauté de l'église ». En fait beaucoup des personnes avaient remplacé le temps passé à l'église par des activités spirituelles et des engagements qui nourrissaient leur foi. MYTHE N° 8 : ILS QUITTENT A CAUSE DE DESACCORDS
PERSONNELS AVEC LES LEADERS DE L'EGLISE. Pour un petit pourcentage de ceux avec qui j'ai parlé, les raisons principales de leur défection avaient à voir avec la direction ou la vision de leur église ou des désaccords avec les leaders. C'était très rare que le sujet soit unique. La plupart des gens ont invoqué une série de déceptions de désagréments avec les leaders pendant une période prolongée de leur vie. Pour la vaste majorité, de tels points de désaccords n'étaient que des points mineurs dans leur décision de départ. Pour beaucoup ce n'était que le point final dans le processus du départ qui s'était prolongé pendant une période de quelques mois, si ce n'est d'années. Les « partants » interviewés assuraient avec passion qu'ils ne retourneraient pas à l'église qu'ils avaient quittée. Dans la plupart des cas où j'ai pu rester en contact avec eux j'ai vu que la majorité d’entre eux n’était pas revenus. Quelques uns reviennent, vaguement impliqués à la marge des groupes d'églises qu'ils ont quitté. Ils le font en allant à la messe Catholique, la Communion Anglicane, les groupes Taizé, les groupes Celtiques (de piété irlandaise, peu connu), les groupes multimédias (musique...) ou alternatifs. Même quand les gens reviennent dans une autre église évangélique ou pentecôtiste ou charismatique ils restent sur les bords et ne s'impliquent pas dans le leadership ou les rôles centraux dont ils avaient l'habitude ; Souvent il y existe une raison pour leur retour, le fait que l'église fournisse un groupe de jeunes attractif pour leurs jeunes. MYTHE N°
10 : ILS SONT RETROGRADES ET ABANDONNENT LA FOI Quand j'ai commencé ma recherche je m'attendais à ce que plus les gens avaient quitté l'église depuis longtemps et plus leur foi avait décliné, et à la fin ils auraient quitté la foi chrétienne. Ce n'était absolument pas le cas pour les personnes que j'ai rencontrées. En fait ces personnes étaient très lucides, elles ont quitté leur église et elles n'ont pas de plan de retour, elles affirment qu'elles persévèrent dans la foi chrétienne. BIBLIOGRAPHIE ET NOTES Bolitho, E.E. (1997) Hole in the Bucket.
Seminar to Auckland, Waikato and Bay of Plenty Baptist leaders, October 1997
(Auckland). Taylor L. 1997 "Denominational
Growth" in Patrick B. (ed) New Vision New Zealand Vol II, Auckland, Vision
New Zealand. p 69 W C Roof: A Generation of Seekers: The
Spiritual Journeys of the Baby Boom Generation, San Francisco Harper, 1993, p
246. Hoge, D.R.; Johnson, B.; Luidens, D.A. (1993)
"Determinants of church involvement of young adults who grew up in
Presbyterian churches", Journal for the Scientific Study of Religion: Vol
32 No 3, p 242-255. Willits, F.K. & Crider, D.M. (1989) “Church attendance and traditional religious
beliefs in adolescence and young adulthood: a panel study” Review of
Religious Research. Vol 31, No 1, p 68-81.
Note
du traducteur Alan Jamieson fait partie d'un groupe
basé à Wellington 'Spirited Exchanges', qui fournit un forum pour
ceux qui ont quitté l'église ou n'ont pas trouvé d'aide
dans pour poursuivre leur itinéraire spirituel. Le groupe est un ministère de l'Eglise de la "Wellington Central Baptist Church", où Alan est co-pasteur senior. Il a passé un doctorat de sociologie sur le sujet "Churchless Faith/Foi sans Eglise", qui analysait pourquoi les gens quittaient les églises et comment se déroulait leur itinéraire spirituel après leur départ. © Reality magazine, New Zealand's
Christian bimonthly, freepost 4428 c/o BCNZ, Private Bag 93-104, Henderson,
Auckland 1231 NZ. http://www.reality.org.nz/articles/33/33-jamieson.html ANNEXE B :
LES TEMOIGNAGES DE CEUX QUI ONT QUITTÉ L'ÉGLISE Je ne suis pas allé dans une église depuis plus de 6 mois. Quelques personnes disent que vous ne pouvez être chrétien tout seul - il vous faut une communauté chrétienne. Je suis on ne peut plus en accord avec cette affirmation. La raison pour laquelle j'ai quitté l'église n'est pas que je souhaitais me séparer d'une communauté de croyants, mais parce que l'église que je fréquentais ne fonctionnait pas comme une communauté. Une communauté chrétienne est exactement ce que je recherche - mais ce n'est pas ce que j'ai trouvé dans l'église.
J'ai assisté à des cultes de l'église pentecôtiste pendant des années et je n'ai jamais aimé l'adoration - pour moi adorer n'est pas chanter des chansons, et chanter des chansons n'est pas adorer. Le message habituel est banal - au mieux. Je trouve qu'un très épisodique service de communion avec du jus de raisin coupé d'eau est une lamentable parodie de ce qui devrait être une célébration profonde d'un grand mystère chrétien. Je suis quelque peu introverti aussi je n'aime pas traîner à la sortie des cultes pour la "communion fraternelle". Je trouve les cultes de cette église sans contenu. Le mérite théologique de la plupart des chants est douteux, et le contenu de la plupart des sermons (dans mon église au moins) est anecdotique et égratigne à peine la surface de l'Ecriture et de la Tradition. Je cherche une communauté qui puisse prendre les bonnes choses de l'expérience Pentecôtiste (principalement son insistance que chaque croyant a et devrait avoir une rencontre directe avec Dieu au moyen du Saint-Esprit, et que tout croyant a reçu des dons pour le service) tout en explorant les autres traditions chrétiennes et les expressions de la foi - comme la prière liturgique, le silence et la méditation. J'espère un groupe qui puisse parler de la foi avec profondeur théologique et intuition - où les gens recherchent dans les profondeurs des Ecritures pour leurs trésors. J'ai quitté l'église non pas parce que je ne crois pas en l'église. Mais parce que l'église est en carence, loin de ce qui est possible et de ce que j'espère et que continuer à fréquenter le dimanche matin est déprimant. Après avoir lu le libre de Dave Tomlinson (The Post Evangelical) je reconnus qu'il y en avait d'autres, qui comme moi qui abandonnaient la fréquentation de l'église parce qu'il leur semblait que l'église n'allait nulle part. Les mariages, les enterrements et peut-être Paques ou Noël de temps en temps résument mes apparitions à l'église ces derniers temps. J'ai fréquenté l'église toute ma vie. A 15 ans je suis devenue « une chrétienne née de nouveau » en trouvant une relation vivante avec Jésus-Christ. La plupart du temps je fréquentais des église de style charismatique et j'étais privilégiée de recevoir d'excellents enseignements venant des Ecritures et de me faire de bons amis. Je n'étais pas du genre à chercher la dispute ou à sortir du moule pour provoquer, c'était étrange de me sentir de plus en plus mal à l'aise de la manière dont je percevais l'église. Comme responsable d'un groupe de dames je rencontrais une fois par mois la hiérarchie de l'église et je commençais à faire attention à la politique et à l'organisation de l'église. Il était souvent très évident que les sermons étaient conçus pour motiver les gens en vue d'un évènement à venir ou pour nous aider à collecter des fonds pour le bâtiment. La plupart du temps de l'énergie et de l'argent était consacrée à de l'implantation d'église. Il semblait le plus souvent que là était le but plutôt que le désir d'être conduits par le Saint-Esprit et utilisés par lui. J'ai aussi ressenti un malaise croissant quant à la nature des cultes du dimanche. Les dimanches les musiciens et conducteurs de louange (adoration) avaient peur de ne pas être "assez bons, assez performants" pour pouvoir jouer. Dans les cultes de famille les enfants des responsables de l'église organisaient une présentation dans laquelle chaque groupe essayait de surpasser les autres. Après des mois à peser, à soupeser toutes ces choses j'ai compris que les murs de l'église tendent à protéger les chrétiens du Monde et à les mettre à l'écart de toute interaction avec des gens ordinaires.
Les églises sont pleines de gens qui s'asseyent et regardent ce qui se passe. On ne donne pas à la foi une seule chance de grandir et pour beaucoup il y à très peu d'opportunité d'utiliser les talents que Dieu nous a donnés. Il y a trop de hiérarchie, trop de directivité de la spiritualité des autres et trop de contrôle tatillon exercé « au nom de Dieu ». Notre famille a arrêté de fréquenter « l’église dans les murs ». Nous revenions de l'église frustrés et en colère et nous trouvions qu'il était meilleur pour nous de ne pas y aller du tout. C'était un choix solitaire. La plupart des gens n'avaient pas compris. Ceux que nous pensions être nos amis ne nous ont plus jamais parlé et nous avons accepté maintenant l'idée de ne plus faire partie du « club », ou que maintenant nous étions dans une « boite étiquetée rétrograde ». Ce qui importe c'est que nous conservions la communion avec Dieu, que nous écoutions sa voix, marchions avec lui et lui obéissions. Je suis sortie de l'église organisée il y a 6 ans car je crois que le Seigneur m'a appelé en dehors - en dehors de ce mélange entre ce que le monde dit et des compromis et même des erreurs qui se sont infiltrées dans la plupart des églises actuelles. « Donc sortez d'entre eux et soyez séparés, dit le Seigneur; Ne touchez pas ce qui est impur et je vous recevrai » (2 Corinthiens 6: 17-18). Ce ne sont pas des rétrogrades qui sortent, mais plutôt un peuple dont le désir le plus profond est de marcher toujours plus proche du Seigneur. Je trouve vraiment très difficile de rester connecté avec l'église. J'ai l'impression que j'en ai eu assez. Pendant très longtemps, à chaque niveau local au travers de la Nouvelle Zélande, cela m'a impressionné et cela m'a semblé impossible et anachronique. Dans la prédication de l'église, les grands problèmes sociaux de notre temps ne sont tout simplement pas à l'ordre du jour. Dieu est ému jusqu'aux profondeurs de son être par la plainte du pauvre et sa colère et sa rage sont sur ceux qui créent la pauvreté et sur ceux qui l'ignorent. Ce message est le message central des prophètes et de l'évangile. Est-ce que le clergé ne fait pas attention ? Est-ce que les responsables ne font pas attention. Si les dirigeants des églises locales veulent devenir efficaces, ils doivent apprendre à écouter - ils doivent faire quelques recherches élémentaires pour travailler leur prédication et faire leur travail. Désillusionné, je me suis désengagé depuis quelques années maintenant. Peut être devrais je quitter. Mais comment puis je abandonner complètement ? Je suis déchiré, j'aime les gens, les responsables et le clergé - mais j'aime aussi la communauté hors de l'église, spécialement les pauvres .... L'église institutionnelle est si frustrante. Elle me rend simplement fou et met très en colère. Je veux m'asseoir et pleurer. J'ai fréquenté une église Presbytérienne (Réformée Calviniste de Tradition Ecossaise) depuis l'age de 5 ans. J'ai enseigné dans les écoles du dimanche, chanté dans un groupe de louange et suivit les écoles de disciple et le Séminaire Bill Gothard. Après cela une année de travail intensif avec mon église locale vit un grand nombre de jeunes gens se consacrer à Christ. Alors j'ai rejoint un ministère de rue qui avait pour but de former sa propre église où je devins rapidement un ancien. Après quelques années de croissance ce groupe s'est déployé et ma femme et moi avons passé quelques années dans une église Pentecôtiste "indigène" où nous dirigions un groupe de maison. Nous ressentions un appel plus profond pour le champ de mission qui s'est concrétisé par un voyage en Turquie quelques 10 ans auparavant. A notre retour nous sommes retournés à notre église mère Pentecôtiste un grand nombre de fois mais nous ressentions que nous ne pourrions continuer là. En Turquie nous avions vu ce que la véritable « communion fraternelle » et l'adoration pourraient être... Nos expériences dans les églises de Nouvelle Zélande paraissaient bien pâles en comparaison. L'organisation avec laquelle nous étions en Turquie avait des gens qui venaient d'une grande variété d'arrière-plans d'église partout dans le monde. Et là encore nous pouvions expérimenter le communion fraternelle et l'adoration d'une manière très profonde. Nous n'avions pas de « marque de fabrique » et nous respections les arrière-plans les uns des autres. L'église locale que nous fréquentions avait beaucoup de Turcs et à peu près 3 familles étrangères. Dans cette jeune église nous pouvions voir le désir, le besoin de se rencontrer et de partager dans le but de croître et de se développer. De retour en Nouvelle Zélande nous sentions pour que nous nous rencontrions « par devoir », et que nous devions argumenter des raisons pour garder les personnes à l'église - en fait nous avions même entendu dans notre église locale que nous devrions développer des projets à court terme pour garder des gens motivés à l'église !!!! Il y avait des moments où chaque mission en Turquie se rencontrait et consultait les autres, avec des activités variées. Il y avait un but commun et une volonté de partager le travail plutôt de d'entrer en compétition pour parvenir chacun à ses propres objectifs. De retour en Nouvelle Zélande, nous avons seulement vu des éclats d'une telle fraternité. Nous voyons une adoration et un ministère fidèle mais rien d'assez fort pour nous tenir impliqués. Nous continuons à prier, à lire la Bible avec des amis chrétiens, et nous aidons trois familles missionnaires sur leur champ. Souvent je ressens que Dieu souhaite augmenter sa bénédiction sur l'église mais que ce sont nos structures, nos croyances et notre « territorialisme » qui le limite. Dans les 7 dernières années j'ai fréquenté une église Pentecôtiste. J'en suis venue à comprendre que ma théologie diffère quelque peu de celle des personnes auprès de qui je m'asseyais semaine après semaine, mais je ne me suis jamais senti la liberté de m'exprimer de peur d'être qualifiée de frustrée (ce qui est arrivée) ou d'être brûlée comme hérétique. J'ai eu aussi beaucoup de difficulté à accepter le style de leadership autocratique. L'église devrait être un endroit où une personne est nourrie et encouragée. Un endroit sûr, où chacun peut exprimer sa créativité et poser des questions sans peur… Hélas trop souvent c'est un lieu ou la pensée est étroite, suspicieuse, et qui n'accepte pas les différences et les particularités. Maintenant je ne vais plus à l'église. Maintenant quand je rencontre des gens qui pensent comme moi (et même qui ne pensent pas comme moi) qui aiment Jésus-Christ, je dis que ceci est l'église... Vous n'avez pas besoin d'être dans un bâtiment pour prier avec les autres, adorer avec les autres, rire ou pleurer avec les autres...Mais vous vous devez d'être en relation avec les autres. Après avoir vécu dans l'environnement « sécurisé » de l'église pendant si longtemps (plus de 15 ans), la quitter a été une grande décision… Soudaine la ligne de démarcation que l'église avait mise en place (vous dire ce que vous pouviez et ne pouviez pas faire) n'était plus là… C'était vraiment très risqué, mais très satisfaisant de prendre vos décisions par vous-même plutôt que d'avoir quelqu'un qui les prenne pour vous… COUPLE (HOMME 64 ANS - FEMME 60 ANS) Quelque temps après 1978 nous avons quitté la religion organisée... Pas à cause de mauvaises expériences, à l'époque nous avions un total combiné de 83 ans de religion (alors!!) ainsi qu'un fonds d'histoires religieuses horribles. Mais les mauvaises expériences existent partout où que vous rencontrez des gens. Nous étions issus de familles très religieuses. Nous et nos enfants étions actifs dans la vie de l'église. Nous avions suivi un chemin qui nous avait conduit d'un début très sérieux, très Calviniste dans des organisations évangéliques, jusque dans une église charismatique en pleine croissance et en plein succès. Nous avions accepté la structure religieuse, nous lui avions donné le meilleur de notre temps, et accepté le concept que c'était le secteur dans lequel le Seigneur travaillait. Mais à la fin nous ne pouvions plus ignorer plus avant le fait que ce que nous appelions une église était une perpétuelle source de déceptions, de compromis, de frustrations. Les règles, les protocoles et les « schibboleths » empêchaient que ce que nous comprenions comme la volonté de Dieu dans nos vies soit faite. Nous ne pouvions plus soutenir honnêtement un système religieux et suivre la direction du Seigneur en même temps. Nous étions fatigués d'essayer de d'attiser des braises d'enthousiasme chez des croyants récalcitrants... Nous dépensions des milliers de dollars en administration, en construction, dans des activités de maison interminables. Nous voyions comment les chrétiens étaient encouragés à accepter la direction des ministres et des anciens, plutôt que de recevoir la direction personnelle et actuelle de Dieu… Aussi nous sommes partis. Nous avons expérimenté l'abandon... Etre ensemble, chanter ensemble, l'élévation de la musique, tous ceci s'était combiné pour former un merveilleux et puissant stimulant… Supporter la « privation » donne des symptômes d'état de manque spirituel… Mais ce que nous n'avions pas perdu était la présence de Dieu. Cela n'avait jamais été aussi important pour notre vie… Peut être le plus important. Parce que maintenant nous n'avions plus à distinguer entre l'émotion fabriquée par une prière et une adoration prolongée et le très prosaïque travail de la vie de tous les jours avec le Seigneur. Ma décision de quitter l'église était une étape nécessaire dans un itinéraire spirituel qui a commencé il y a presque 3 ans quand je me suis rendu compte que j'avais un semi-remorque de connaissances chrétiennes et que je ne savais réellement pas ce que je croyais. C'était très déstabilisant pour quelqu’un qui avait été éduqué comme chrétien et avait toujours été fidèle, en incluant trois voyages missionnaires. L'église devenait de moins en moins pour moi un endroit pour croître et être inspiré, et de plus en plus un endroit où je devais supporter des enseignements inadaptés et une adoration où je ne pouvais m'associer. L'Eglise, pour moi, devenait une part du problème plutôt que de la solution. C'était comme si je traversais une adolescence spirituelle, désirant grandir. L'église semblait vouloir me garder dans une relation parent/enfant, une relation de dépendance. Je me suis rebellé contre cette pression mais, comme les adolescents, je n'avais pas la force pour clamer ma liberté et prendre mes responsabilités tant que je fréquentais l'église. Donc, à moins de décider de rester un enfant pour l'éternité, j'avais besoin de quitter « la maison »… J'espère que quand je serai plus fort je serai capable d'avoir une relation plus adulte avec l'église, sans me sentir écrasé par la puissance de cette institution. Si Jésus revenait aujourd'hui, pourrions-nous lui demander de s'aligner sur nos institutions chrétiennes ? Quand j'ai décidé de quitter l'église c'était une des plus libératoires et des plus effrayantes décisions que j'ai prises jusqu'ici. J'ai décidé de rejeter l'ensemble des concepts que l'on m'avait demandé de croire et de découvrir ce qui était vrai pour moi. Ce qui était effrayant c'était que j'avais très peu d'expérience personnelle de Dieu. J'ai vraiment dû redémarrer à partir de zéro. A l'église je me sens comme sur un très ancien territoire. Je sens que j'ai évolué depuis le début de la discussion. Quand je retourne à l'église c'est seulement pour le service de communion. Les sermons ne me touchent plus, ils semblent n'avoir aucune substance. Quand je regarde autour et que je vois les mêmes gens assis sur les bancs pour parler éternellement des mêmes choses, je me rends compte que si je recommence à fréquenter l'église régulièrement je serai frustrée, et cela me conduit dans une critique amère, ce que je ne désire pas. Une fois que toute mon énergie est partie dans le travail de groupe de l'église et cela semblait juste et propre… Mais maintenant je sens que Dieu me veut en dehors de la communauté, marchant avec des gens de tous les jours pour partager mes dons, là où les gens sont intéressés parce que j'ai à partager plutôt qu'à combattre pour mes différences. Les chants de l'église me manquent vraiment, et aussi le partage de la foi avec d'autres, mais je me sens profondément triste que l'Eglise n'ait pas été capable de bouger assez vite pour supporter les changements qui ont eu lieu au 20ème siècle. Je crois toujours que Dieu a créé le monde et a répandu ses dons sur son peuple ; nous vivons chaque moment dans ses bénédictions. Je crois que Jésus est le sauveur du monde et qu'il régénère son peuple constamment. Je crois que le Saint-Esprit de Dieu est à l’œuvre en moi et dans tout ce que je fais avec les autres. Je crois que sa lumière va vers les gens avec qui je travaille et que les gens s'émerveillent avec joie. Ils deviennent curieux de ce que j'ai à partager sans que j’aie besoin de leur parler le « langage chrétien ». Que Dieu continue à être avec ceux qui
ont quitté l'église sans le désirer vraiment, mais parce
qu'ils sentaient que c'était que qu'ils avaient à faire,
plutôt que de demeurer constamment frustrés, de devenir critiques
et de sombrer dans l'amertume. |
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Informations détaillées |
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| Auteur: | Christian Collas | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Editeur: | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Langue: | français | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Année: | 2003 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Ajouté le: | 15-11-2004 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||